Pourquoi les delphinariums doivent disparaître



Copyright Doug Cartlidge. ECO http://www.eco1.co.uk/

Pourquoi les delphinariums doivent disparaître

On trouvera ci-dessous une série d’articles d’archives, qui démontrent toute la cruauté inutile de la captivité des dauphins. Certains d’entre eux ont été remis à jour récemment, d’autres pas encore. C’est le cas notamment d’un très ancien dossier sur la delphinothérapie, un sujet essentiel dans le contexte de l’esclavagisme cétacéen. On se souviendra que lors de leur publication par Dauphins Libres à la fin des années 90, ces informations apparaissaient comme nouvelles et scandaleuse,  jamais diffusées jusqu’alors, dans le monde francophone, même si on les retrouve aujourd’hui à l’envi sur la plupart des sites de défense animale.

Rappelons à ce propos que Dauphins Libres a grand besoin de nouveaux collaborateurs, notamment pour veiller à ce genre de réactualisations constantes des données du premier site d’information francophone sur la captivité.

Un globicéphale « sauvé » de l’échouage s’échoue à SeaWorld. Son compagnon tente de l’aider.


Pourquoi les delphinariums doivent disparaître ?

Captivité : le dossier en bref

Du cirque et rien d’autre

La captivité est inutile

La captivité est cruelle

Pour en finir avec la captivité

Les mots de la désinformation

Les arguments des delphinariums

Captivité : quelques comparaisons

Normes officielles : permis de tuer !

Les méthodes de capture

Impact des captures sur les populations libres

Confinement et vie sociale

Nager avec les dauphins : les « petting-pools »

La delphinothérapie (en cours de réactualisation)

Le dolphin-breeding ou l’élevage en bassin

 

A l’origine : le cirque !

Lorsqu’on entend les zoos plaider la valeur pédagogique inestimable des delphinariums, il faut se souvenir de l’origine même de cette étrange pratique : la première tentative de maintenir des cétacés en captivité a eu lieu en 1861, lorsque P.T. Barnum eut capturé et transporté deux bélugas jusqu’à New York. Placés dans une piscine d’eau douce inadéquate, les deux animaux moururent en quelques jours.

Deux tentatives plus tard, et en utilisant cette fois de l’eau de mer, deux bélugas parvinrent à survivre et devinrent donc les tout premiers cétacés au monde à être exposés aux yeux du public dans le fameux Cirque de Barnum, en compagnie de monstres humains et de Buffalo Bill… Les bélugas périrent dans un grand incendie en 1868, mais l’impulsion était donnée.
Dès le début du siècle, le New York Aquarium expose aussi des « marsouins vivants » mais qui meurent très rapidement, faute de soins appropriés.

 

second-delphinarium

En 1938, près de St Augustine, en Floride des producteurs de cinéma mettent sur pied le premier studio pour prises de vues sous-marines : Marine Studios est destiné à l’origine à permettre le tournage plus aisé de films d’aventure.
Cet aquarium, outre diverses espèces de poissons et d’animaux marins joyeusement mélangés, abrite également une petite colonie de Tursiops fraîchement capturée, qui remportent rapidement un vif succès public.
On vient les visiter en famille et pour tous, c’est une véritable surprise de constater l’étonnante vie sociale de ceux qu’on appelait encore à l’époque des « marsouins».
En 1947, une femelle nommée Spray donne naissance à cinq delphineaux en bassin. Chose étonnante : l’un d’entre eux vivait toujours en 2013 sous le nom de Nellie, à l’âge canonique et parfaitement exceptionnel (pour les dauphins captifs ) de 60 ans !

Dès le début de 1948, Arthur Mac Bride, le responsable de ces studios, décida d’en faire le premier vrai « delphinarium » tel que nous le concevons aujourd’hui, sous le nom de Marineland.
Le premier à leur apprendre des « tours » fut un certain Cecil M. Walker Jr du Marineland de Floride.
Il remarqua qu’un dauphin lui envoyait systématiquement une plume de pélican dans sa direction. Cecil remplaça la plume par un ballon et ajouta à la piscine toutes sortes d’autres objets en caoutchouc, qui remportèrent un franc succès.
Le premier spectacle (show ) de dauphins eut donc lieu avec Flippy, un dauphin Tursiops désigné à l’époque comme «le premier marsouin éduqué». Ce fut un spécialiste de chez Barnum & Bailey Circus, Adolf Forhn, qui se chargea de son dressage.

