Planète Sauvage : les dauphins chantent des chants de baleines en rêvant



Photo  Michael Penn – Juneau Empire

Planète Sauvage : les dauphins chantent des chants de baleines en rêvant

A Planète Sauvage, les dauphins chantent des chants de baleines en rêvant !
On a fit grand cas en janvier 2012 de cette stupéfiante « découverte » faite à la Cité Marine : les dauphins imiteraient dans leur sommeil la bande sonore de leur spectacle, un chant de baleines !

« Cette découverte a été accidentelle. L’équipe d’éthologues dirigée par Martine Hausberger de l’université Rennes 1 avait placé dans l’enclos des dauphins du parc animalier Planète Sauvage plusieurs micros afin d’en savoir plus sur les bruits qu’ils produisent la nuit.

Sur l’un des enregistrements, 25 nouveaux sons étaient audibles, certains ressemblant de près aux cris produits par les baleines à bosse.
Les enregistrements ont alors été soumis à 20 volontaires pour confirmer que le son des baleines et celui des dauphins étaient bien similaires. D’après les résultats de l’enquête, les répondants ont même estimé dans certains cas à 76% que les sons (en fait produits par les dauphins) étaient ceux de baleines à bosse.

Les dauphins sont connus pour leur mimétisme, qui leur sert à réussir des numéros dans les parcs aquatiques.
Les scientifiques ont alors étudié un à un tous les événements de la journée des cinq dauphins concernés, pour découvrir finalement qu’il s’étaient sans doute inspirés de la nouvelle bande-son de leur spectacle sur laquelle figurent des cris de dauphins, de mouettes et… de baleines.

S’il s’avérait que les dauphins avaient bien reproduit le chant des baleines, ce serait la première fois que ces animaux retiendraient un son pour le répéter plus tard.
Martine Hausberger explique qu’ils auraient pu s’en souvenir car leur concentration est très élevée en journée. Elle souhaite maintenant comprendre si c’est en dormant que les dauphins reproduisent les sons, ce qui pourrait laisser penser que les rêves les aident à emmagasiner des informations nouvelles, de la même manière que les humains.
Lorsqu’ils «dorment», les dauphins mettent une moitié de leur cerveau en sommeil tandis que l’autre reste active pour qu’ils puissent penser à respirer. Un électroencéphalogramme permettrait donc de définir si les dauphins qui ont parlé baleine se trouvaient ou non dans cet état de demi-sommeil.

Mais comme l’explique Sarah Reardon du magazine Science, les scientifiques restent sceptiques. Peter Tyack, biologiste de l’université écossaise de St. Andrew explique notamment avoir déjà entendu des dauphins produire des sons qui pourraient ressembler à ceux des baleines, ce qui ne prouve pas qu’ils étaient sciemment en train de les imiter.

Le sommeil des dauphins

Cette découverte, faite en 2012, c’est à dire peu de temps après l’ouverture controversé du delphinarium de Port saint-Père, servait à justifier la valeur scientifique de cet établissement.
De vrais chercheurs ont publié cette étude et celle-ci a été diffusée sur tous les grands médias.
Mais elle soulève quelques questions.

Les dauphins rêvent-ils ?

Le sommeil des mammifères a évolué chez les animaux terrestres. Des adaptations sont mises en place chez les mammifères marins, la plus importante de celles-ci étant la nécessité de remonter à la surface pour respirer. Chez les dauphins, ainsi que chez certains autres cétacés et siréniens, le sommeil est unilatéral.

Pendant qu’un hémisphère cérébral montre des signes typiques du sommeil lent, l’autre hémisphère reste éveillé.
Comme la respiration est volontaire chez ces animaux, cette particularité leur permet d’assurer simultanément deux fonctions vitales: dormir et respirer; car dormir de tout son cerveau provoquerait l’arrêt respiratoire et la mort de l’animal.

Le dauphin, qui ne s’arrête jamais de nager même en dormant, ne semble pas avoir de sommeil paradoxal (S.P.).
Il s’agit d’une exception car les autres mammifères malins étudiés, comme les phoques et les otaries, ont un S.P. comparable à celui des mammifères terrestres. Toutefois, il est possible que les dauphins aient un S.P. unilatéral, impossible à détecter.
Cette incapacité est liée au fait que les autres signes de S.P., comme l’absence de tonus musculaire et de mouvements oculaires rapides, ne sont pas présents chez ces mammifères. L’impossibilité à mettre en évidence le S.P. chez les dauphins peut aussi être due aux conditions expérimentales d’étude en milieu clos. Nous n’apportons ainsi encore aucune explication à cette énigme.

