SeaWorld : l’usage de la science et du mensonge comme outil de marketing



Dernières images de Tilikum avant sa mort. Celui par qui tout arriva !

SeaWorld : l’usage de la science et du mensonge comme outil de marketing

L’usage de la science comme outil de marketing et du mensonge comme stratégie de communication est l’une des causes de l’effondrement actuel de SeaWorld, car il n’est jamais bon de mentir à ses investisseurs. 
Ce dossier mené tambour battant par  Thomas I. White nous éclaire sur les pratiques pédagogiques peu reluisantes de SeaWorld.
Il suffit pourtant de consulter n’importe quel livret pédagogique ou informations diffusés sur le web par n’importe quel delphinarium français pour retrouver le même discours.
Ainsi, le Parc Astérix, le plus complet à ce niveau, ignore lui aussi systématiquement toutes les études qui pourraient mettre en cause sa pratique de l’esclavage cétacéen.

Dolphins, Captivity, and SeaWorld: The Misuse of Science

Thomas I. White
8 mars 2017

SeaWorld est devenu la cible de critiques acerbes de la part des experts en droits des animaux et des scientifiques spécialisés en mammifères marins, en raison du traitement qu’inflige cette compagnie à ses dauphins en captivité. Parmi ces critiques figure l’affirmation que les conditions de vie imposées aux cétacés captifs ont contribué aux trois attaques mortelles de l’orque Tilikum.

Bien que ces décès et la controverse à propos de la captivité aient attiré l’essentiel de l’attention dans la presse populaire, la façon dont Sea World use et abuse de la science a été largement ignorée.
SeaWorld se présente comme une entreprise pleinement attachée à l’intégrité scientifique, afin de produire une fausse image de la nature des dauphins. En réalité, le discours de SeaWorld pour défendre la captivité est fondée sur l’usage de la science comme un outil de marketing, et constitue à ce titre un manque d’honnêteté intellectuelle.

Cet essai identifie les assertions utilisées dans ce but et décrit leurs faiblesses éthiques, exposant ainsi de nouvelles failles dans la culture de l’entreprise assiégée.


« SeaWorld cares »… Mais c’est tout récent et sous la pression du public

La mission de Seaworld et les prérequis de la science

Bien que SeaWorld soit une grande entreprise au sein de l’industrie du divertissement, son énoncé de mission comporte des objectifs similaires à ceux des organismes scientifiques, environnementaux ou éducatifs à but non lucratif.
Comme l’explique le PDG Joël Manby dans sa lettre aux actionnaires :
« Notre mission fondamentale reste la même – fournir des expériences qui comptent et qui inspirent nos hôtes à protéger les animaux et toutes les merveilles de la nature sauvage dans le monde. … Nous y avons apporté plusieurs changements au fil du temps afin que nos visiteurs trouvent l’occasion de s’amuser en famille tout en apprenant comment rendre le monde meilleur pour les animaux et leurs habitats ».

Cette déclaration est reprise sur le site Web de l’entreprise qui décrit de nombreuses activités concrétisant cette mission. La section « SeaWorld Cares » du site joue un rôle particulièrement important à ce niveau. Sous l’intitulé « Prendre soin des animaux partout dans le monde« , l’entreprise écrit :
 » Nous croyons qu’ensemble, grâce à notre travail, nous faisons une différence dans le monde entier. Notre engagement envers les soins donnés aux animaux, la conservation, le sauvetage et la recherche a fait progresser le bien-être des animaux dans nos parcs ainsi que dans la nature. Nous sauvons, soignons et remettons dans la nature les animaux sauvages en difficulté et nous en avons aidé plus de 28 000 à ce jour. SeaWorld Cares se consacre à faire la différence pour chaque animal à la fois. Avec votre aide, nous pouvons le faire. Les soins donnés aux animaux sont au cœur de la mission de notre entreprise, et nos domaines d’intérêt philanthropiques comprennent l’aide aux enfants, l’éducation et l’environnement ».