Marine Studios Florida : les shows étaient très limités mais le rôle du poisson dans le dressage évident

Mais il n’y a pas que le public qui s’enflamma pour ces drôles de créatures.
Les scientifiques se pressèrent nombreux  dans ce parc marin.
Les premières études furent menées sur le comportement des dauphins, notamment par des primatologues du Yerkes Institute.
Les expériences les plus bizarres (notamment : delphineau en caoutchouc ou sous forme de cadavre pour tester la capacité des dauphins à sauver des êtres vivants) furent tentées.
Les premières études sérieuses sur le comportement, le sonar et la biologie des Tursiops datent des années 60, dans le contexte de ces delphinariums, où la vie des captifs ne valait pas cher. On en capturait tant qu’on voulait au large et ils mourraient à la même vitesse.

Notty fut le premier dauphin acquis par la US Navy en 1960 en vue d’étudier ses déplacements et d’améliorer ceux des torpilles.
En 1963, l’organisme militaire Office of Naval Research réunit le premier congrès sur ces questions et finança les recherches de John Lilly.
Celui-ci se fit plus tard le chantre de l’intelligence cétacéenne et de leur liberté mais massacra à l’époque sans le moindre scrupule des dizaines de dauphins en les anesthésiant ou en leur plantant des électrodes dans le cerveau à vif.

De l’avis même des auteurs de « Cetacean Societies. Fields studies of dolphins and whales« , toute recherche valable a cessé dans les delphinariums à partir des années 70. Ce qui devait être découvert l’avait été, l’influence du dressage fut jugée perturbante et les spécialistes passèrent, dès cette époque, à l’observation des cétacés en mer.
Le feuilleton « Flipper » rendit pourtant les dauphins captifs populaires dans le monde entier et on les exporta en nombre de Floride.

Flipper le dauphin

Dès 1966, les premiers shows commencèrent en Europe.
En d’autres termes, les delphinariums sont donc une attraction de cirque d’origine purement américaine, dont la finalité première est de faire de l’argent en regroupant le plus grand nombre de spectateurs. Cette logique commerciale a conduit à la surenchère que l’on sait, amenant les zoos à capturer des orques, plus grandes et plus impressionnantes encore mais difficiles à garder en vie, dès 1961.

Le tombeau de Flipper au DRC, qui fut d’abord un centre de captures et de premier dressage.

 

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 LA CAPTIVITE EST INUTILE

La petite Daisy entend son papa mourir en coulisse à Duisburg en 1999. Voir sur ce site.
La petite Daisy entend son papa mourir en coulisse à Duisburg en 1999.

Quelles que soient les conditions d’accueil que l’on réserve aux cétacés, quels que soient les efforts déployés pour élargir encore la taille des bassins, leur enfermement n’en reste pas moins toujours éthiquement injustifiable puisque inutile et cruelle.

Inutile, parce la contrainte et l’enfermement ne sont pas la bonne manière de comprendre les dauphins.
En termes pédagogiques, le spectacle des delphinariums n’apprend rien et ne donne des dauphins qu’une image caricaturale, humiliante et tronquée.

Comme tous les animaux des zoos, ce ne sont plus là que de tragiques « amputés de la vraie vie », des êtres coupés de leur environnement, de leur culture et de leurs proches. En termes scientifiques, les recherches menées sur des dauphins captifs ne sont pas plus pertinentes. Ces êtres libres ne nous fuient pas. Ils sont curieux de nous et collaborent volontiers s’ils se sentent en sécurité. L’enfermement n’a donc aucun sens et fournit d’ailleurs de moins bons résultats que les contacts inter espèces librement consentis.

Expérience sur les cris de douleur des dauphins à l’INRA menées par le Pr. Busnel

1. Inutile sur le plan scientifique

Recherches vétérinaires

Les delphinariums continuent à prétendre qu’ils jouent un rôle important dans la recherche sur les cétacés.
En fait, lorsqu’on y regarde de plus près et que l’on considère les études effectivement publiées par ces établissements, on se rend compte qu’il s’agit principalement de recherches portant sur le taux de mortalité, les techniques de dressage, les maladies dues à la captivité ou les adjuvants médicamenteux indispensables à la survie des individus maintenus de longues années loin de l’eau de mer et du soleil. L’un des pôles actuels est la recherche sur le maintien en vie des delphineaux nés captifs !

Du fait de cet environnement totalement artificiel, même les autopsies ne sont pas pertinentes, les cadavres de dauphins captifs étant littéralement imbibés de substances chimiques (antibiotiques, suppléments alimentaires, valium, anti-dépresseurs, etc.) qu’on ne trouve pas dans la nature. Quant aux grandes maladies virales infectieuses qui ravagent certaines populations de dauphins libres (mobilivirus), les delphinariums sont incapables de trouver les moyens de les prévenir.
En revanche, l’herpès fait des ravages en bassin, de même que nombre de maladies bactériennes dues à la saleté de l’eau.

