Rencontre avec un dauphin au Marineland d’Antibes

Lagon à Antibes. Photo Vanessa fin aout 05

Faux lagon, faux rochers, fausse plage, fausses rencontres… Une pure obscénité commerciale

2012

Rencontre avec un dauphin au Marineland d’Antibes

Le témoignage ci-dessous, reçu début septembre 2012, nous confirme, s’il en était encore besoin, que les exploitants de dauphins captifs d’Europe ou d’Asie s’alignent désormais sur le modèle américain, en vue de rentabiliser au maximum leurs investissements. On vient, on touche, on paie et on reçoit la photo.
Quand on sait comment certaines rencontres en milieu naturel peuvent être intenses et émouvantes, on se demande comment il est possible de promouvoir d’aussi sinistres simulacres de rencontres inter-espèces. Et aussi néfastes pour les dauphins eux-mêmes.
Tex en est mort, rappelons-le. Par suicide, selon certaines rumeurs, en se jetant contre la vitre de son mini-bassin jusqu’à se briser le crâne…
Quant à Silver, son cadavre a rejoint le clos d’équarissage de Carnoules depuis bien longtemps…

Ainsi va la vie des captifs….


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Marineland 2016 : du dauphin sur commande !

Une petting-pool en France !

* Le visiteur s’inscrit pour une séance à la caisse à l’’entrée.
Des « rencontres » sont programmées dès l’ouverture à 10 heures du matin, mais aussi à midi et tout au long de la journée jusqu’à 18h30.
Le coût de ces « contacts » ?
65 €, somme à laquelle il faut ajouter le prix de l’’entrée, bien sûr, déjà tarifié à 33 €.
Wow ! Plutôt rentables, nos prisonniers à nageoires…

* On se dirige alors vers le fameux «lagon».
Juste derrière, il y a là un tout petit bassin.
Notre visiteur est prié d’écouter un exposé d’environ quinze minutes à propos de la protection des dauphins en Méditerranée et le projet RIMMO, financé par le Marineland en collaboration avec la Sicile et l’’Italie.
Bref, une petite louche de bonne conscience « Marinelandaise » avant de commencer…
Nombre de prisons pour cétacés essayent en effet de créer un rideau de fumée avec de fumeux projets « écologistes » qui ne mènent pas à grand chose sur le terrain concret mais qui dans la presse, se voient encensés massivement.
Un peu comme si les cirques finançaient une aide aux éléphants sauvages pour se donner une meilleure image.
Ce qu’ils ne font pas, soyez rassurés !

* Notre bon visiteur revêt une sorte de salopette de pêcheur en caoutchouc.
Les dames doivent enlever leurs bagues et tout autre bijou pour ne pas blesser l’’animal.
Aucune photo n’est permise : le Parc en a le monopole et les offre à la sortie.
On pénètre ensuite dans le tout petit bassin latéral dont l’eau monte à peine jusqu’à mi-taille.
Soit environ 1 mètre 10. Quinze à vingt personnes font la file derrière une barrière immergée.

* Youpie ! Voilà Silver qui arrive ! 
Silver est un dauphin mâle né captif en 1998 au Marineland de Cataluña en Espagne.
Il a été transféré en France avec sa sœur, la petite delphine Ona.
Celle-ci est malheureusement décédée à Antibes en automne 2004 à l’âge de sept ans.
On attend toujours avec impatience le rapport d’autopsie du Marineland pour savoir de quoi cet enfant est morte.
Et celui de Tex aussi, par la même occasion.
Et on se plaît à rappeler sans malice que Nellie, née captive, est morte à plus de soixante ans.

Ona et Silver

* Habitué depuis sa naissance à obéir aux ordres des humains et non à ceux de ses parents, et donc parfaitement coopératif, pour ne pas dire décérébré, le jeune Silver prend en charge la plupart des rencontres. Malgré le faible volume d’’eau où il doit évoluer, il n’’en produit pas moins quelques belles cabrioles et sauts aériens de circonstance, histoire de rappeler qu’il s’agit bien d’’un dauphin vivant et non d’un «animatronic» à la Walt Disney.

* Ce bref show ayant été fait, les visiteurs sont enfin autorisés à TOUCHER l’animal, à deux reprises au maximum, vu l’abondance du public. Il est cependant demandé à celui-ci de ne pas effleurer l’’évent, le rostre ni les yeux. Cette séance de palpation tactile dure un petit quart d’heure.

* Et voilà ! C’est déjà fini ? Mais oui !
Les visiteurs sortent de l’eau et reçoivent une belle photo de leur communion avec la faune sauvage…
Beaucoup d’entre eux – un peu frustrés sans doute – s’interrogent.
Ils aimeraient savoir s’il est possible de nager avec les dauphins ?