Les visiteurs sont ensuite invités à cliquer sur les liens « Sauvetage », « Soins », « Conservation », « Recherche », « Éducation» et « Communautés ».
Le lien «Sauvetage», par exemple, nous présente une histoire impressionnante dans ce domaine.
« Nous sauvons des animaux depuis 50 ans et plus de 28 000 d’entre eux ont en bénéficié. En travaillant en partenariat avec des agences d’état, locales et fédérales, nous aidons les animaux orphelins, malades, blessés ou nécessitant des soins spécialisés.
Notre objectif pour chaque animal que nous sauvons est de le réhabiliter avec succès et de le rendre à son état sauvage. Le petit pourcentage d’animaux incapables de survivre encore en milieu naturel reçoit des soins à vie dans l’enceinte de SeaWorld ou dans un autre établissement accrédité.

Notre équipe passionnée invente continuellement de nouvelles façons de sauver et de traiter ces animaux, car aucun cas n’est jamais pareil. C’est ainsi que nos experts ont :

– Crée des formules nutritionnelles pour nourrir au biberon les animaux orphelins.
– Sauvé des tortues de mer à la carapace fissurée en utilisant des produits de tous les jours comme le miel et l’onguent pour bébé.
– Fabriqué des prothèses de bec pour les oiseaux blessés.
– Développé une «combinaison de plongée animale» pour aider les lamantins blessés à rester à flot « .

En fait, le site Web de SeaWorld consacre autant d’attention à ses réalisations en matière de conservation et à ses initiatives éducatives qu’à ses activités de divertissement qui génèrent du profit.
On ne pourrait donc en vouloir aux visiteurs du site de SeaWorld ou aux lecteurs de son matériel promotionnel, de penser que cette entreprise est une sorte d’hybride, à but lucratif et sans but lucratif, puisque ses activités altruistes semblent aussi importantes que celles que génèrent directement les attractions payantes.

En tant qu’entreprise cotée en Bourse, ce n’est probablement pas le cas.
L’investissement considérable consacré à mettre l’accent sur la conservation, la science et l’éducation est sans aucun doute directement lié à la volonté d’une augmentation des résultats. Une telle approche fait la différence avec les principaux concurrents de SeaWorld dans l’industrie du divertissement: Six Flags, Walt Disney et Universal.
Cette mission philanthropique envoie le message aux clients potentiels que SeaWorld est bien plus qu’un simple parc d’attractions !
Et que l’argent des visiteurs servira à soutenir de telles activités altruistes. Depuis que la captivité des dauphins est de plus en plus critiquée, SeaWorld se drape dans les atours d’une organisation scientifique crédible, lui offrant dès lors une défense toute faite : les critiques contre l’entreprise étaient injustes et ne pouvaient provenir que des extrémistes.

A bien des égards, c’est là une stratégie intelligente.
Se donner l’image d’une organisation scientifique et altruiste peut augmenter les ventes de billets.
Par ailleurs, un programme d’éducation solide destiné aux jeunes (camps de jour, camps de pyjamas et guides pédagogiques, par exemple) peut offrir des avantages dans le présent (quand ils demandent à leurs parents de les emmener à SeaWorld) et dans le futur (quand ils ont un revenu disponible et reviennent avec leur famille).

Faire état à grands renforts de publicité des relations entre le monde de l’enseignement supérieur et le monde de la recherche scientifique ajoute encore à la crédibilité de l’entreprise. En outre, s’il s’avère que certaines activités menées par SeaWorld sont scientifiquement légitimes (comme son programme de sauvetage et de réhabilitation, par exemple), ses arguments en faveur de la captivité des cétacés peut sembler crédible à quiconque ne connaît pas la littérature scientifique sur les dauphins.

C’est à ce niveau que l’honnêteté intellectuelle de SeaWorld pose question.
Le problème central de l’entreprise est que l’inclusion de la science et de l’éducation dans la mission de SeaWorld entraîne des défis qui vont à l’encontre de son objectif principal: le profit. Lorsqu’une organisation se place sous l’égide de la science, de la recherche et de l’éducation, ses activités doivent répondre à des attentes spécifiques pour rester pertinentes.
Le but de la science est de découvrir tous les faits pertinents sur un sujet d’étude précis et d’étudier ensuite tout ce que ces informations impliquent, même celles qui pourraient sembler impopulaires ou dérangeantes. La rigueur scientifique, l’honnêteté intellectuelle, la transparence, l’ouverture aux idées opposées et la prise en compte des implications des nouvelles découvertes constituent des exigences primordiales pour la recherche de niveau professionnel. Les désaccords entre chercheurs s’y exposent dans le respect mutuel.