Des informations de base peuvent sans doute être obtenues sur la reproduction ou la maturité sexuelle mais il est dangereux d’appliquer ces découvertes au cas des dauphins libres, dont les conditions de vie sont tout à fait différentes. Le mode d’alimentation atypique des dauphins captifs affectent sans doute leur courbe de croissance et leur taille adulte.

Les études comportementales sont elles-mêmes de peu de valeur, puisqu’elles concernent des comportements routiniers, névrotiques, sous haut contrôle de l’être humain et n’ont donc que fort peu de rapports avec le
comportement réel des dauphins libres.
Conservation des espèces menacées

Le discours des delphinariums à ce propos est contradictoire : malgré le fait que les dauphins Tursiops ne soient qu’une  « espèce menacée » et qu’ils relèvent toujours de l’annexe II de la CITES autorisant leur exploitation commerciale sous certaines conditions, leur détention est néanmoins présentée comme une sauvegarde d’une espèce en voie de disparition, façon panda ou okapi ! Or ,le dauphin le plus couramment détenu est de l’espèce Tursiops truncatus, considéré comme peu menacé par l’IUCN.
L’élevage en bassin  (dolphin breeding) donne, on le sait, de piètres résultats, avec un taux impressionnant de fausses couches et de delphineaux morts-nés ou décédés dans les jours suivant leur naissance.
Les cirques aquatiques persistent pourtant dans cette pratique, puisque l’approvisionnement en dauphins libres fraîchement capturés devient de plus en plus difficile et les risques de consanguinité de plus en plus grands.
Rappelons enfin qu’au regard des lois internationales sur la protection des espèces menacées, les individus élevés en captivité devraient être en principe réintroduits dans leur site d’origine.
Et ce n’est évidemment pas le cas de ces delphineaux nés en bassin, qui ne le quittent que morts.

Certains établissements, comme le delphinarium d’Antibes ou celui de Harderwijck prétendent enfin mener des recherches en mer, en vue de la préservation des dauphins sauvages. Leurs résultats sont maigres, voire insignifiants. Ils se font fort également de recueillir les dauphins échoués, ce qui n’est pas une bonne idée, puisque la plupart meurent dès qu’on les place en bassin. Et que les autres, bien entendu, resteront captifs leur vie durant !

Rien ne remplace la liberté

Contacts inter-espèces et psychologie « animale »

Lorsqu’on voit l’importance de certaines découvertes réalisées jadis par le Kewalo Basin Laboratory ou le Project Delphis, deux centres de recherches travaillant sur des dauphins captifs, on saurait difficilement nier l’intérêt de certaines recherches menées en captivité.

Mais les temps changent : on n’écorche plus vivants les condamnés à mort en vue de recherches anatomiques comme au temps de la Renaissance et de la même manière, ces premières approches contraignantes et cruelles fondées sur une captivité devraient désormais appartenir au passé.

Aujourd’hui que l’éthologie cognitive nous confirme à quel point les cétacés souffrent du manque de liberté, les mêmes expériences psychophysiologiques pourraient être parfaitement menées en milieu naturel, sans contrainte, sans douleur, en coopération directe avec les sujets d’expérience.
Les résultats obtenus au terme de tels contacts s’avèrent infiniment plus riche en informations éthocognitives, voire même, ouvre la voie à un authentique dialogue profondément révolutionnaire.

Rien n’empêche dès lors d’imaginer que les recherches telles que celles menées dans les bassins du Project Delphis ne le soient directement en pleine mer ou le long des côtes ou même au sein de petites baies abritées où les dauphins pénétreraient volontairement et qu’ils quitteraient de la même manière. D’ores et déjà, l’observation des dauphins libres (Voir les travaux actuels de Denise Herzing) représente une source inépuisable de découvertes et de surprises.
L’étude de leurs comportements et de leur langage hautement sophistiqué n’a commencé que tout récemment. Nous ne savons presque rien de la plupart des cétacés.

Par ailleurs, l’apprentissage commun d’une langue intermédiaire commune (modélisé notamment par le chercheur Wayne-Batteau, le Projet Janus Bahamas ou les suggestions de Ken Levasseur), l’investissement scientifique des points de rencontres interespèces (Shark Bay, Mandurah, Panama City Beach, ainsi que les points de contact avec les dauphins ambassadeurs, actuellement livrés aux seuls touristes) permettrait de poursuivre ces investigations de manière plus poussée encore, c’est à dire en collaboration avec les dauphins mêmes. Les cétacés sont des êtres conscients, patients, et souvent ravis de nous rendre service. Pourquoi les obliger à faire ce qu’ils feraient volontiers sans qu’on les y contraigne ?

Du cirque, toujours..