Oh non, sûrement pas ! C’’est interdit en France, leur répondent en choeur les dresseurs bien dressés du Marineland, en se fondant sans doute sur les lois américaines et sur la stricte logique qui veut qu’un bon dauphin ne peut être qu’un dauphin captif, comme autrefois, « un bon indien ne pouvait être qu’un indien mort »

D’après le témoignage de Vanessa,
une jeune française qui s’est posée pas mal de questions courageuses
en sortant du bassin.


2005

Le Marineland d’Antibes ouvre sa petting-pool


Lire aussi : Dauphins captifs dauphins féroces ?


Ce 15 juin 2005, le Marineland d’Antibes inaugurait la première « petting pool » jamais ouverte en France.

Pour cet établissement de loisirs rendu tristement célèbre dans le monde entier par ses shows « vintage » d’orques de cirque, une telle initiative s’imposait d’évidence.
En France comme partout ailleurs, les spectateurs se lassent en effet peu à peu des spectacles classiques de mammifères marins, que l’on contemple à bonne distance depuis des gradins surpeuplés. Même si vous leur servez des orques, des bélugas, des globicéphales ou des requins blancs, en bons humains dotés de mains qu’ils sont, les gens ne veulent finalement qu’une seule chose : TOUCHER !

Toucher.
C’est là le principe même de la chasse « sportive ». Certains d’entre nous, encore très proches de leurs racines de Grands Singes Tueurs, aiment à ce point la Nature, les petits lapins, les sangliers et les faisans qu’ils veulent à tout prix les tenir entre leurs mains pour en sentir les poils, leurs plumes, le poids, la consistance, la chaleur déclinante des cadavres encore palpitants et le sang poisseux sur leurs doigts.
De même, dans la plupart des zoos, on permettra aux enfants de manipuler les chèvres naines, les ânes ou les cochons chinois dans des enclos spéciaux prévus à cet effet.
Au Parc Paradisio en Belgique, on peut même jouer avec des lémuriens – parfois non sans risque – en se mêlant à eux sur leur petite île tandis qu’au Monde Sauvage d’Aywaille tout comme au Boudewijn Park de Bruges, les otaries grimpent sur les gradins pour venir faire un gros bizou aux enfants extasiés… qui pourraient tout aussi bien se faire arracher le visage d’un coup de croc.

Les dauphins n’échappent pas à cette mode.
Aux USA, en Asie, au Portugal ou dans les Caraïbes, les touristes sont autorisés depuis longtemps à pénétrer dans la piscine afin d’y palper la peau lisse des dauphins enfermés, pour un temps limité et tarifé à la minute, photo comprise. La démarche est rentable et permet d’exploiter chaque instant de la vie de ces dauphins-clowns, si chers à l’achat et si coûteux en terme d’entretien, d’infrastructures aquatiques, de salinisation de l’eau et de poissons plus ou moins frais..

Mais pas chez nous, pas encore : en Europe du nord, les règlements relatifs à la sécurité des visiteurs demeurent encore assez stricts et proscrivent théoriquement tout contact direct entre cet animal sauvage et son public.
Ceci pour deux raisons : les réactions agressives possibles de l’animal mais aussi les maladies que l’humain pourrait transmettre aux cétacés.

Aujourd’hui, donc, M. Ridell, le patron de Marineland, vient de faire sauter un premier verrou.
Avec l’habilité commerciale redoutable qui le caractérise, il a imaginé une « école des dauphins » dont le principe est simple : des enfants sont invités à suivre un programme éducatif sur la vie des dauphins !

On imagine aisément que le programme prévu sera léger, bien sûr, et se gardera de mentionner l’étonnante vie sociale de nos amis marins, leur capacité à manier le langage, leurs techniques de chasse si variées ou l’usage qu’ils font des outils. On doute aussi que soit jamais évoquées en cette occasion les amusantes méthodes de capture utilisés par les trafiquants japonais ou le temps de vie limité qui caractérise les dauphins nés captifs.

A la fin du programme – quelques heures tout au plus – l’enfant doit subir un petit examen.
S’il obtient de bonnes notes – et on ne doute qu’il les obtienne ! – le bambin pourra descendre dans le bassin chaussé de bottes en caoutchouc et TOUCHER, toucher enfin ces dauphins qu’il aime tant.