Malheureusement, le fait que SeaWorld utilise des dauphins en captivité l’oblige à rejeter ces conventions de la science et de la recherche professionnelle.
En effet, ce que nous savons aujourd’hui sur les dauphins nous montre clairement que la captivité est inacceptable pour les cétacés. Dès lors, pour défendre ses pratiques, Sea World fait le choix de ne jamais citer la littérature scientifque qui irait à l’encontre de ses pratiques.
Elle dénigre les chercheurs qui ne partagent pas son point de vue. Elle évite la critique en invoquant des incohérences.
Non seulement SeaWorld rejette les usages de la science, mais il s’attache à créer l’illusion qu’il les respecte, faisant étalage d’une crédibilité scientifique qu’il ne possède pas.
La stratégie de l’entreprise se caractérise par un manque de sérieux et d’honnêteté intellectuelle attendue dans la recherche de niveau professionnel. En conséquence, on peut affirmer que le comportement de SeaWorld est éthiquement indéfendable.

Rapprochez-vous plus encore de ces animaux majestueux en vous lançant dans une visite des coulisses ou en dégustant un délicieux repas au restaurant Dine with Shamu

Créer l’illusion de la crédibilité scientifique

Afin de créer l’illusion d’une crédibilité scientifique, l’entreprise fait de grands efforts pour faire croire que son travail en matière de conservation, de recherche, d’éducation, de sauvetage et de réhabilitation est scientifiquement légitime.
Par exemple, SeaWorld affirme qu’il est «profondément intégré au sein des universités et des organismes de recherche», qu’il fournit un soutien direct aux chercheurs et que ses propres chercheurs auraient publié plus de 300 études.

Pour SeaWorld, il est particulièrement important de cultiver cette réputation de crédibilité scientifique au travers de livrets pédagogiques tels que « Animal InfoBooks« , consacrés aux différentes espèces présentes dans les parcs de l’entreprise.
Pourtant, bien que ces livrets semblent au premier regard être le produit de la science la plus neutre et la plus objective, ils ne le sont pas le moins du monde. Pour les besoins de cet essai, nous allons vérifier si les informations d’Animal Info sur les grands dauphins et les orques sont pertinentes.



Livret Animal Info : les grands dauphins

Le livret Animal Info consacré aux dauphins Tursiops est un document de 11.000 mots divisé en 14 sections:
– Classification scientifique
– Habitat et distribution
– Caractéristiques physiques,
– Sens
– Adaptations
– Communication et Echolocation
– Comportement
– Régime alimentaire
– Reproduction
– Naissance et soins aux jeunes
– Longévité et causes de décès
– Conservation et recherches
– Livres pour jeunes lecteurs
– Bibliographie.

La plupart des affirmations de ce livret sont exactes et précises.
La bibliographie de 70 articles regroupe une série d’études sur l’anatomie, la physiologie, le comportement, l’histoire évolutive et l’état des populations des dauphins. En surface, ce livret semble donc être un passage en revue crédible et professionnel de la littérature scientifique. Néanmoins, une étude plus approfondie révèle les graves lacunes de cette publication.

Alors que l’une des questions les plus fréquemment posées par le grand public à propos des dauphins concerne leur intelligence, il n’y a aucune section distincte sur ce thème dans la publication. L’explication très sommaire du cerveau des dauphins apparaît sous la rubrique « Sens ». Si la plupart des faits décrits dans le livret sont exacts, ceux relatifs au cerveau des dauphins est ici tout simplement fausse et trompeuse. On peut y lire en effet :

« On compare généralement les cerveaux des mammifères en se fondant sur le rapport entre la taille du cerveau et celle du corps. Les cerveaux de grands dauphins sont plus grands que celui de nombreux autres mammifères de la même taille. Les scientifiques sont encore en train de d’étudier quelles adaptations aquatiques justifie l’existence d’un si grand cerveau. Une théorie probable est que ce phénomène est probablement du à l’extension des régions auditives, afin de pouvoir utiliser le sonar.
Les hypothèses selon lesquelles la taille du cerveau chez les dauphins indiquerait une intelligence supérieure n’ont pas été prouvées et restent discutées. La capacité d’un animal à traiter l’information se base sur son anatomie cérébrale ainsi que sur les expériences spécifiques de l’animal. L’évaluation de l’intelligence de différents animaux est trompeuse et extrêmement subjective. En fait, même un test d’intelligence fiable et cohérent pour les humains n’a pas encore été développé. Il serait donc inapproprié d’essayer de quantifier ou de qualifier l’intelligence des animaux en utilisant uniquement des références humaines ».