2. Inutile sur le plan pédagogique

Loin de leur faire découvrir la merveilleuse complexité de la vie cétacéenne, les delphinariums font au contraire croire aux enfants que le dauphin est un « spectacle », un « objet d’amusement », un « animal familier » gentil, serviable et quelque peu enfantin.

Il semblerait incongru qu’on demande aux chimpanzés du Zoo de rouler à vélo, aux éléphants de se tenir sur une balle géante ou aux loups de faire le beau. Pourquoi le demande-t-on aux cétacés ? Parce qu’ils mourraient d’ennui à rester sans rien faire ?
Parce que leur intelligence est si vive qu’il leur faut bien s’occuper d’une manière ou d’une autre ? Et qu’autrement il faudrait les soigner avec des antidépresseurs et des tranquillisants, comme n’importe quel prisonnier dépressif et dangereux ?

Dans ce cas, pourquoi ne pas leur proposer plutôt  des occupations à la mesure de leurs véritables capacités cognitives ?
Pourquoi ne pas entretenir avec eux des relations amicales, des jeux d’échange et de dialogue qui montrerait au public ce dont il sont vraiment capables ? (On lira à ce propos les suggestions très surprenantes de Roger Payne dans son livre « Among Whales »).
Très certainement pour la même raison qu’on ne donne jamais aux chimpanzés du zoo des journaux illustrés, des poupées pour jouer ou de poste de télévision : les visiteurs découvriraient alors avec trop d’évidence notre terrible ressemblance avec ces êtres pleinement évolués.

Par ailleurs ainsi que le rappelait un célèbre dompteur de dauphins, Rocky Colombo, le fait que le bassin soit entièrement vide, nu, dépourvu de tout décor, de tout rocher, de tout algue, oblige le dauphin à s’intéresser à ce qui se passe au-dessus de la surface. C’est là un stade difficile à obtenir au début du dressage : naturellement, cet animal marin prête davantage attention à ce qui se passe sous l’eau. Pour le contraindre à faire des shows, quatre ou cinq fois par jour, il faut donc que le dauphin s’ennuie. C’est une condition nécessaire à sa docilité.

Dire bonjour avec sa nageoire, hocher la tête comme un humain, attraper du poisson au vol, tirer un gosse dans une petite barque, danser au rythme de la disco : toutes les prestations des dauphins, pourtant tirées à l’origine de leur répertoire naturel, visent à faire croire qu’ils obéissent avec bonheur, qu’ils nous imitent, qu’ils n’ont de rêve que de nous ressembler et de faire aussi bien que nous.
Vision paternaliste mielleuse et anthropocentriste, qui assimile ces créatures libres et nobles à des toutous aquatiques…

"Gulf World", à Panama City Beach, juste en face de l'océan. Mai 2000. Photo JP Von Der Becke

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LA CAPTIVITE EST CRUELLE

Playboy, le papa de Daisy, est mourant : on le nourrit de force par intubage au Zoo de Duisburg, en 1999
Playboy, le papa de Daisy, est mourant : on le nourrit de force par intubage au Zoo de Duisburg, en 1999

 

De manière générale, on peut poser pour acquise l’impossibilité fondamentale de maintenir en captivité de façon acceptable des mammifères supérieurement intelligents dont la vie cognitive et sociale constituent l’essentiel de la réalité.
Les dauphins, les éléphants et les grands singes, en ce compris les hommes, sont tous des mammifères disposant d’un très haut potentiel cognitif. Ce sont des personnes à part entière.
Leur durée de vie est importante et tous, ils bénéficient d’une enfance extrêmement prolongée, durant laquelle leurs parents se chargent de les éduquer et de leur transmettre leur propre savoir-faire.
Ce sont donc des « êtres de culture », vivant dans ce « troisième monde » (Popper & Eccles.1989) que tissent les inventions mythiques, les règles de filiation, l’identité sociale, le langage, l’émotion, les attachements amicaux durables et des valeurs morales telles que l’altruisme, l’encouragement au don ou le sens du bien commun (F. De Wall 1995).

Dans ce contexte où le regard de l’autre construit et renforce la sensation d’exister, l’isolement est ressenti comme une punition grave. Pour l’homme, l’emprisonnement à vie remplace souvent la peine de mort. Quand cet isolement devient total – en cachot, par exemple, ou en cellule de haute sécurité  – les hallucinations surviennent très rapidement, puis la démence complète et la mort par suicide.

La simple observation clinique nous apprend que les chimpanzés et les dauphins manifestent exactement les mêmes réactions que nous dans les mêmes circonstances.
Pour eux aussi, il est inconcevable de vivre loin des leurs, loin de leur univers social familier mais également de leur biotope.
Arraché de force à son univers sensoriel familier, un grand mammifère est aussi démuni que n’importe quel homme enfermé en cellule. A ce dernier, manquent les bruits de la rue, la musique, les voitures, les lumières de la ville, le cinéma, les promenades, les voyages, les paysages variés, les objets de son quotidien et le gestes de son travail.

