Quand les bélugas donnent naissance en prison

Mauyak au Shedd Aquarium

Quand les bélugas donnent naissance en prison

When Captive Belugas Give Birth
Opinion by Lori Marino

Le Shedd Aquarium de Chicago vient d’annoncer que Mauyak, l’un de ses bélugas, attend un bébé pour l’été.
« Nous sommes impatients d’accueillir nos invités à chaque étape du développement du petit béluga et de partager avec eux notre émerveillement ».
Moi aussi, j’espère que Mauyak donnera naissance avec succès.
Mais si les bélugas en liberté peuvent vivre de 50 à 60 ans, ceux qui sont maintenus en captivité meurent systématiquement avant l’âge de 30 ans.

Mauyak (à droite) et Kimalu au Shedd Aquarium. Photo Chicago Tribune


Mauyak a été capturée en 1982 dans la Baie d’Hudson près de New York, alors qu’elle n’avait que deux ans.

Et tandis que les parcs marins se plaisent à qualifier leurs cétacés captifs de «membres de notre famille», Mauyak n’a plus revu sa propre famille depuis sa capture. Au lieu de cela, elle n’a cessé de passer d’un aquarium à l’autre, toujours plein d’étrangers : d’abord au Zoo de Point Defiance, puis au John C. Shedd Aquarium, ensuite au Mystic Aquarium et enfin, retour au Shedd en 2009.

Parmi les quatre enfants auxquels elle a donné naissance, une seule, sa fille de six ans, Kimalu, survit encore à ses côtés.
Des trois autres, l’un naquit mort-né, l’autre décéda le jour de sa naissance et le troisième s’éteignit à l’âge de 9 ans au Mystic Aquarium dans le Connecticut. Ce genre d’histoires est typique des bélugas nés dans des bassins de béton.
Le Shedd Aquarium compte déjà 9 bélugas morts au cours des 29 dernières années, soit un décès tous les trois ans.
Telle est la réalité déprimante qui se cache derrière l’industrie du béluga captif, où que vous alliez.

Le John G.Shedd Aquarium

Six bélugas sont morts depuis l’ouverture du Georgia Aquarium, il y a tout juste 13 ans.
Aucun d’entre eux ne dépassait l’âge de 26 ans. Maris, l’une des femelles, a perdu deux bébés en l’espace de trois ans avant de mourir en 2015 à l’âge de 21 ans, cinq mois après la mort de son deuxième enfant. La cause de sa mort n’a jamais été expliquée.

Au Canada, la situation n’est pas meilleure.
À l’Aquarium de Vancouver, 5 jeunes bélugas sont morts au cours des 8 dernières années, dont une mère et sa fille, Aurora et Qila, qui trépassèrent à 9 jours d’intervalle et pour lesquelles non plus aucune cause de décès physiologique n’a jamais pu être déterminée. Leurs vies n’ont été qu’une longue suite de souffrances.
Aurora avait déjà perdu trois enfants avant l’âge de 29 ans et sa fille Qila en a également perdu un.

Célèbre parmi les parcs d’attractions nord-américains, le Marineland du Canada détient actuellement environ 58 bélugas (il est difficile d’être précis puisque les naissances et les décès sont si fréquents), et compte au moins 36 morts depuis le début des années 1990. Les chiffres à l’étranger, en particulier en Chine, ne sont pas bien documentés mais ils sont probablement bien pires.

Dès lors, alors que nous espérons tous que le bébé de Mauyak naisse en bonne santé et vive au-delà de la petite enfance, nous devons tout de même faire face à la vérité : les bélugas et les bassins en béton ne se conviennent pas.
Les bélugas captifs présentent souvent des comportements anormaux, comme les stéréotypies et d’autres indicateurs de stress chronique.
Pourtant, l’industrie de la captivité continue à confiner ces baleines blanches dans des piscines et de les y forcer à se reproduire dans des conditions peu naturelles qui ne mènent qu’à la mort, à la souffrance et au deuil.

Les bélugas du Georgia Aquarium

Il n’est pas surprenant que le Shedd Aquarium, le Georgia Aquarium et SeaWorld aient demandé en 2013 avec un bel ensemble une autorisation de la NOAA pour importer 18 bélugas capturés dans la mer d’Okhotsk, en Russie.
Il s’agissait là de la première demande de permis d’importation de mammifères marins sauvages récemment capturés depuis plus de 20 ans. Cette requête allait totalement à l’encontre de la décision prise par l’industrie de la captivité aux USA de ne plus procéder à des captures similaires dans les eaux américaines.

Cette demande a été rejetée, en partie parce que la NOAA a pu constater que bon nombre des 18 bélugas avaient moins d’un an et continuaient d’être allaités quand on voulut les emmener pour un long voyage, depuis leur enclos bondé en Russie jusqu’aux bassins de spectacle américains. Cela dit, les mêmes aquariums pourraient encore tenter de contester le refus de permis de la NOAA à l’avenir et nous devons toujours rester vigilants pour nous préparer à cette éventualité.

Noc le béluga parleur

Les bélugas captifs envoient pourtant un message clair et puissant à leurs ravisseurs, avec leur mal-être, leur vie raccourcie et le nombre impressionnant de leurs morts.
Ils ne peuvent pas jouir de la vie et mois encore, vivre très longtemps, dans des réservoirs en béton.
Alors, bien que le public puisse, de manière compréhensible, se concentrer davantage sur les orques et leur sort en captivité ou en liberté, nous devrions toujours garder à l’esprit que la souffrance continue pour les bélugas en captivité, qui ne sont pas plus adaptés que les orques à survivre dans un aquarium.
Souvenons-nous des mots (oui, des mots) d’un béluga nommé NOC, qui avait été enlevé à sa famille en 1977.
Durant ses 22 ans de confinement dans un réservoir en béton, NOC a imité la parole humaine. Parmi les premiers mots entendus par un plongeur qui nettoyait son réservoir, celui qui revenait le plus était : «Out, out, out!»
Sortir ! Sortir !

When Captive Belugas Give Birth
Posted September 23, 2018 in News, Opinion by Lori Marino
Des illustrations supplémentaires ont été ajoutées par Dauphins Libres

L’océan de substitut des bélugas du Shedd Aquarium


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