Affirmation # 1: « On compare généralement les cerveaux des mammifères en se fondant sur le rapport entre la taille du cerveau et celle du corps ».
C’est exact, mais c’est gravement incomplet. Cette phrase laisse entendre que ce ratio est le seul ou le plus important point de référence pris en compte dans l’étude de l’intelligence. Elle ignore les recherches les plus importantes qui ont été menées sur le cerveau des dauphins et à ce titre, cette assertion est fausse et trompeuse.

Les discussions sur l’intelligence des dauphins font certes référence au rapport entre la taille du cerveau et celle du corps, le fameux « coefficient encéphalique ».  Néanmoins, bien plus importants sont des paramètres tels que le volume et l’architecture cellulaire du néocortex du cerveau des dauphins; « l’indice de gyrification » (nombre de circonvolutions) chez le dauphin par rapport aux humains; la présence de « neurones von Economo », siège de l’empathie et de la conscience de soi; le rapport de la taille du cerveau à celui de la moelle épinière, etc.  Tous ces marqueurs scientifiques – ignorés par le livret de SeaWorld – suggèrent que les dauphins possèdent un niveau d’intelligence impressionnant.

https://youtu.be/hHBfp6QC-MY

Affirmation # 2: « L’évaluation de l’intelligence des animaux est trompeuse et extrêmement subjective »
En 1976, Donald Griffin dans son ouvrage « The Question of Animal Awareness » a lancé une nouvelle discipline scientifique. Ainsi que l’explique Mark Bekoff, «l’éthologie cognitive consiste en l’étude comparative, évolutive et écologique de l’esprit non humain, en ce compris les processus de pensée, le raisonnement, le traitement de l’information, les croyances et la conscience ».
Au cours de ces dernières décennies, les spécialistes de ce domaine ont régulièrement discuté de l’intelligence de différents animaux non humains d’une manière qui n’est ni trompeuse ni subjective. De plus, comme mentionné dans cet essai, les dauphins s’en sortent très bien lorsqu’on mesure leur intelligence avec des marqueurs considérés comme objectifs par les éthologues cognitifs.

Affirmation # 3: « Il serait inapproprié d’essayer de quantifier ou de qualifier l’intelligence des animaux en utilisant uniquement des critères humains.» Cette affirmation est vraie, mais ce qu’elle implique est faux. C’est aussi un exemple classique de l’erreur logique de « l’épouvantail » ou « the Straw Man Fallacy ».
Cette affirmation implique en effet que les chercheurs qui déclarent que les dauphins possèdent des capacités cognitives sophistiquées se basent sur des «lignes directrices humaines». Ce n’est pas vrai. Les éthologues cognitifs utilisent des critères qui s’appliquent à toutes les espèces, tel que, par exemple, l’indice de gyrification. Par conséquent, cette revendication rejette une approche qu’aucun scientifique sérieux ne conteste. Ceci est un exemple de « l’argument de l’épouvantail ».

Le cortex du dauphin est indéniablement doté de circonvolutions plus nombreuses que chez l’hommme

La bibliographie est périmée et trompeuse.
La publication scientifique la plus récente citée par SeaWorld date de 2003.
Pire encore, malgré le fait que les recherches les plus essentielles faites au cours des 30 dernières années concernaient les capacités intellectuelles, émotionnelles, sociales et culturelles avancées des dauphins, il n’existe aucune référence significative vers aucune de ces études pourtant pertinentes.