Que dire alors du vide atroce que doit ressentir le dauphin ?
Son audition est surpuissante, sa peau ultrasensible, ses yeux perçants sous l’eau et dans l’eau, il perçoit même les champs magnétiques. Autour de lui, quand il vit libre, le grondement des vagues, le pépiement des poissons, les rumeurs du tonnerre et de la pluie en surface, la pression des plongées, la nuit des grands fonds, les tremblements de terre sous-marins, le passage des navires, les luttes avec les squales, la chasse, la cueillette des invertébrés sous le sable, toutes les choses de la vie…

En captivité, rien.
Plus un son naturel. Plus un rayon de soleil. Plus un seul bruit de vague. Plus une algue et plus un poisson. Des murs, un fond, des parois vitrées, des coups de sifflet et deux ou trois repas par jour, et les mêmes gestes tous les jours….

 

Une vie aussi vide que le bassin…

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IV. Propositions concrètes

Iris et Ivo à Anvers en 1998, juste avant leur transfert à Duisburg.
Iris et Ivo à Anvers 1998

A l’heure de l’Effet de serre et des menaces extrêmes qui pèsent sur la biodiversité, on peut espérer qu’une conscience écologique globale puisse s’immiscer peu à peu dans les esprits d’un bout à l’autre du monde, d’une manière aussi irrépressible et nécessaire que s’imposa naguère l’idée des Droits de l’Homme.

Un rapport neuf à la nature, de gré ou de force, devra s’installer au risque de voir disparaître la race humaine elle-même. Cette évolution ne prendra peut-être sa place que dans vingt ou trente ans – au terme de quels terribles cataclysmes ?- mais elle constituera de toutes façons le prochain pas en avant de notre Humanité.

Le Great Ape Project énonce explicitement le concept de Equality beyond Humanity et c’est bien vers cet élargissement de notre intérêt et de notre compassion aux autres êtres intelligents mais cependant non-humains que nous mènent les recherches actuelles en éthologie cognitive.

En complet porte-à-faux avec ce que nous savons des dauphins aujourd’hui, les shows de delphinarium nous renvoient au contraire vers un mode de pensée digne du dix- neuvième siècle, où l’on couvrait les murs des bungalows de têtes de tigres empaillés et où l’on exhibait des Africains dans les enclos grillagés de l’Exposition Universelle…

Car la problématique de l’esclavage n’est pas sans point commun avec celle des dauphins captifs.
Pour les mêmes raisons commerciales, les trafiquants d’esclaves ont toujours tenté de nier l’humanité de ceux qu’ils exploitaient.
S’appuyant sur l’infime nuance que représente la couleur des peaux, l’Occident colonialiste s’est complu à considérer comme « moins humains » tous ceux qui n’avaient pas la peau blanche.
Les Indiens disposaient-ils d’une âme ? Pouvait-on chasser l’aborigène tasmanien comme du simple gibier ?
Les Bushmen devaient-ils être tenus en laisse, en tant que « chiens pisteurs » ?

Dans tous les cas, il s’agissait bien sûr d’exploiter une « force de travail » en toute conformité avec la foi chrétienne ou d’autres valeurs morales. Dès que la révolution industrielle a rendu inutile l’usage brute de la force humaine, l’esclavage a disparu et le discours raciste a – au moins officiellement – suivi le même chemin.
Reste le spécisme, la mieux enracinée de toutes nos illusions, celle qui nous fait croire que, tout de même, « un animal n’est qu’un animal ». Mais qui sommes-nous nous-mêmes ?  De purs esprits ?

Élever ses enfants, les nourrir, se nourrir, allaiter, faire l’amour, découvrir, explorer, s’informer, apprendre, enseigner aux autres son savoir, réfléchir, prévoir, supposer, s’amuser, être triste, douter, être certain,  trouver de
nouveaux chemins, maintenir sa position sociale, imposer sa présence, séduire, vaincre, protéger, attaquer, aider, soutenir, consoler, avoir faim, avoir peur, être heureux, se sentir seul, retrouver des amis, se souvenir de son frère, de sa sœur, de sa mère et les rejoindre de temps en temps, rentrer chez soi, quitter son clan, être aimé, être haï, être accueilli, toutes ces actions, ces sentiments, ces attitudes  naissent d’évidence des mêmes mouvements émotionnelles et mentaux, ressentis de la même manière, que l’on soit chimpanzé, dauphin, éléphant ou humain.

