Ours polaires en captivité : le grand mensonge

Dalian Forest Zoo, Chine. 2015 PHOTOGRAPH BY SHENG-WEN LO

Ours polaires en captivité : le grand mensonge

Les ours polaires en captivité, c’est le dernier grand mensonge des zoos.
Ces grands prédateurs de l’Arctique sont capturés au Canada puis expédiés vers les zoos du monde entier, au nom de la conservation d’une espèce en péril et d’une prétendue sensibilisation du public au dérèglement climatique. Il ne s’agit une fois encore que d’une stratégie commerciale, apparemment toujours efficace puisqu’un célèbre parc d’attractions hennuyer nous annonce l’arrivée prochaine de plusieurs ours polaires dans sa Terre du Froid !  

Adapté d’un article de Zoocheck Canada
The Big Polar Bear Push

 

Le futur enclos des ours blancs à Parir Daiza


Ces dernières années, les ours polaires sont devenus des animaux dont on parle beaucoup, qu’ils soient sauvages ou en captivité. Il y a une bonne raison à cela.

Avec la fonte massive de la banquise arctique qui ne cesse de s’aggraver du fait du changement climatique mondial, les ours polaires en liberté sont confrontés à de sérieux défis pour leur survie.

Les défis de la captivité sont différents mais tout aussi redoutables pour les ours qui les subissent.
En tant que carnivores terrestres aux territoires vitaux les plus gigantesque de la planète (avec des domaines de chasse allant de 2.300 km2 à près de 600.000 km2 !), leur besoin de grands espaces est énorme.
Mais ce sont aussi des chasseurs subtils, des créatures intelligentes, qui ont besoin d’un niveau de stimulation très élevé. Enfin, en tant qu’espèce nordique, hautement spécialisée pour les seuls environnements arctiques, les ours polaires ont besoin d’un climat froid. Ce sont là toutes choses dont ils bénéficient rarement, voire jamais, dans un zoo.

Voilà l’une des raisons pour lesquelles les ours polaires captifs sont presque toujours en train de se balancer d’avant en arrière, en agitant la tête d’un côté à l’autre.
Ces comportements, appelés stéréotypies (mouvements répétitifs sans signification), ne sont jamais observés à l’état sauvage. Lorsqu’ils en ont fini avec ce comportement névrotique, les ours polaires se contentent de s’asseoir, de s’allonger ou de dormir. Une étude a montré que les ours polaires dans les zoos étaient inactifs 70% de leur temps.
Un article publié dès 2003 dans la prestigieuse revue scientifique Nature a révélé que les animaux de grande taille (tels que les ours polaires) présentaient le taux de stress et de troubles psychologique le plus élevé en captivité.
Il suffit de voir l’état des ours polaires dans les zoos du monde entier, pour comprendre à quel point c’est vrai.

A la fin des années 1990, une enquête de Zoocheck avait démasqué les dessous du programme d’exportation des ours polaires du Manitoba. Le trafic s’est arrêté. De nouvelles politiques ont été mises en place et en 2002, la loi sur la protection des ours polaires a été adoptée. Cette loi stipule que toute personne désirant un ours polaire doit obtenir un permis.
En théorie, les zoos ne peuvent obtenir un permis que pour des raisons «légitimes», à savoir l’éducation, la conservation ou la recherche scientifique. Mais il semble que les zoos n’aient jamais eu à prouver jusqu’ici s’ils apportaient une contribution réelle à ces domaines.

Les zoos doivent également satisfaire aux normes de captivité prévue par la loi sur la protection des ours polaires, mais ces normes sont désormais dépassées, inadéquates et doivent être révisées.
Fait remarquable, ces normes exigent seulement une superficie de 33 places de parking pour un ours polaire qui habiterait normalement un domaine vital de plusieurs milliers de kilomètres carrés. Ils permettent également aux ours d’être enfermés dans de petites cages en fin de journée et ou d’être expédiés sous des climats chauds. Et bien sûr, ces règlements sont totalement inapplicables au-delà du Manitoba.
L’industrie du zoo  continue donc son petit business d’ours blancs à Churchill pour les vendre aux zoos du Canada, des États-Unis et bien sûr, de la Chine, qui en consomme de grandes quantités.

Outre la capture d’ours errants ou orphelins pour les zoos, la région de Manitoba offre aussi des expériences plutôt dangereuses avec des animaux sauvages

Il ne fait aucun doute que les zoos veulent toujours des ours polaires, car ils pensent que cette espèce stimulent la fréquentation, surtout quand un ourson naît. Mais il y avoir une autre raison pour laquelle ils veulent ces ours.

Les ours polaires sont une icône dans l’effort mondial de lutte contre le changement climatique. Lorsqu’on enferme des ours polaires dans un zoo, celui-ci s’empresse toujours d’affirmer que sa préoccupation première est de sensibiliser le public au changement climatique, par le biais de ses meilleurs ambassadeurs, les ours blancs ! A leur vue, les visiteurs du zoo seraient touchés par la grâce et renonceraient derechef à leur 4X4 au diesel. Nos ours polaires permettent donc aux zoos de se positionner comme des institutions écologiques consacrées à l’environnement et à la conservation.

À l’heure actuelle, les zoos du monde entier dépensent des dizaines de millions de dollars pour rénover d’anciens enclos ou pour en construire de plus en plus vastes et « naturel » construire de nouveaux affichages d’ours polaires. Malheureusement, la plupart d’entre ces projets ne sont que des versions largement sous-dimensionnées et modernisées des anciennes exhibitions montrant des ours perchés sur le rebord de leur grotte en béton, face à un fossé d’eau verte.