Les travaux suivants sont ainsi ignorés par la bibliographie de SeaWorld :
– les études de Diana Reiss et Lori Marino sur la reconnaissance de soi et le test du miroir chez le dauphin;
– les recherches importantes de Lori Marino sur le cerveau des dauphins;
– L’étude sur le long terme d’une communauté de dauphins tachetés de l’Atlantique aux Bahamas par de Denise Herzing ;
– Les travaux de John Gory, Stan Kuczaj et Rachel Thames sur la capacité des dauphins à résoudre leurs problèmes par la planification;
– les recherches de Hal Whitehead sur les cultures des cétacés;
– la découverte par Rachel Smolker de l’utilisation d’outil par les dauphins;
– Les recherches révolutionnaires du Dr Louis Herman au Kewalo Bassin démontrant les capacités des grands dauphins à comprendre divers langages humains artificiels;
– Les recherches approfondies sur l’intelligence sociale des dauphins par Denise Herzing, Randy Wells et Richard Connor;
– les découvertes de Louis Herman, Stan Kuczaj et Karen Pryor sur les aptitudes intellectuelles avancées des dauphins, tels que la compréhension de «représentations de la réalité», du «pointage» et du «regard» humains, la capacité d’opérer dans un «environnement cognitif étranger » et les nouvelles méthodes inventées pour se procurer la nourriture.
Aucune référence n’est faite non plus à tous les articles publiés ou des présentations lors de grandes conférences qui avancent l’idée que la captivité ne convient pas à des êtres dotés de capacités intellectuelles, émotionnelles, sociales et culturelles à ce point avancées.


Le discours de SeaWorld contredit les faits les plus évidents. Comment une orque pourrait-elle « s’épanouir » en bassin ?

Animal Info Livre: les Orques

Le livret Animal Info sur les orques est un document de 21 000 mots composé de 15 sections, globalement similaires à celles du document « dauphins » : classification scientifique; Habitat et distribution; Caractéristiques physiques; Sens, etc. Il en présente les mêmes faiblesses, en évitant tout sujet qui pourrait soulever des doutes quant à la pertinence de la captivité. Ici encore, l’image de l’orque donnée au lecteur moyen est trompeuse.

Intelligence
Comme c’est le cas pour le dauphin, il n’y a ici aucune rubrique dédiée à la question pourtant centrale de l’intelligence des orques. Les quelques références à son cerveau sont éparpillées dans une série de sections (sens, adaptations, communication et écholocation) et se limitent aux descriptions de l’audition ainsi qu’à l’absence du sens du goût et au sommeil.

Avantages de la captivité: l’éducation
Sans surprise, le livret de SeaWorld prétend que l’un des avantages de la captivité est d’augmenter nos connaissances sur les orques.
«L’occasion unique d’observer et d’apprendre directement auprès d’animaux vivants accroît l’ensemble des connaissances scientifiques et développe la sensibilisation du public à l’égard de la faune marine.»
Encore une fois, la position de l’entreprise est à la fois correcte et tronquée.
Il est exact que la captivité a pu fournir une plus grande connaissance de certaines facettes de l’orque. Cependant, la spécialiste des orques, Naomi Rose, affirme que «les recherches menées sur les orques captives sont très rares, comparées à celles menées en mer ».
De plus, l’image de l’orque que SeaWorld présente au public ne comprend pas les résultats de toutes ces recherches. Ou plutôt, elle omet de mentionner les recherches les plus importantes à leur propos – notamment leur sophistication intellectuelle, émotionnelle et sociale – et à ce titre, SeaWorld désinforme son public.

Durée de vie
Le principal objet de controverse explicitement discuté dans la brochure est la durée de vie comparée des orques captives et des orques libres. Le traitement de l’information est unilatéral. Il est fait référence à de «nouvelles recherches [qui] prouvent qu’il n’y a pas de différence d’espérance de vie entre les épaulards nés à SeaWorld et celle d’une population bien étudiée d’orques sauvages». Mais rien n’est dit d’une étude contradictoire qui conclut : «La survie des orques captives s’est globalement améliorée au fil du temps, mais la survie aux différents âges clés reste médiocre par rapport à celles de leurs homologues sauvages.

Granny est morte centenaire

Un autre problème avec ce chapitre de la brochure, c’est qu’il ne parvient pas à prouver que les cétacés captifs à SeaWorld sont heureux, en se fondant sur leur durée de vie. En raison de leurs capacités cognitives avancées, la qualité de vie est considérée comme une base de jugement plus appropriée que la seule durée de vie. Il s’agit de savoir si les cétacés captifs peuvent s’épanouir et se sentir bien là où il sont, et pas seulement s’ils survivent au fond de leur delphinarium le plus longtemps possible.