RIEN ne justifie dès lors que l’on traite ces sujets conscients comme s’ils n’étaient que des objets.
RIEN ne justifie qu’on en fasse commerce comme d’un bien meuble et qu’on laisse, aujourd’hui encore, ces créatures pensantes aux mains d’impitoyables gestionnaires de spectacles, de vétérinaires complices, de trafiquants mafieux et de quelques aventuriers sans scrupule et sans formation…
Il est temps que ce mensonge cesse et que l’on sache, une fois pour toutes, que la captivité tue les dauphins et qu’elle les fait souffrir leur pauvre vie durant…
Il est temps que cette pratique cesse, et d’abord en Europe, afin de montrer l’exemple au reste de la planète.

Cetacean Rights

Sur base des éléments d’information qui précédent, nous exigeons l’interdiction légale et définitive de tous les delphinariums en Belgique, en Europe, puis dans le reste du monde, pour  les raisons suivantes :

– Les cétacés constituent une espèce animale à part, susceptible de rivaliser voire même de dépasser l’être humain sur le plan de l’intelligence et de la conscience morale. Il est important de se souvenir à cet égard du prodigieux développement de leur cerveau, plus riche en circonvolutions que le nôtre et de leurs capacités cognitives et sociales tout à fait hors du commun. Les cétacés sont avec les humains les seuls animaux à
disposer d’un langage verbal articulé complexe. Pour ces raisons, une protection et un intérêt particuliers doivent leur être accordés.

– Or, ni au niveau sanitaire (durée de vie raccourcie, maladies de peau, sensibilité au chlore, etc. ) ni au niveau des conditions d’accueil (environnement volontairement appauvri pour permettre les shows, vie  sociale aberrante ou gravement carencée), les delphinariums ne sont à même de garantir une vie décente à ces mammifères marins hautement intelligents et socialisés dont le corps est spécialement adapté à plonger à des grandes profondeurs et à nager sur des grandes distances.

– Le fait de détenir de tels mammifères va donc directement à l’encontre des prescriptions de la Loi belge du 14 août 1986, modifiée par les lois du 26 mars 1993 et du 4 mai 1995, relative à la protection et au bien-être des animaux et dont l’article  4 contient des dispositions importantes : « Toute personne qui détient un animal,…, doit prendre les mesures nécessaires afin de procurer à l’animal une alimentation, des soins et un logement qui conviennent à sa nature, à ses besoins physiologiques et éthologiques, à son état de santé et à son degré de développement, d’adaptation ou de domestication. « 

– En outre, du fait de l’incapacité de ces structures de contention de « produire » du dauphin né captif de la seconde génération, les captures en mer sont encore largement pratiquées, tant au profit des pays européens que dans le reste du monde. Les dommages éthologiques graves que ces prélèvements provoquent sont désormais observables en Mer Noire et dans les Caraïbes.

– L’Europe est considérée comme un référent en termes de culture, d’humanisme et de démocratie.
A l’heure de l’effet de serre et de la destruction de la biodiversité, il est grand temps que les pays membres de l’Union Européens donnent l’exemple en matière de protection animale et se distancient des normes
américaines (comme ils le font aujourd’hui en termes de gestion durable des énergies) et qu’ils fassent clairement comprendre au reste du monde – Asie, USA, Amérique centrale et du Sud – que les delphinariums ne sont ni des institutions scientifiques ni des « arches pour espèces en voie de disparition » mais simplement des établissements de loisirs cruels et inutiles qu’il importe de faire disparaître au plus vite.

Bélougas contraitns de jouer de la flûte avec des morses... Où est l'éducation dans ces shows ?
Bélougas contraints de jouer de la flûte avec des morses… Où est l’éducation dans ces shows ?

 

Nous préconisons donc un démantèlement progressif des structures considérées. Cette phase suppose que les dauphins actuellement captifs puissent être soit réhabilités en mer, dans le cas des animaux récemment capturés, soit déplacés vers de vastes lagons de retraite ou baies marines, tels que disponibles dans le sud de l’Europe et closes par un filet, dans le cas des dauphins ou autres cétacés ayant séjourné trop longtemps en bassin ou qui y sont nés.

Nous encourageons dans cet esprit la stérilisation de toutes les femelles Tursiops actuellement captives, afin d’éviter la perpétuation d’une nouvelle espèce de dauphins domestiques à la santé fragile et au psychisme dominé par l’homme, incapable de survivre en milieu naturel.

Nous  exigeons  la mise en place d’une commission d’enquête européenne exclusivement dévolue à cette question, sur le modèle du de la Commission britannique chargée par le Ministère de l’Environnement d’enquêter en 1985 sur la pertinence de maintenir des cétacés captifs en Angleterre.