Car malgré ces nouveaux enclos, les ours continuent de se livrer à leurs stéréotypes.
Depuis que le zoo de Toronto a inauguré son nouvel espace pour les ours polaires, au prix de 10 millions de dollars, ses détenus font toujours des allers-retours. Il en va de même pour les nouveaux enclos de plusieurs millions de dollars du zoo de Kansas City, où les ours persistent à nager de façon façon répétitive, un autre comportement anormal observé chez les captifs.

Certains zoos disent aussi que les ours polaires ne servent pas seulement d’ambassadeurs du changement climatique, mais qu’un jour, ils pourront jouer un rôle dans le repeuplement du Pôle.
Cela n’a bien sûr aucun sens ; une fois que les glaces de l’Arctique, dont dépendent les ours pour chasser le phoque, auront presque totalement disparu, il faudra des milliers d’années pour revenir au climat initial – à supposer que quelque chose soit fait en ce sens dès aujourd’hui. Penser que des ours polaires en captivité pourraient être remis en liberté avant cela, c’est rêver en couleurs.

La triste réalité pour les ours polaires est qu’avec la diminution de la banquise arctique, il y aura une réduction importante de leur nombre, probablement deux tiers en moins de la population mondiale actuelle.
Peu d’experts pensent que les ours polaires sont vraiment menacés d’extinction à l’état sauvage, mais il semble y avoir un consensus sur le fait que leur nombre diminuera considérablement et qu’il n’y a pas grand chose à faire pour arrêter cela, sans arrêter le réchauffement climatique .

Alors, pourquoi les zoos ont-ils attendu si longtemps?
Au cours des 30 dernières années, des dizaines de milliers de documents et articles ont été écrits sur le changement climatique, des centaines de livres ont été produits, des milliers de journaux télévisés et des dizaines de documentaires.
Aujourd’hui, la plupart des experts pensent que le changement climatique est irréversible, qu’il se produit plus rapidement que prévu et que tout ce que nous pouvons faire est d’essayer d’en atténuer les dégâts.
Après trente ans de publications et de discussion sur le thème, et alors que plus rien ne peut être fait pour arrêter la fonte des glaces, ce n’est qu’aujourd’hui que les zoos montent dans le train du changement climatique et le font sur le dos des ours polaires.
Malheureusement, ce que les zoos racontent paraît souvent raisonnable aux gens peu informés, alors qu’il n’existe aucune preuve que les visiteurs ressortent du zoo convaincus de l’urgence climatique, juste après avoir regarder tourner des ours en cage.

Rotterdam Zoo, Netherlands. 2016 PHOTOGRAPH BY SHENG-WEN LO

La meilleure façon d’aider les ours polaires n’est pas de les incarcérer dans des zoos.
Si une réhabilitation est possible, elle devrait avoir lieu dans des installations de réadaptation appropriées, de préférence dans le Nord, afin que les ours puissent être rapidement réintroduits en milieu naturel une fois qu’ils auraient retrouvé la santé.
Pour certains ours, des centres de secours spécialisés et des sanctuaires offrant de grands espaces de vie naturels peuvent également être une option. Ces sanctuaires sont très différents des zoos urbains traditionnels.
Et s’il y a quelques ours qu’on ne peut pas aider, mieux vaut les abattre que des les enfermer. Ils ne devraient pas être condamnés à une vie captive misérable parce que une chose si facile à faire et tellement rentable !

Historiquement, la mode des ours polaires a été créée par l’industrie du zoo.
Ceux-ci se sont retrouvés victimes d’une d’exploitation unilatérale qui ne devrait pas changer de sitôt.
Même une fraction de ces centaines de millions de dollars dépensés actuellement en enclos réfrigérés et autres toundras « géantes » pourrait  être utile à la conservation réelle des ours polaires.
Au lieu de cela, au lieu de se concentrer sur des solutions réelles à des problèmes réels, au lieu de saisir l’occasion de devenir de véritables agents de la conservation des espèces, les zoos continuent d’exhiber des animaux dans des cages plus ou moins grandes mais toujours aménagée pour permettre au public de voir l’animal au plus près, à quelques centimètres parfois.
Dans le même temps, ils n’offrent que parfois un soutien minimal aux initiatives sur le terrain qui pourraient réellement faire la différence.
En ce qui concerne les ours polaires, la triste réalité est que les zoos continuent d’avoir un pied dans le passé et l’autre dans le tiroir-caisse.

L’ours présenté ici est un hybride ours brun )ours blanc Polar Ocean World, China. 2015 BY SHENG-WEN LO

« S’il y a bien un animal qui n’est pas fait pour les zoos, c’est l’ours polaire.
Ces géants de l’Arctique parcourent des centaines de kilomètres à la recherche de nourriture, au sein de territoires gigantesques. Ils ont évolué au fil des millénaires pour survivre efficacement dans l’environnement hostile de l’Arctique. Nous croyons, sur la base de toutes les preuves scientifiques considérées, que l’ ours polaire est une espèce qu’on ne devrait JAMAIS faire se reproduire en captivité, et que les zoos devraient cesser d’acheter sur son lieu de capture. Cependant, même si cet idéal devait être atteint, il y aurait toujours des problèmes à résoudre avec les oursons trouvés orphelins dans la nature et les «ours à problèmes» capturés en zone urbaine »
.
Bear Conservation

Les ours polaires au Monde Sauvage d’Aywaille en 2006. Photo Zoos dans le Monde

 


Le paradoxe de l’ours polaire : l’histoire de Mercedes