Mélissa danse avec les dauphins

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Mélissa danse avec les dauphins

Un article paru dans le quotidien belge « La Dernière Heure » en date du 3 mars 2002 nous raconte à grand renfort d’images émouvantes la merveilleuse expérience de la petite Melissa, une enfant très malade qui a pu réaliser son rêve : nager avec ses amis dauphins grâce à l’intervention de l’association « Make a Wish ».

« Le rêve de Mélissa, peut-on lire en substance, était d’aller nager avec les dauphins. Jamais elle n’oubliera ces instants.
Elle s’est retrouvée dans un bassin avec trois dauphins qui vous suivent tout partout…
Les premiers émois passés, et une fois caressés les superbes mammifères – C’est tout lisse comme du caoutchouc ! – la fillette se coucha sur le ventre et attendit…
Deux dauphins vinrent se placer derrière elle, chacun posant son nez contre un de ses pieds… puis ils l’ont propulsée vers l’avant…
Mélissa a pu nager deux fois avec ses amis dauphins de Cancun, au Mexique, un magnifique voyage qui a été rendu possible grâce à Make a Wish mais aussi grâce au Kiwanis de Seraing, sponsor, et à Neckermann ».

Voilà qui est certes touchant et nous réjouit fort.
Mais du côté des dauphins ?
Comment ces séances de thérapie se déroulent-elles vraiment ?
Comment sont-elle vécues par eux ?

« Le long de l’autoroute qui relie Cancun à Tulum, dans ce haut lieu du tourisme tarifé qu’est la péninsule du Yucatan, nous raconte pour sa part le journaliste Richard Johnson, se trouve Xcaret, une sorte de Disney Land éco-archéologique, avec son aquarium aux coraux, sa  » maison des papillons  » et son lagon artificiel, où tournent sans fin quelques dauphins captifs ».

C’est là qu’opère Dr Nathanson, le delphinothérapeute le plus célèbre au monde, non sans difficulté. Il faut savoir que la formule du simple  » swim with dolphins  » – autrement dit : plonger dans l’eau avec un dauphin dressé et le tripoter de toutes les manières pendant un temps donné pour une somme donnée – est nettement plus rentable en termes d’horaires et de roulements pour les gestionnaires du lagon que ce type de thérapie infantile, complexe à mettre en place.

Il y a donc à Cancun une concurrence féroce entre ces deux clientèles qui se croisent et se succèdent tout au long de la journée.
Des files de touristes impatients, luisants d’huile solaire, ticket et pop-corn en main, font la file le long du lagon en attendant que les séances du matin se terminent et qu’ils puissent à leur tour se jeter dans l’eau et manipuler tout leur saoul les cétacés captifs.

Ceux-ci  de leur côté, ne disposent d’aucun temps de repos, d’aucun espace de fuite.
Du matin jusqu’au soir, sans fin, des centaines de nageurs viendront les palper, les toucher, les chatouiller, les pincer et les caresser – voire parfois leur faire mal ! – toutes choses qu’un dauphin
libre supporterait très mal et qui vaudrait d’ailleurs un bon coup de rostre au nageur imprudent…

Ici, les dauphins sont parfaitement robotisés.
Capturés sans doute quelques mois plus tôt dans les eaux cubaines – bien que l’on prétende ici qu’ils sont nés captifs – ces malheureux cétacés ne survivront pas longtemps à l’eau chlorée au stress, au dressage, à la nourriture immonde, aux maladies et à ces manipulations humaines incessantes.

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Mais qu’importe, du moment que les enfants puissent réaliser leur rêve ?
Qu’importe, puisque les eaux du Golfe du Mexique regorgent encore de dauphins libres à capturer, « Res Nullius  » librement disponibles pour qui se donne la peine de les attraper !
Qu’importe enfin, que les populations de dauphins de l’Atlantique soient d’ores et déjà épuisées par ces captures et que leurs familles soient séparées à jamais, puisque d’ici à ce qu’ils disparaissent tous des océans, l’Industrie du Tourisme et du Divertissement aura certainement découvert d’autres sources de profit, d’autres ressources vivantes à exploiter jusqu’à la fin des stocks.

Pour l’instant, le marché est toujours rentable  et les stocks toujours abondants, Dieu merci !
Si Melissa a pu voyager gratuitement grâce à la générosité de certains, les prix de la délphinothérapie sont bien loin d’être négligeables :
6.000 dollars pour deux semaines sur un bord de piscine avec des dauphins malades et super-stressés !
Est-il opportun que les parents payent de telles sommes en frais d’hôtel et de delphinarium pour une guérison hasardeuse, plutôt qu’en investissant dans un traitement médical sérieux ?
Est-il éthique de faire souffrir des cétacés intelligents et socialement évolués juste pour faire sourire une petite fille malade ?
N’y a-t-il vraiment pas d’autres solutions?
Et dans le cas précis de Mélissa, n’aurait-il pas été plus judicieux d’emmener cette enfant en pleine mer et de lui montrer la splendeur des dauphins libres filant sur la lame d’étrave ou bondissant dans les vagues puissantes ?
N’est-ce pas ainsi qu’elle aurait vu de vrais dauphins et non de pauvres créatures brisées ?

Une chose est claire, en tous cas, c’est que la publication d’articles tels que celui de la « Dernière Heure » ou des initiatives telles que celles de « Make a Wish » aura des conséquences néfastes : des centaines de parents désemparés ne manqueront pas de précipiteront vers leur téléphone pour appeler leur agence de voyages, des centaines de personnes se presseront dans ces Luna Park de la mort où des zombis à nageoires sont contraints de mimer de manière désolante et stéréotypée des gestes de sauvegarde et d’amitié feinte.

Sans le savoir, et en toute innocence, Male a Wish et le journal « La Dernière Heure » viennent donc de provoquer la mise en route de nouvelles captures et donc, tout simplement, de signer l’arrêt de mort d’une bonne dizaine de dauphins en plus…
Et rien que pour cette saison !

Xcaret et ses dauphins captifs !

Melissa danse avec les dauphins
Article paru dans la La Dernière Heure du 03/03/2002 
Edition: Namur/section: Culture 
Auteur : Ingrid Otto. 


Le vrai visage de l’Industrie de la Captivité