Quel effet cela fait-il d’être un dauphin ?

Quel effet cela fait-il d’être un dauphin ?

Quel effet cela fait-il d’être un dauphin ?
En 1974, Thomas Nagel publia un article dont le titre est resté célèbre : «Quel effet cela fait-il d’être une chauve-souris ? « .
Le philosophe y  affirmait que, quelle que soit la compréhension scientifique, objective, que nous aurions d’une chauve-souris, nous ne pourrions jamais savoir ni éprouver ce qu’elle ressent.

« Nagel émet l’hypothèse suivante : étant donné leur appareil perceptif spécifique, les expériences de consciences des chauves-souris sont radicalement différentes des nôtres. Autrement dit, nos expériences de conscience et les expériences de conscience des chauves souris ont des caractères qualitatifs différents. On pourrait bien en effet, passer notre journée accroché par les pieds la tête en bas ou passer sa nuit à tenter d’attraper des insectes, que l’exercice ne nous permettrait qu’une approche de ce que cela fait de nous comporter comme une chauve-souris. En effet, pour Nagel, nous ne pourrons jamais faire mieux et nous ne saurons jamais ce que c’est que d’être comme une chauve-souris. Comment une telle obstruction entre les chauves-souris et nous peut-elle s’expliquer ? Pourquoi ne pourrions-nous jamais savoir ce que c’est qu’être une chauve-souris ?

Le monde des ultrasons nous est barré parce que la fréquence de ces sons est trop élevée pour être audible à l’homme. Ainsi, l’approche que nous pouvons avoir des ultrasons ne peut être une approche vécue. Même si nous avons une connaissance complète de ce que sont les ultrasons, même si nous sommes capable de les utiliser pour la détection, exactement comme le fait la chauve-souris, l’aspect qualitatif de la sensation nous échappe. Autrement dit, notre compréhension objective et la plus complète qui soit du phénomène des ultrasons nous laisse devant la porte fermée du phénomène ressenti par une chauve-souris dans un monde d’ultrasons.
Ce que veut démontrer Nagel n’est pas que nous serions incapables d’avoir une compréhension ou une perspective de chauve-souris, ce qui est incontestable, mais que nous ne pouvons pas savoir ce que cela fait d’être une chauve-souris ».

Le monde des chauves-souris s’organise lui aussi sur des informations sonores.

Il en va de même pour le dauphin. A ceci près que celui-ci, comme la chauve-souris, reste un mammifère et qu’il éprouve donc toute une gamme de sentiments similaires aux nôtres dans le champ de la satisfaction de ses besoins primaires, de l’organisation de sa vie sociale et affective, etc. Par ailleurs, puisque le dauphin est notre équivalent marin en termes de puissance neuronale, un dialogue d’espèce à espèce est tout à fait possible par le biais d’un langage intermédiaire. Nous pourrions dès lors parfaitement connaître le fond de la pensée de nos amis dauphins !

Ce qui diffère surtout entre le cétacé et l’homme, ce sont les organes sensoriels, parfaitement adaptés au milieu aquatique pour l’un et à la vie terrestre pour l’autre. Mais au-delà du réseau d’informations principalement acoustiques que le dauphin ré-organise sans cesse en images du monde, pulse le même noyau de conscience présent à lui-même et témoin de ses propres pensées, mais capable également aussi de se déployer sur un mode collectif que nous ne pouvons qu’imaginer.

Les sens du dauphin

La vision

Le monde visuel du dauphin peut être comparé à celui des espèces-proies, non prédatrices, comme le lapin ou le chevreuil, en ce sens que les champs visuels de ses yeux latéraux couvrent ensemble 360° mais qu’ils ne se chevauchent pas ou très peu.
L’absence de fibres non-croisées dans le chiasma optique suggère une plus large indépendance dans le contrôle des yeux et dans l’usage de l’information qu’ils fournissent, par rapport à ce que l’on observe chez les autres mammifères. Chacun des yeux est capable de mouvements propres, indépendants de ceux de l’autre. Une focalisation frontale peut donc être obtenue.