Les dauphins dorment-ils la nuit ?

A Antibes, les dimensions du bassin de repos sont de 11 mètres de diamètre pour 3 mètres 50 de profondeur.
Les lumières restent allumées toute la nuit, toute l’année. Il n’y a jamais de vrai repos.
Les 8 heures de « sommeil» des dauphins se passent à tourner en rond. On comprend que le lendemain matin, accéder au bassin de spectacle est considéré par eux comme une récompense.
En mer, les dauphins flottent côte à côte en avançant doucement au gré des vagues. Même la nuit, ils ne dorment que d’un œil et par courts intervalles, lors de petites siestes d’une vingtaine de minutes. Ils sont souvent très actifs pendant la nuit, car ils chassent alors les calmars ou certains poissons qui remontent à la surface après le coucher du soleil.

De l’étourneau aux baleines à bosse

On se souviendra aussi qu’aux premiers temps de la Cité marine, et pour justifier l’ouverture d’une troisième delphinarium en France, des scientifiques avaient été mandatés pour mener des recherches sur le langage des dauphins… en le comparant à celui des étourneaux !

« Depuis plusieurs mois, pouvait-on lire sur le site du parc d’attractions à ses débuts, Planète Sauvage a su s’adjoindre les compétences d’experts dans le milieu scientifique : le département d’éthologie de l’Université de Rennes, affilié au CNRS et l’Ecole Vétérinaire de Nantes.

Planète Sauvage étudie la communication sifflée chez le dauphin et les facteurs sociaux qui l’influencent. Contrairement à la majorité des mammifères, les dauphins sont capables d’imiter des sons et de les intégrer dans leur répertoire. Cette capacité sera étudiée suivant deux axes :
L’ intégration d’animaux de groupes différents :
La constitution d’un groupe de dauphins à partir d’individus d’origines différentes est l’occasion d’observer les mécanismes de partage et d’évolution du répertoire.
Il s’agira d’enregistrer les vocalisations de chaque individu avant, pendant et après la constitution du groupe.

L’imitation
Afin de détailler les mécanismes de l’imitation chez le dauphin deux méthodes seront utilisées, l’une passive, l’autre active ».

Des recherches qui firent alors bondir d’indignation la Whale and Dolphin Conservation, une dynamique association anglaise toujours sur le front des combats : 

« Une directive de l’Union Européenne des Zoos stipule que tous les zoos d’Europe doivent « participer à des recherches qui bénéficient directement à la conservation des espèces», rappelait-elle.
Dans son étude sur les justifications scientifiques visant à maintenir des cétacés en captivité, le Dr. Sue Mayer a passé en revue l’ensemble des recherches qui avaient été menées sur des animaux captifs. Ses conclusions remettent en cause la pertinence de ces études par rapport aux bénéfices que peuvent en tirer les espèces concernées en milieu naturel sauvage.

Son rapport conclut notamment « que les conditions de contrainte physique imposées par la captivité, ainsi que le comportement des animaux étudié dans un contexte artificiel, le nombre restreint d’animaux dressés et l’origine génétique changeante de la population des cétacés captifs ont de quoi faire douter de la valeur scientifique des études portant sur des animaux captifs, en tant que modèles de leurs homologues sauvages.
La sophistication croissante des études menées en milieu libre et la pertinence accrue des données recueillies dans ces conditions jettent en effet un doute sérieux sur la pertinence des recherches menées en milieu captif »

Le projet de Planète Sauvage livre quelques détails extraits de l’étude de l’UMR sur le rôle social des chants d’étourneaux. Il apparaît ainsi que ces oiseaux partagent et imitent les chants (sifflements et gazouillis) de leurs semblables au sein de groupes dont la structure sociale était sous contrôle.
L’idée de Planète Sauvage est qu’une telle approche est donc appropriée pour les dauphins, qui ne présenteraient pas de structures claires en termes de dominance mais s’associent par paire ou par trio d’individus ayant choisi de passer leur temps ensemble.

