Pourquoi le Boudewijn Seapark de Bruges est tabou pour les politiques



Pourquoi le Boudewijn Seapark de Bruges est tabou pour les politiques

Pourquoi le Boudewijn Seapark de Bruges est-il tabou pour les politiques belges ?
A cause du poids du CD&V, bien implanté en Flandre Occidentale et des libéraux, amis de toutes les entreprises. Depuis 2005, des petits jeux se jouent entre partis à propos de cette problématique, dont le charme est qu’ils n’aboutissent jamais au moindre changement pour le Boudewijn Seapark.

Le temps des élections ravivent les débats, car nos fins politiques savent que les électeurs aiment les animaux. On reparle donc à chaque fois des dauphins du Seapark, comme disent nos amis flamands,  un peu comme le Parti Socialiste ressort à chaque élections la légalisation du cannabis… et puis oublie jusqu’aux prochaines ! Il en va de même en Flandre du delphinarium de Bruges.

16/3/2012

Le poids du CD&V

Le Boudewijn Sea Park de Bruges se situe en Flandre occidentale.
Cette région constitue le bastion historique du Christen-Democratisch en Vlaams (Démocrate-chrétien et flamand, CD&V).  Ce parti de droite nationaliste modérée a recueilli, lors des dernières élections de 2010, plus de 23,01% des votes, juste derrière les redoutables républicains flamingants du Nieuw-Vlaamse Alliantie ou N-VA (23,98% des votes).
M. Carl Decaluwé, membre de CD&V, est devenu gouverneur de la Flandre Occidentale le 16 décembre 2011, avec entrée en fonction le 1er février 2012. Son bourgmestre, ou maire pour nos amis français, n’est autre que Patrick Moenaert, également membre du CD&V !

Ceci n’est pas nouveau  : depuis bien longtemps déjà, le parti social-chrétien, qui s’appelait encore CVP, aimait à tenir ses assises dans l’enceinte du Boudewijn Sea Park et y trouvait sans doute quelques soutiens financiers.
C’était alors un parti assez radical et nationaliste, comme l’attestent les couleurs noires et jaunes, symboles de la Flandres indépendante, des uniformes des dresseurs de Bruges.

Des nationalistes haineux prêts à tout pour faire taire les manifestants anti-captivité en 2004. Photo YG

En 2005, il était de bon ton de faire front contre de telles velléités indépendantistes.
C’est donc avec une certaine ferveur que les deux partis socialistes du pays, le PS et le SPA, ont attaqué le Boudewijn Sea Park de Bruges et réclamé l’interdiction de tout autre delphinarium en Belgique, affrontant de face leurs ennemis d’alors, les libéraux et les sociaux-chrétiens.

Lors des débats menées à la Chambre, on notera d’ailleurs les points de vue étrangement dithyrambiques des membres du CD&V :

Luc Goutry
Luc Goutry

« M. Luc Goutry (CD&V) évoque l’enthousiasme qui a présidé la visite de la commission au delphinarium :
« Les parlementaires ont pu se rendre compte de l’adéquation des installations aux besoins des dauphins ainsi que de la qualité des soins prodigués par le personnel. La nourriture – de grande qualité – est préparée dans les conditions d’hygiène les plus strictes.
Par ailleurs, l’intervenant insiste sur la vocation scientifique et pédagogique des zoos et delphinariums. Le delphinarium, en tant que centre de recherche scientifique conduit, par exemple, des projets avec des enfants autistes, destinés à améliorer leurs aptitudes à communiquer.  De tels projets sont réalisés en partenariat avec des universités et des centres spécialisés.

(Pour rappel, tout contact entre un animal de zoo et un visiteur est interdit par la loi belge. La delphinothérapie est par ailleurs considéré comme une escroquerie par tous les thérapeutes sérieux.)

Il convient de ne pas mettre d’obstacles à la conduite de ces projets, poursuit-t-il.
La commission, elle-même, a pu se rendre compte de la qualité des projets pédagogiques (comme les expositions) qui sont développés à Bruges et que visitent d’ailleurs annuellement des milliers d’écoliers.
Il faut savoir que la plupart des dauphins présents au delphinarium de Bruges sont nés et ont vécu toute leur vie en captivité (faux). Au cas où on envisagerait de les réintroduire dans leur milieu naturel, leurs chances de survie seraient certainement nulles. (…)

L’intervenant regrette que la commission se penche sur une proposition de résolution sans réelle plus-value alors que des problèmes beaucoup plus sérieux subsistent en matière de bien-être des animaux, en matière de sécurité alimentaire ou encore d’utilisation d’hormones (sans parler de la faim dans le monde !). L’adoption d’un tel texte donne l’impression qu’il y a des problèmes alors qu’en pratique ce n’est certainement pas le cas.
M. Miguel Chevalier (Open VLD) souscrit en grande partie aux remarques de M. Goutry ».

Mark Verhaegen
Mark Verhaegen

M. Mark Verhaegen , un autre membre du CN&V, en rajoute étrangement une louche.
Il fait remarquer que « selon un vétérinaire spécialisé avec lequel il a pu discuter, la santé des dauphins vivant au delphinarium est excellente (faux). Leur joie de vivre peut également se mesurer à l’aune de leur activité sexuelle (faux). Or, les dernières années ont vu la naissance de neuf dauphins, ce qui démontre à suffisance leur bien-être ».

