Pizza l’ours polaire : de l’enfer de Grandview à celui de Haichang



Pizza au Haichang Polar Ocean World. Photo China Cetacean Alliance

Pizza l’ours polaire : de l’enfer de Grandview à celui de Haichang

Pizza l’ours polaire est-il passé de l’enfer de Grandview à celui du Haichang Polar Ocean World ?
On se souvient du scandale qui entoura la détention de l’ours polaire «le plus triste au monde» au Grandview Aquarium.

Suite à une campagne de protestations menée en 2016, le malheureux a finalement été déplacé vers un «meilleur endroit » pour lui, le Haichang Polar Ocean World.
On a même pu prétendre qu’il y vivrait désormais heureux avec sa mère, sur son lieu de naissance…

Heureux ? Le Haichang Polar Ocean World enferme ses animaux dans des conditions abominables.
Quant à Pizza, son bien-être ne semble guère s’être amélioré. Selon la China Cetacean Alliance, il se livrerait même à des comportements stéréotypés encore plus graves qu’au mall de Grandview et partage désormais son enclos vitré avec un autre ours, que l’on soupçonne être un hybride, issu du croisement entre un ours brun et un ours blanc.
Est-ce sa mère ? Même si c’est le cas, les deux ours n’ont désormais de cesse que de se battre.

Photo China Cetacean Alliance

Naissance d’un delphineau 

Et puis il y a les dauphins, bien sûr.
Toute la presse chinoise exulte aujourd’hui de la grande victoire que représente la naissance d’un petit delphineau dans les bassins inadaptés du parc marin.

«Un dauphin est né dans un parc océanique de la municipalité de Tianjin, dans le nord de la Chine, représentant un rare succès pour la reproduction des Tursiops dans un habitat artificiel en Chine » s’enflamme le Quotidien du Peuple.
« Le dauphin femelle Sanba a donné naissance à un bébé dans le parc océanique de Haichang, à Tianjin, le 6 mai. Dernier. Une semaine d’observation a montré que le petit s’était bien développé et était capable de nager seul sur une longue période, selon le parc.

« Les dauphins sont très exigeants de leur environnement, et il y a eu très peu de cas de reproductions réussies en Chine. Cette naissance à Tianjin est la première dans le nord-est de la Chine et représente une percée dans l’élevage artificiel d’espèces marines rares », a déclaré Qiao Yanzhou, directeur général adjoint du parc.
M. Qiao a précisé que Sanba, l’un des dauphins les plus populaires du parc, était tombée enceinte de manière naturelle au printemps de l’année dernière. Après une période de gestation d’environ 12 mois, elle a donné naissance à un petit mesurant quelque 1,2 mètre le 6 mai.

Le petit dauphin a été provisoirement nommé « Jiubei ».
Son père n’a pas encore été identifié, car les dauphins vivent en groupe. Le parc réalisera des tests ADN pour confirmer l’identité du père.
Les employés du parc ont été dépêchés pour observer et protéger le petit dauphin 24 heures sur 24, car le bébé n’a pas de vision et manque actuellement d’un sens de l’orientation. (Au risque de se heurter contre les parois du bassin) 
Depuis son ouverture il y a neuf ans, le parc a réussi à élever cinq ours polaires, trois manchots de l’Antarctique et des dizaines de requins».

Photo China Cetacean Alliance

Les mammifères marins du Haichang Polar Ocean World

Le Haichang Polar Ocean World a ouvert ses portes en septembre 2010. Il est situé dans une zone nouvellement développée à Tianjin, à environ deux heures de route de Pékin. C’est un lieu très prisé par les habitants de Tianjin et de Beijing mais aussi des touristes.

Lors d’une première visite de la China Cetacean Alliance, la présence de 13 grands dauphins et de deux pseudorques avait pu être attestée. En 2017, il ne restait plus que 11 grands dauphins et deux dauphins à flancs blancs, et plus aucune fausse orque.
Les bassins sont très petits, avec des portes rouillées et la peinture écaillée. Aucun enrichissement n’est fourni aux détenus et il n’y a aucun panneau d’information. D’énormes amplificateurs sont suspendus au plafond, diffusant une musique assourdissante et le commentaire hurlé d’une voix suraiguë de la performance.