Parce que les dauphins se sont adaptés à un environnement sous-marin, ils ont développé un système de perception qui diffère considérablement de celui des mammifères terrestres tels que les primates. L’écholocation leur permet ainsi  de disposer d’une « vision auditive » apte à reconnaître les formes, les matériaux et la texture des objets en utilisant cette forme de sonar biologique.

Pour un dauphin, explique Harry J. Jerison, un objet est davantage un objet, il est plus réel, plus tangible, plus concret, s’il est entendu que s’il est vu. C’est tout le contraire pour nous, qui avons le plus grand mal ne serait-ce qu’à localiser les sons.
Quelques études en laboratoire ont porté sur la capacité des dauphins à utiliser l’intégration multimodale en appariant vision et écholocation. Elles ont montré que les  les dauphins étaient très précis dans l’appariement d’objets complexes tridimensionnels à l’aide d’ informations obtenue par l’écholocation.

D’autre part, ces résultats suggèrent indirectement que les dauphins peuvent également discriminer visuellement des objets complexes.
Les dauphins ont une acuité visuelle dans les airs et sous l’eau plus faible (12,6 min d’angle visuel à une distance de 2,5 m) que celle des primates. Néanmoins, ils reconnaissent toujours visuellement les gestes humains, leur image en miroir, le nombre d’objets, les objets tridimensionnels et les formes bidimensionnelles.
Mais seules quelques études systématiques sur la perception visuelle des dauphins ont été menées. Nous ne savons donc pas encore exactement comment les dauphins perçoivent le monde visuel ni si leur perception diffère de celle des mammifères terrestres tels que les primates.

Les tests pratiqués sur des dauphins captifs représentent pour ceux-ci une distraction bienvenue dans un quotidien carcéral fait de prestations publiques et de gestes identiques

Le goût et l’olfaction

Le goût et l’odorat sont absents en tant que tels, remplacés par la « quasi-olfaction » qui consiste à filtrer une certaine quantité d’eau au travers de l’évent et à en goûter le parfum. Un tel sens est fondamental : le dauphin s’en sert pour repérer les femelles en rut autant que pour sentir les fèces de son groupe, nuage diffus de couleur foncée expulsé de manière régulière et qui donne à l’ensemble social une « odeur  propre ». Des études ont cependant démontré que les cétacés ne percevaient que le goût salé. Cette réduction du champ gustatif est aujourd’hui très dommageable, car un dauphin peut manger des poissons imbibés de produits toxiques et ne pas s’en rendre compte.

Le toucher

Quiconque a jamais caressé la peau satinée d’un dauphin sait à quel point ce tissu est sensible, doux et fragile. Le sens du toucher joue donc aussi un rôle essentiel dans la vie de ces mammifères sans fourrure qui n’aiment rien tant que de rester collés les uns contre les autres, de se tenir par la nageoire et d’échanger les caresses les plus voluptueuses.

Le sens proprioceptif

« L’Umwelt des dauphins se fonde comme tout autre sur les caractéristiques de leur environnement et cet univers mental représente très certainement une adaptation cognitive optimale aux exigences environnementales du monde aquatique » explique Harry J. Jerison.
A cet égard, l’un des traits principaux de cet univers marin – considéré depuis notre point de vue – est notamment l’absence d’une « plate-forme », stable tel que les mammifères l’éprouvent en se tenant sur la terre ferme. Sous l’eau, on vit presque en apesanteur.

Le sol sur lequel nous nous tenons et le rôle de la gravité dans les adaptations anatomiques des mammifères terrestres occupent une place centrale au plan biologique mais ne sont que rarement notées au niveau de la conscience vigile. Notre intuition s’épuise en revanche lorsque nous tentons d’imaginer les adaptations perceptuelles chez certaines espèces dont les données sensorielles sont profondément différentes des nôtres, et cela d’autant plus que nous ne sommes même pas conscients de notre propre spécificité sensorielle.

Les informations relatives aux forces gravitationnelles qui s’exercent sur les corps jouent également un rôle-clé chez le dauphin, mais d’une autre manière.
Celui-ci s’oriente en effet en «s’informant» régulièrement de la position de son corps par rapport aux fonds marins, à la surface de l’eau ou à la place du soleil au moment de l’observation.
Bien que les dauphins ne disposent d’aucun sol référentiel en guise de plate-forme fixe, mais qu’ils possèdent en revanche un degré de liberté dans les trois dimensions plus important que le nôtre, le sens de l’orientation spatiale est certainement fondamental pour eux.