M. Verhaegen n’estime pas absolument nécessaire d’interdire l’implantation de nouveaux delphinariums.
Pour autant, bien sûr, que « les dauphins qui y seraient accueillis ne soient pas des dauphins capturés dans la nature. Aujourd’hui, le réservoir génétique des dauphins vivant en captivité est suffisant pour éviter les croisements consanguins et permettre aux générations à venir d’être en bonne santé (faux). Enfin, la création d’un comité scientifique et médical et la désignation d’un vétérinaire attitré semblent superflues eu égard au travail appréciable des vétérinaires spécialisés, travaillant à Bruges« .

On ne saurait être plus clair !
A l’époque, les PS et le SPA se sont violemment opposés à une vision aussi idyllique du pénitencier aquatique de Bruges, bien qu’ils n’aient jamais envisagé sa fermeture.
Mais la résolution ne fut jamais votée…

Un spectacle de cirque d’un autre âge.. Mais la Flandre vit calfeutrée sur elle-même et ignore les bruits du monde

Ceci se passait en juin 2005.
Depuis lors, bien des choses ont changé. Et que d’eau chlorée a coulé sous les ponts !
Au terme d’une crise gouvernementale historique  qui dura près de 2 ans, un gouvernement fédéral de transition fut enfin mis sur pied.
Afin d’en écarter les dangereux fascistes du NVA, les francophones firent des ponts d’or aux flamands de droite à peine plus modérés. C’est ainsi qu’aujourd’hui, le CD&V domine largement le gouvernement « Papillon », mené par le Premier Ministre Elio Di Rupo, (PS), au sein duquel figurent aussi d’éminents politiciens issus de la Flandre Occidentale.

– Monsieur Steven Vanackere (CD&V) est Vice-Premier Ministre et Ministre des Finances et du Développement durable, chargé de la Fonction publique.

– Monsieur Pieter De Crem (CD&V) est Ministre de la Défense.

– Monsieur Servais Verherstraeten (CD&V) est Secrétaire d’Etat aux Réformes institutionnelles, adjoint au Premier Ministre, et Secrétaire d’Etat à la Régie des bâtiments, adjoint au Ministre des Finances et du Développement durable, chargé de la Fonction publique.

– Monsieur Hendrik Bogaert (CD&V) est Secrétaire d’Etat à la
Fonction publique et à la Modernisation des Services publics, adjoint au Ministre des Finances et du Développement durable, chargé de la Fonction publique.

Monsieur Johan Vande Lanotte (SPA) est Vice-Premier Ministre et Ministre de l’Economie, des Consommateurs et de la Mer du Nord. Détail piquant : il est né à Poperinge (Poperinghe en français) située en Région flamande dans la province de Flandre-Occidentale.

Monsieur Vincent Van Quickenborne, Vice-Premier Ministre et Ministre des Pensions, est attaché à l’Open VLD, un parti libéral qui, comme le Mouvement Réformateur francophone, est un grand partisan des cirques, des belges qu se lèvent tôt et du néo-libéralisme
sauvage.
Il en est de même pour Madame Annemie Turtelboom, Ministre de la Justice, également issue du cénacle de l’Open VLD.

Nous ne parlerons pas ici des ministres francophones, puisque leur rôle consiste à se faire tout petits et à répondre aveuglément « OUI ! » aux exigences de leurs homologues flamands pour sauver ce qui peut encore l’être de ce malheureux pays et tenter d’en retarder l’éclatement.

« Les parlementaires ont pu se rendre compte de l’adéquation des installations aux besoins des dauphins » (Luc Goutry, CD&V)

Venons-en à la presse.
Si celle-ci est massivement acquise aux vertus des delphinariums du côté Nord de la frontière linguistique, les journaux francophones – naguère plus audacieux – ne sont guère en reste dans ce domaine.

Il faut savoir que nos média ne brillent plus vraiment aujourd’hui par leur indépendance éditoriale.
Les principaux organes de presse du sud du pays ont en effet des attaches très fortes avec le monde politique.
Bien que cette analyse soit assez grossière et qu’elle comporte en réalité bien des nuances, on peut dire
globalement que la RTBF, Le Soir, et le consortium Sud Presse ont le coeur qui penche à gauche. La Libre Belgique, pour sa part, est résolument sociale-chrétienne, tout comme le groupe « L’Avenir ».
Enfin, le journal populaire qui affiche le meilleur tirage, à savoir La Dernière Heure et son corollaire audio-visuel, la chaîne de télé RTL, courent quant à eux pour le Mouvement Réformateur, un ami historique des spectacles de cirques, aquatiques ou non.
Dans tous les cas de figures, il vaut mieux pour chacun ne pas toucher à cette question délicate du Boudewijn Sea Park, qui pourrait fâcher nos amis flamands et cet allié si précieux qu’est le CD&V !

Comment imaginer, dans de telles conditions, que la moindre critique puisse encore s’exprimer par leur voix à l’égard d’un delphinarium lourdement soutenu par un parti qui dicte sa loi à tout le gouvernement ?
Démocratie ? Allons ! Quand il s’agit de questions aussi sensibles et aussi politiques, le silence absolu et la désinformation délibérée valent mieux que toutes les censures chinoises.  Il est heureux dès lors que l’information ne passe plus désormais nécessairement par les canaux obligés de la presse écrite ou audio-visuelle, mais également par les réseaux encore libres du Web…

« Leur joie de vivre peut également se mesurer à l’aune de leur activité sexuelle » Mark Verhaegen (CD&V)

Le bourgmestre de Bruges compare les dauphins aux pandas de Pairi Daiza

Delphinarium de Bruges : la liste des dauphins morts 

 


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