Nous réclamons également que l’EAAM fournisse aux autorités compétentes de la Communauté européenne la liste actualisée de tous les cétacés  captifs présents à ce jour dans l’espace européen, ainsi que toutes les précisions nécessaires sur leur origine géographique ou génétique (pour les nés -captifs) leur état de santé et les conditions dans lesquelles ils sont accueillis (taille, nombre et volume des bassins) de captivité. Il exige enfin que soit modifier les règlements de la CITES et que l’ensemble des cétacés bénéficient de la protection de l’annexe I, de la CITES, qui interdit tout commerce de l’animal, même pour des raisons « scientifiques ou pédagogiques.

Dauphins captifs en bout de course. Photo ECO

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Les Arguments des Delphinariums

Bruges 2000. Photo JP Von der Becke

1. » Nos dauphins sont heureux, regardez comme ils sourient ! »
Faux
Ils meurent aussi en souriant…

2. « Les océans sont pollués et dangereux. Ici au moins, dans leur bassin, ils sont bien à l’abri ! »
Faux
Baleines et dauphins évoluent dans les mers depuis des millions d’années. Il s’agit là de leur habitat naturel. La meilleure façon de régler le problème de la pollution ou des filets dérivants  est de s’y attaquer directement et sûrement pas de rapatrier vers la terre tous les dauphins sauvages !
En outre, à suivre ce raisonnement, on pourrait conclure que la prison est décidément plus saine pour le humains  si menacés par les dangers de la route !

3. « Pourquoi perdre son temps avec des histoires de delphinariums, qui ne concernent qu’une poignée d’individus, alors que tous les autres dauphins meurent en mer, qu’il faudrait protéger ».

Aucune association concernée par le sort des dauphins ne distinguent ces deux combats l’un de l’autre. la captivité n’est sans doute qu’un facette mineure des mauvais traitements que nous faisons subir aux cétacés, mais la sauvegarde des individus est certainement aussi essentielle que celle des populations. Hésiterait-on à sauver deux enfants birmans des pattes d’un trafiquants d’enfant, en prétextant qu’il faut d’abord rendre à toute la Birmanie la liberté et la démocratie ?

4. « Comment osez-vous faire tant de chambard à propos de ces malheureux poissons, alors que dans le reste du monde, (au choix)
a. les Droits de l’Homme sont foulés au pied
b. Les enfants tchétchènes, éthiopiens, indiens, etc. meurent chaque jour par milliers »

Comment ?
En refusant de limiter le combat pour le respect des créatures conscientes, quelles qu’elles soient, à notre seule espèce humaine. La liberté est bonne pour tout le monde et chaque passager conscient de cette petite planète devrait pouvoir en bénéficier. La lutte pour la sauvegarde de l’environnement et de la biodiversité n’est en
rien contradictoire avec les combats humanistes. Elle est même convergente et l’on peut considérer que le WWF, Amnesty International, M.S.F ou le WDCS font finalement le même travail, en faveur d’espèces tragiquement solidaires dans leur misère commune.

Par ailleurs, il est regrettable que les associations humanitaires qui nous perçoivent souvent comme des concurrents, oublient que le respect des droits de l’homme n’aurait pas de sens dans un monde où, pour leurs petits-enfants, tous les lions seraient des Rois Lions, toutes les souris des Mickeys ou tous les éléphants des Jumbos virtuels, et où ne vivraient plus le moindre animal sauvage, ni le moindre cétacé. Est-ce vraiment cela que nous voulons ? Une planète morte livrée aux hommes et aux bactéries, sous un ciel noir privé d’oxygène ? Des Pokémons dans les zoos ?

4. « Les dauphins captifs ne peuvent être réhabilités. Ils ont perdu le souvenir de la vie en mer et de la façon d’y survivre ».
Faux
De très nombreux cas de réhabilitations réussies nous prouvent au contraire que si les dauphins sont assez intelligents que pour apprendre des tours débiles dans un bassin, ils n’éprouvent certainement aucun difficulté à ré-apprendre ce qu’ils savaient déjà !

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Captivité : quelques chifres (2002)

En liberté : Le dauphin vit en moyenne de 40 à 60 ans
En captivité : 53% d’entre les dauphins capturés meurent dès les trois premiers mois de leur arrivée en bassin. L’âge maximum annoncé par les delphinariums est généralement de 25 ans. 30 ans est considéré comme un âge avancé.
Peu d’enfants nés en bassin vivent au-delà d’une quinzaine d’années.

En liberté : Le dauphin mange du poisson vivant
En captivité : il ne mange plus que du poisson mort, en quantité expressément insuffisante (afin qu’il soit plus docile et réagisse mieux à la récompense-nourriture lors des dressages)

En liberté : Le dauphin vit au sein de structures sociales complexes, restant en contact avec sa famille durant sa vie entière.
En captivité : Le plus souvent isolé dans des bassins en béton nu. La plupart souffre d’un stress ou d’un ennui permanent. Certains d’entre eux se tuent.