On peut imaginer ce que les cétacés ressentent en pensant à ces appareils d’entraînement destinés aux astronautes afin de les préparer à l’apesanteur. Ces instruments sont de gigantesques balançoires, disposant de six degrés de liberté et permettant aux candidats pour l’espace de contrôler au mieux les diverses rotations possibles de leur axe corporel aussi bien que les mouvements de propulsion linéaire.

Si nous étions dauphins, nous nous trouverions dans un monde un peu semblable à celui d’un vol spatial à gravité zéro. Il est intéressant de noter à ce propos que l’expérience de l’apesanteur a crée chez les astronautes divers problèmes liés à cet environnement, telles que nausées, vertiges, migraines, etc. mais qu’elles n’ont cependant jamais altéré leur perception «juste» des choses
Rappelons aussi, sans nous y étendre, à quel point la gestuelle constitue un mode de communication privilégié chez les dauphins : les degrés de liberté dont leur corps dispose leur a permis d’élaborer un véritable vocabulaire d’attitudes : ventre en l’air, en oblique, corps groupés par faisceaux, rostre au sol, caudale haute, inclinée, etc., le tout agrémenté ou non d’émissions de bulles et de vocalisations.

L’audition

De tous les sens dont dispose le dauphin, c’est certainement l’audition qui est le plus développé et qui atteint des capacités discriminatoires sans équivalent connu. Ce système sensoriel s’est transformé au cours des millénaires en écholocation, tout à la fois outil de connaissance (le monde externe « vu » par le son) et moyen de communication (le monde interne transmis par le langage). Cette convergence fonctionnelle ne manque pas d’entraîner des conséquences étonnantes !

Selon le neurobiologiste Harry J. Jerison : « Si le spectre auditif des dauphins est plus large que le nôtre de plusieurs octaves dans les fréquences les plus élevées, la caractéristique principale de ce système auditif est bien évidemment l’écholocation.
Celle-ci pourrait contribuer à conférer au monde des dauphins une dimension inhabituelle, dépassant largement les perceptions élémentaires relatives aux événements survenant à distance. En tant qu’adaptation sensori-motrice, l’écholocation partage en effet certaines caractéristiques similaires à celles du langage humain »
.

La vision acoustique du dauphin est assez semblable à celle de la chauve-souris.
Dès qu’il se déplace et cherche sa route activement, le dauphin émet en permanence une série de « sons explosés » extrêmement brefs (moins d’une seconde d’émission continue).
Ces clics ne sont pas des sons purs comme le sifflement, mais des «bruits», d’inextricables petits paquets d’ondes situés sur des fréquences de 120 à 130 Khz et d’une puissance frisant parfois les 220 décibels. Ils retentissent sous l’eau comme une grêle de minuscules coups de feu secs et nets enchaînés l’un à l’autre en de courtes séquences.

 

Concentrés par le melon, les clics sont émis sous forme d’un large faisceau, qui balaie par intermittence le sol sablonneux à la façon d’un projecteur. On peut donc dire que la nuit ou sous une certaine profondeur, le dauphin ne voit que lorsqu’il éclaire le paysage de ses éclairs sonores. Les informations reçues, assez grossières, concernent l’aspect du fond marin ou une masse importante, bateau ou autre cétacé.
Supposons à présent qu’un poisson soit repéré dans ce champ de vision « stroboscopique ».

Lorsque la chasse commence, le dauphin resserre alors le rayon de son sonar et le dédouble en deux faisceaux.
Plus précis, mieux ciblés les trains de clics bombardent le poisson sous tous ses angles et peuvent même pénétrer dans son corps en renvoyant l’image de ses organes internes.
Les deux trains de clics sont produits presque simultanément, l’un à 20° à gauche de la ligne du rostre et l’autre à 20° sur la droite. Les deux rayons se chevauchent au point focal (0°) et fournissent une « audio-vision » avec relief.
Un intervalle de 80 millièmes de seconde sépare l’émission de chacun des faisceaux, de sorte qu’en calculant le léger retard d’un écho par rapport à l’autre, le dauphin peut estimer la profondeur de champ et la distance qui le sépare de chaque élément de l’objet observé.