Cependant, dans son rapport de recherches sur les cétacés captifs, Mayer conclut que : « l’organisation sociale des animaux en captivité est déterminée par des hiérarchies de dominance. En revanche, la situation en milieu naturel est plus dynamique et les comportements agressifs sont beaucoup moins présents. Le confinement suscite également des comportements stéréotypés tels que le fait de faire sans cesse le tour du bassin dans le même sens.
Les études sur le comportement des animaux sauvages ont été utilisées afin d’améliorer les conditions de vie des animaux captifs, nous informant notamment sur le nombre et le sexe des individus au sein d’un groupe normal.
A l’inverse, les recherches sur le comportement des animaux en captivité ne semblent pas pouvoir nous aider à améliorer la conservation des cétacés sauvages, du fait de leur caractère par trop artificiel ».

En outre, nous considérons que l’utilisation de protocoles de recherche destinés à l’étude des étourneaux ne peut s’appliquer valablement aux dauphins. Le niveau des échanges sociaux est très différent entre ces deux groupes d’animaux et la communication chez les dauphins est nettement plus sophistiquée que chez les oiseaux.

La composition des groupes d’animaux captifs est imposée par les conditions de captivité. C’est spécialement vrai pour les grands mammifères carnivores, hautement mobiles, tels que des dauphins. La petite taille des groupes maintenus ainsi que celle de leurs bassins piscine impliquent, par exemple, que la création de sous-groupes est sévèrement limitée. En captivité, l’organisation sociale des Grands Dauphins s’articule autour de la dominance des mâles. En milieu naturel, la situation est beaucoup plus dynamique.

Planète Sauvage propose également d’orienter ses recherches sur l’intégration de deux groupes de dauphins captifs distincts, à savoir ceux qui viennent du Parc Astérix et ceux qui étaient préalablement détenus à Harderwijk en Hollande.
Cependant, cette étude est basée sur l’examen d’interactions sociales survenant dans un milieu complètement artificiel et entre des individus qui, en milieu naturel, n’auraient jamais l’occasion de se rencontrer.

Pour cette raison, compte tenu de l’impact de la vie en captivité sur les rapport sociaux et la communication, nous croyons que les recherches proposées manquent sérieusement de pertinence et ne devraient pas être utilisées à la seule de justifier la construction d’un delphinarium au sein du parc de «Planète Sauvage».
Les Grands Dauphins produisent en effet des sifflements et d’autres sons pour communiquer, qui servent apparemment à maintenir les rapports sociaux. Les études déjà menées ont prouvé que ces mammifères marins disposent d’un répertoire individuel des sifflements qui leur sont propres et qu’ils peuvent imiter les sifflements d’autres individus. L’apprentissage des vocalisations est également un fait établi chez le dauphin.

Cependant, la vie en captivité affecte les sons produits par les cétacés, sans doute à cause de la simplification radicale de leurs activités quotidiennes, de leur environnement appauvri et des regroupements artificiels d’individus contraints de rester ensemble dans un espace confiné.
Comme Sue Mayer le note: « Les différences entre les sons produits par des animaux vivant en liberté et par ceux maintenus en captivité, les effets de la captivité et particulièrement de l’isolement social, mettent en question l’utilité et la pertinence des études sur les productions sonores des cétacés captifs ».

En outre, ainsi que le «dossier scientifique» le précise, les recherches menées dans le cadre d’un delphinarium s’avèrent souvent incompatibles avec la prestation des shows, les soins et les manipulations humaines quotidiennes qui constituent la vie des dauphins captifs.
On peut donc se demander comme l’étude proposée par Planète Sauvage à Port Saint Père parviendrait, mieux que dans un autre delphinarium, à combiner des recherches pertinentes avec l’exhibition des dauphins au public.

La proposition de Planète Sauvage ne prend pas en compte le haut niveau de sophistication atteint par les dauphins dans le cadre de leurs communications interindividuelles. Il est particulièrement important de noter que les recherches récemment menées en milieu naturel nous ont permis de progresser dans notre compréhension des modes de communication chez ces mammifères marins. Ce genre d’études aurait été impossible à réaliser en milieu captif.

Nous remettons sérieusement en cause la nécessité du projet de recherche proposé par Planète Sauvage, car nous pensons qu’il ne contribuera en rien à la conservation des dauphins dans leur environnement normal, ni à une meilleure connaissance de la communication chez les cétacés. Cette recherche est périmée et inutile.
La WDC estime qu’elle n’a été proposée que dans le seul but de justifier la mise en place d’un show de dauphins captifs dans l’enceinte de Planète Sauvage.


Deux dauphins esclaves de plus à Port Saint Père

Bébé dauphin tué par une femelle à Planète Sauvage

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