Photo China Cetacean Alliance

Un grand dauphin et deux dauphins à flancs blancs sont placés dans la même piscine. Ils sautent hors de l’eau comme dans tous les delphinariums du monde, participent à un ballet aquatique avec leur dresseurs et l’un d’eux s’échoue sur le bord pendant deux minutes pendant que le formateur fait une présentation de son anatomie.
Un visiteur est ensuite invité sur scène pour jouer avec le dauphin en lançant un cerceau. On peut aussi se faire photographier pour une somme modique avec les dauphins à la fin du spectacle. Ensuite, ceux-ci s’en retournent dans les coulisses, où on ne les voit plus.
Aucun des dauphins ne parvient à ouvrir complètement les yeux, à cause de la mauvaise qualité de l’eau, trop chlorée, des bassins.

Les dauphins aux yeux brûlés par le chlore. Photo China Cetacean Alliance

Avant les dauphins, c’est un morse qui apparaît en premier.
Ses défenses sont usées. En 2013, il y avait également un morse mais rien ne permet de dire qu’il s’agit du du même animal. Le morse joue de la trompette, s’assied sur son derrière et lance de l’eau sur les spectateurs.
Un lion de mer venu d’Uruguay exécute un petit pas de danse après la prestation du morse. Il se tient en équilibre sur une seule nageoire.

Les morses en captivité souffrent beaucoup de leurs défenses, qui frottent le fond du bassin… Photo China Cetacean Alliance

Du côté des bélugas, la situation est encore pire.
En principe, il devrait y en avoir huit bélugas, mais en 2017, on n’en voyait plus que quatre. Les bélugas exécutent également un ballet aquatique avec leurs dresseurs et restent dans le même bassin toute la journée.
Les visiteurs peuvent assister à leur nourrissage depuis le le deuxième étage. Mais si quelqu’un souhaite jeter quoi que ce soit dans leur bassin, rien ne peut l’empêcher. Les panneaux d’information sont presque illisibles et il n’y a aucun enrichissement, aucun accès à la lumière naturelle ou à l’air frais. Le bruit de la musique et des visiteurs qui passent est constant.
Les bassins sont eux aussi rouillés et leur peinture s’écaille. Les bélugas nagent en cercles, le plus souvent les yeux fermés. Ces comportements de nage stéréotypés sont parmi les plus effroyables jamais observés par les enquêteurs de la CCA.

Le bassin des bélugas. Photo China Cetacean Alliance

On sait que les marsouins aptères du YangTse sont en grave danger d’extinction.
La Chine se vante d’assurer leur reproduction en captivité. Les enquêteurs de la CCA en ont vu quatre au Haichang Polar Ocean World. Quelques anneaux dans le bassin leur tenait lieu d’enrichissement environnemental. Les marsouins semblent encore être assez actifs. L’un d’eux a montré son pénis, ce qui suggère qu’il y avait une activité sexuelle en cours.
Le Haichang Polar Ocean World affirme qu’il les élève au nom de la conservation des espèces menacées mais il semble qu’ils ne quitteront jamais ces bassins et ne servent qu’à attirer les visiteurs, car ils sont très mignons.

Les marsouins aptères du Yangtse. Photo China Cetacean Alliance

Les autres animaux du Haichang Polar Ocean World 

On découvre aussi des renards et des loups blancs de l’Arctique, placés dans un enclos sans aucun objet pour les distraire. Ils semblent stressés et anxieux, faisant constamment des va-et-vient.
Environ huit otaries survivent dans les mêmes conditions et nagent dans de l’eau boueuse tandis qu’une dizaine de phoques détenus un peu plus loin peuvent être nourris directement par les visiteurs pour la somme de 30 renminbi pour 1 personne, et de 50 renminbi  pour 2 personnes.
Enfin des manchots de différentes espèces offre un pitoyable spectacle dans leurs enclos trop petits.

Photo China Cetacean Alliance

Bref, c’est la Chine, diront certains, et il est de notoriété publique que les animaux y sont maltraités.
Peut-être. Mais si l’on y regarde bien, la collection des animaux exposés n’est guère différente de celles qu’on trouve en Occident, à l’exception du marsouin aptère. Des bélugas sont exhibés en Espagne, des ours blancs au Marineland d’Antibes et bientôt à Pairi Daiza, où ils rejoindront des loups et des morses.

Quant aux spectacles de dauphins, avec leurs séances pédagogiques, leurs ballets aquatiques et les photos payantes à la fin du show, ils rappellent furieusement ceux du delphinarium de Bruges.
Certes, les conditions de vie sont sans doute moins mauvaises en Europe, mais c’est une seule et même logique qui sous-tend leur exploitation, tant en Chine que dans le reste du monde : celle du profit et non pas celle d’une réelle conservation des espèces en danger !

Les loups de l’Arctique. Photo China Cetacean Alliance

Lire le rapport complet sur le site de la China Cetacean Alliance

2017 China Cetacean Alliance investigation into Tianjin Haichang Polar Ocean World, China

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