Se rapprochant de sa proie à toute vitesse, le dauphin conserve le contact avec elle et multiplie la fréquence et l’intensité de ses trains de clics, comme pour maintenir le «projecteur» allumé presque en continu.
Les ondes à haute fréquence ont une portée plus courte mais fournissent en revanche une bien meilleure définition des détails. En nageant, le dauphin opère un mouvement de balayage latéral avec la tête avant d’obtenir une image complète de sa cible, que ses organes visuels conforteront par ailleurs, ou non, selon la luminosité.

S’il veut obtenir davantage de détails encore sur son contenu, le dauphin la bombardera alors sa cible à bout portant, d’un faisceau de clics aussi fin et précis qu’un rayon laser.
Celui-ci pénètre la matière et en estime la densité avec une incroyable précision : la nature d’un métal (zinc plutôt que cuivre) ou des variations de l’épaisseur d’un tube de l’ordre d’un millième de millimètres sont alors parfaitement perçus par cette échographie biologique.

Une telle « vision acoustique » est inimaginable pour nous, comme la couleur rouge l’est pour l’aveugle.
Néanmoins, au prix d’une comparaison grossière, on peut mettre en parallèle la pluie d’échos que perçoivent les cétacés avec les pixels que l’oeil humain perçoit sur un écran de télévision.
Les pixels dessinent très rapidement une image en se succédant l’une à l’autre et en laissant sur la rétine du téléspectateur une série de rémanences qui créent l’illusion du mouvement et les formes. Une scène visuelle est ainsi décodée à partir d’une séquence de taches ultra rapides surgissant sur l’écran. De la même manière, une expérience similaire est sans doute générée par les données discrètes de l’écholocation, les clics, dans le cerveau du dauphin.
L’information pourrait être alors comparable à celle que l’on obtient grâce au bombardement de photons dans le système visuel, à ceci près qu’elle parviendrait par un autre canal, en l’occurrence le canal auditif.

La vie du dauphin, c’est le mouvement

La perception du temps

Le temps-dauphin n’est pas le même que le nôtre. Les conductions nerveuses sont cinq fois plus rapides chez les dauphins, de même que leur débit verbal. Nos gestes et nos déplacements doivent donc leur sembler d’une lenteur extrême. Par ailleurs, tous ceux qui ont eu la chance de rencontrer des dauphins libres ont été frappés par l’extrême rapidité de leurs mouvements et de leurs réactions.

La perception des choses  

Y a-t-il même seulement des « objets » dans le monde des dauphins ou bien les choses sont-elles immergées dans un même champ fluide dont elles se détachent autrement que par unités discrètes ? Y a-t-il des « mots » dans leur langage ou bien le sens naît-il d’images plutôt que de phonèmes ? Ont-ils conscience de leur propre histoire ou de celle de leur clan ? En parlent-ils ? Se soucient-ils de la « nature » des choses, de leur fonctionnement, des lois que l’on peut en tirer ? De la finalité à long terme de leurs actions ?
Qui nous le dira, sinon eux ?

Quelqu’un, pas quelque chose

Moi, dauphin

La capacité de se reconnaître dans un miroir est une capacité assez rare dans le règne animal.
À ce jour, seuls quelques espèces comme les humains, les grands singes, les corvidés et les cétacés ont montré des preuves convaincantes de la reconnaissance de soi dans le miroir.

Deux dauphins ont été exposés à des surfaces réfléchissantes, et les deux ont fait preuve de réponses compatibles avec l’utilisation du miroir pour étudier les parties marquées de leur corps. Cette capacité à utiliser un miroir pour inspecter des parties du corps est un exemple frappant de convergence évolutive avec les grands singes et les humains.
Les dauphins sont conscients de leurs propres comportements, capables de comprendre et d’agir sur des instructions gestuelles leur enjoignant de répéter ou de ne pas répéter un comportement précédemment effectué, ou de contrôler la forme et le mouvement des bulles qu’ils émettent par l’évent. Les dauphins révèlent également le contrôle conscient des parties du corps, en les utilisant de manière spécifique et souvent nouvelle, tel que dirigé par des instructions gestuelles. Enfin, les dauphins démontrent la conscience de leurs propres états de connaissance, c’est-à-dire la métacognition, en indiquant leur certitude ou leur incertitude quant à savoir lequel de deux sons a le ton le plus élevé.