Un stress pour nos « Flippers » français ?
Que nenni ! s’exclame, scandalisé, M. Ridell dans une interview accordée à la presse locale.
« Il n’y aura que 300 visiteurs par jour « 

Une paille ! 300 visiteurs par jour, cela fait combien de visiteurs par heure ?
Avec quel impact sur un dauphin captif qui n’a nulle part où se réfugier quand il en a marre ?
Et qui subit ce bruit de botte dans son ultime espace privé chaque jour de chaque semaine ?

Mais qu’importe ! Il ne s’agit de bien-être animal ici, mais de business !
Pour inscrire votre enfant à « l’école des dauphins », il vous en coûtera 65 Euros.
Sans compter sans doute les photos, le diplôme et tous les gadgets associés qui permettent aux delphinariums de ramasser le plus d’argent possible avec chacun de leur détenus.

Reconnaissons tout de même que la démarche est habile : il ne s’agit en effet ni d’une « swimming pool  » – on ne nage pas mais on patauge avec les dauphins – ni moins encore d’une « feeding-pool » comme il en existe ailleurs. Ici, on ne nourrit pas les captifs soi-même au point de les rendre obèses ou de leur faire avaler des pièces de monnaie et des cigarettes…et c’est encore heureux !

Il est d’ailleurs presque touchant de voir comme le Marineland s’accroche à ce prétexte pédagogique et ose encore affirmer que grâce aux delphinariums, les dauphins sont aujourd’hui mieux protégés. Pour le gestionnaire du Parc Asterix, à qui nous avons longuement parlé récemment, ce genre d’arguments n’est que du pipeau. Les dauphins sont juste là pour faire de l’audience, et donc du fric, point barre, il n’y a aucune pédagogie là-dedans !

Et les faits lui donnent hélas raison : plus que jamais, et notamment en France, les dauphins sont massacrés par milliers chaque année dans les filets dérivants des marins pêcheurs.
Les choses vont-elles mieux depuis que les delphinariums sont sensés informer les masses  ?
Il semble bien que non.
Au contraire…

Notons qu’en voulant se poser en défenseurs de la nature tout en gardant des animaux captifs, les delphinariums en font parfois même un peu trop et s’empêtrent dans leurs contradictions.
Deux exemples :

– Tout récemment le Dolphin Quest, une entreprise d’esclavagisme cétacéen bien connue sur la place, a commandité une étude sur les capacités de plongeur d’un dauphin libre des Bermudes. Aïe ! Pas de chance ! Le cétacé est descendu sous 600 mètres de fond ! Quand on pense que les meilleurs delphinariums n’offrent à leurs détenus que cinq à six mètres de profondeur de bassin dans le meilleur des cas, on reste rêveur…

Nellie est née captive en Floride. Elle fêtera ses 53 ans d’ici peu.
Faut-il s’en vanter ou faire l’impasse sur l’info ? Malaise.
L’Industrie hésite. On sait en effet que le temps de vie moyen des dauphins nés captifs est d’une dizaine d’années, alors que 50 ans, c’est un âge normal en mer. Que dire, alors, si ce n’est que Nellie est une sorte de monstre, une exception, un cas d’école..
Et on en parle le moins possible !

Quelle sera la prochaine étape que franchira le Marineland d’Antibes ?
Des dauphins qui peignent des tableaux, comme au Marineland de Floride ?

En attendant , voilà où nous en sommes en juillet 2005, selon le témoignage d’une visiteuse assidue  :

« Le lagon est ouvert au public. Les gens peuvent s’approcher de l’eau grâce à la toute petite barrière du bassin.
Cependant, toucher les dauphins n’est pas encore permis : Ils sont trop stressés pour qu’on les laisse s’approcher d’eux, et ne cessent de tourner en rond toujours dans le même sens. J’ai trouvé ça vraiment misérable. Lres pauvres. Aux heures de pointe, ils sont harcelés par les touristes. Certains ne manquent pas de frapper la surface de l’eau et du bassin violemment. Heureusement, ils sont ramenés à l’ordre par les surveillants (quelque fois…), car il n’est pas encore permis de toucher l’eau non plus. Les gens ne se gênent pas non plus pour frapper aux vitre du lagon… Ce qui m’insupporte.
J’ai tellement failli m’énerver que je suis partie à plusieurs reprises, après avoir ramené à l’ordre ceux qui abusaient vraiment… (…)  Les otaries sont très stressées, elles aussi. Leur bassin est plus que minuscules, et la chaleur les empêche de rester trop longtemps à se reposer hors de l’eau. Elles participent – à ce qu’il m’a semblé – Au programme de rencontre avec les dauphins « 

 


Le Marineland d’Antibes

Tex from Texas : un dauphin de Bruges meurt à Antibes