En liberté: Le dauphin nage plus de 50 miles marins par jour, plonge jusqu’à des profondeurs de plus de 600 mètres et parcourt les océans durant toute sa jeunesse, à l’aventure.
En captivité : Il peut être légalement confiné dans un espace de 24/24 pieds et de 6 pieds seulement de profondeur. Aucun bassin au monde n’est assez grand pour lui ni ne permet de reconstituer le moindre simulacre d’une vie naturelle.

En liberté: Le dauphin vit dans l’’eau salée, brassée par les vagues et les courants, riche de multiples oligo-éléments, de goûts subtils et d’’informations.
En captivité : Il vit dans une eau traitée au chlore, imprégnée du goût intense de ses propres excréments et de ceux de ses compagnons et privée de tout mouvement de marée, de poisson, d’algue ou de quoique ce soit de vivant. .

En liberté: Le dauphin utilise le sonar pour “voir” et pour communiquer.
En captivité : Il est incapable d’’user de son sonar, du fait de la douleur que lui cause l’écho de retour sur les parois de béton du bassin (effet miroir).

En liberté: Les delphines mettent bas tous les deux ou trois ans à partir de l’âge de treize à quatorze ans.  Nombre de nouveau-nés mis au monde en moyenne par un maman delphine sur une vie entière : de 6 à 7.
En captivité: Plus d’un tiers des naissances en captivité échouent.
Elever son enfant en bassin est extrêmement difficile, d’autant plus que les jeunes mères, capturées le plus souvent avant l’adolescence, n’ont pas eu le temps d’apprendre de leurs aînées comment prendre soin d’un nourrisson.
Moyenne de naissance par delphine captive sur sa durée de vie complète: moins d’une.

En liberté: Les dauphins libres ne sautent pas au travers de stupides hula-hoops, ne mendient pas leur nourriture et ne transportent personne sur leur dos comme des ânes.
En captivité : Les dauphins captifs se soumettent à ces humiliations parce qu’ils ont faim, tout simplement, et que leur régime alimentaire est soigneusement contrôlée pour les affamer de manière permanente. En cas de résistance grave, l’isolement est utilisé.

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Les mots de la désinformation

1. Au delphinarium, les dauphins n’ont jamais été capturés : ils ont été « acquis ».

2. Les dauphins captifs ne vivent pas dans un bassin, mais dans un « environnement contrôlé ».

3. Les noms grotesques dont on affuble les captifs – Pepina, Iris, Stormy, Monique, etc. – les assimilent aux animaux de compagnie.
En revanche, aucun effort n’est jamais fait pour détecter leur nom réel – leur « signature sifflée » – pourtant facile à enregistrer ni pour s’en servir à l’aide d’un synthétiseur lors des shows.

4. Les maladies sont toujours physiques comme il convient à des animaux. Aucune mention n’est jamais faite des dépressions lourdes ni des médications pharmacologiques destinées à redresser l’humeur des mères privées de leur enfant, notamment.

5. A un journaliste qui lui demandait si les dauphins ne souffraient pas ne ne pus pouvoir plonger plus de deux ou trois mètres, Mike Ridell, le Directeur du Marineland d’Antibes répondit :
–  » Pas du tout ! Vivre en surface et jouer avec des ballons est une expérience neuve pour eux et très enrichissante… »
Sauf que ce sont toujours les mêmes ballons tout au long de l’année.

6. Fred Daman, le Directeur du Zoo, lors du départ d’Iris et d’Ivo de leur cercueil d’Anvers :
« Ils vont retrouver une vraie vie de famille à Duisburg, et de nouveaux compagnons ».
Un an plus tard : des heurts continuels, deux morts, et Iris qui n’a jamais quitté son bassin latéral et se retrouve  enceinte de son propre fils…

7. Au Dolfinarium de Bruges, on annonce pendant le show :
« Les dauphins vivent environ 25 ans… »
Juste le temps d’être adulte, en somme et puis de mourir.
En mer, les vieux dauphins atteignent plus de 50 ans.

8. A Bruges, le delphinarium est décoré par un village en planche, apparemment inspiré d’un port de mer en Floride. L’endroit se proclame « Le Village des Dauphins ». Ailleurs, d’autres prisons se nomment SeaWorld, Sea Gulf, Gulf World, Marineland ou encore Paradise, tous qualificatifs qui évoquent soit la vie de famille, soit la mer libre soit encore le bonheur. Un peu comme le « Ministère de la Paix » de Georges Orwell était en fait celui de la Guerre…


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Pourquoi les delphinariums doivent disparaître

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