Mais qu’en est-il de ce moi central pivot d’un monde circulaire faits de pixels sonores ?
C’est là que les difficultés deviennent insurmontables tant qu’un contact n’aura pas été vraiment établi par le dialogue car le «soi» lui-même, le centre de la personne est sans doute construit de façon profondément différente chez l’homme et chez le dauphin.

Jerison parle ainsi d’une « conscience collective ». Les mouvements de groupe parfaitement sychronisés, à l’image des bancs de poissons que l’on observe régulièrement chez eux, suppose l’existence d’une pensée homogène au groupe, brusquement transformé en une personne plurielle.
On peut imaginer ce sentiment lors d’un concert de rock, d’un match de foot tout autre manifestation, lorsqu’une foule entière se tend vers un même but mais ces attitudes-là sont grossières, globales, peu nuancées. Toute autre est la mise à l’unisson de deux, trois, cinq (les » gangs » de juvéniles mâles associés pour la vie) ou même de plusieurs centaines de dauphins ensemble (de formidables « lignes de front » pour la pêche, qui s’étendent sur des kilomètres) et là, bien sûr, nous avons un comportement qui traduit un contenu mental totalement inconnu de nous.

« Etre ensemble » a un sens plus fort chez les dauphins

On sait que lorsqu’un dauphin voit, tout le monde l’entend.
En d’autres termes chaque fois qu’un membre du groupe focalise son faisceau de clics sur une cible quelconque, l’écho lui revient mais également à tous ceux qui l’entourent.

Imaginons que de la même manière, vous regardiez un paysage.
La personne qui vous tournerait le dos et se tiendrait à l’arrière derrière vous pourrait le percevoir alors aussi bien que vous le faites. Cette vision commune, qui peut faire croire à de la télépathie, n’est pas sans conséquence sur le contenu mental de chaque dauphin du groupe, capable de fusionner son esprit à ceux des autres quand la nécessité s’en fait sentir. Ceci explique sans doute la formidable capacité d’empathie des dauphins mais aussi leur fidélité quand il s’agit de suivre un compagnon qui s’échoue. Chez eux, on ne se sépare pas plus d’un ami en détresse qu’on ne se coupe le bras quand il est coincé dans une portière de métro !
En d’autres circonstances, bien sûr, le dauphin voyage seul et il «rassemble» alors sa conscience en un soi individualisé, qui porte un nom, fait des choix et s’intègre dans une lignée.

Il en serait de même pour l’homme si les mots pouvaient faire surgir directement les images qu’ils désignent dans notre cerveau, sans passer par le filtre d’une symbolisation intermédiaire. Si quelqu’un me raconte sa journée, je dois d’abord déchiffrer ses mots, les traduire en image et ensuite me les « représenter ».
Notre système visuel étant indépendant de notre système auditif, un processus de transformation préalable est nécessaire à la prise de conscience du message. Au contraire, chez le dauphin, le système auditif est à la fois un moyen de communication et un moyen de cognition «constructiviste».

La symbolisation n’est donc pas nécessaire aux transferts d’images, ce qui n’empêche nullement qu’elle puisse exister au niveau des concepts abstraits. Quant à cette conscience fusion-fission, cet ego fluctuant à géométrie variable , ils préparent tout naturellement le dauphin à s’ouvrir à d’autres consciences que la sienne. D’où sans doute, son besoin de nous sonder, de nous comprendre et de nous « faire » comprendre.
Un dauphin aime partager son cerveau avec d’autres, tandis que l’homme vit le plus souvent enfermé dans son crâne. Ces gens-là ont  beaucoup à nous apprendre….


Altruisme et compassion : la nature des dauphins

Dauphin : cerveau, conscience et monde mental

Le langage des dauphins