Bibliographie
Les sections « Pour en savoir plus » et « Bibliographie » du livret Animal Info consacré aux orques contiennent 185 citations.
Bien que cette liste soit plus à jour que celle consacrée aux dauphins, (l’article le plus récent date de 2015), elle évite de la même manière toute référence aux études évoquant l’intelligence des orques ou leurs vies sociales si complexes. On note également l’absence de toute étude objective sur la durée de vie évidemment plus courte des orques en captivité. On s’étonnera enfin de l’absence de toute étude scientifique consacrée au cerveau et aux cultures de l’orque.

Dans un paroxysme de partialité, la bibliographie comprend deux entrées expliquant l’importance de la recherche sur les dauphins captifs, mais aucune des publications, pourtant en nombre grandissant, de scientifiques qui défendent une opinion opposée.


Le bien-être de Malia, échouée sur le bord pour échapper aux morsures de ses co-détenus, n’est pas évident, malgré les affirmations de SeaWorld

Questions éthiques

Il est peu probable que ces omissions spécifiques et la façon biaisée de voir les cétacés soient accidentelles de la part de SeaWorld, ou le résultat de sa négligence. Il s’agit plus probablement de créer l’illusion d’un discours professionnel rigoureusement scientifique qui permet à l’entreprise de défendre ses pratiques actuelles en déformant nos connaissances réelles sur les dauphins. En conséquence, cela montre clairement que la société considère la science non pas comme un mode de recherche neutre et objectif, mais comme un outil de marketing utilisable pour déformer le corpus scientifique et manipuler le public à ses propres fins.
Aussi grave que cela puisse déjà paraître, il est important de signaler les conséquences plus larges sur le plan éthique de l’utilisation abusive de la science par une entreprise.
Ce n’est pas par hasard que SeaWorld refuse de faire état des recherches prouvant que les dauphins disposent de capacités intellectuelles, émotionnelles, sociales et culturelles sophistiquées, parmi lesquels la conscience de soi. L’attitude trompeuse de SeaWorld devient claire quand on saisit toutes les implications de la recherche scientifique à laquelle l’entreprise refuse de faire référence.

Selon l’image d’Epinal diffusée par SeaWorld, les dauphins captifs vivraient une vie saine et heureuse, entourés des meilleurs soins. Pourtant, lorsque nous prenons connaissance de ces recherches scientifiques que l’entreprise oublie de citer, nous découvrons une image très différente.
Ces cétacés sont des personnes non humaines, qui vivent en captivité dans des conditions ne leur permettant pas de s’épanouir pleinement.

La captivité se révèle donc éthiquement indéfendable sur plans distincts.
Premièrement, en considérant les dauphins comme des personnes non humaines, on estime qu’ils présentent donc une valeur morale en tant qu’individus et qu’ils ont des droits. Actuellement, leur droit le plus important est de ne plus être traités comme un «bien meuble», ce qui fait de la captivité une pratique semblable à l’esclavage.
Deuxièmement, si les dauphins disposent d’un statut moral en tant qu’individus conscients, les priver systématiquement des conditions nécessaires à leur bien-être constitue un préjudice grave.
En effet, d’un point de vue éthique, la captivité soumet les dauphins à une forme de cruauté mentale. Contrairement aux conditions de vie stimulantes que connaissent les dauphins sauvages dans leur milieu naturel, les captifs désespérés d’ennui et malades de stress vivent dans un environnement éprouvant et difficile. On peut raisonnablement assimiler cette situation à de la cruauté et à de la maltraitance.

Investisseurs

Les dauphins et les écoliers ne sont pas les seules victimes des pratiques douteuses de l’entreprise. Les actionnaires sont eux aussi trompés par les fausses déclarations de SeaWorld. Dans le monde de l’investissement, la transparence et la divulgation complète de tous les éléments en jeu sont primordiales pour que les transactions soient fiables.

Quand SeaWorld affirme publiquement qu’une partie significative de ses activités sont consacrées à des objectifs scientifiques et éducatifs légitimes, cela signifie qu’il devrait à tout le moins fournir un compte-rendu complet de ce que la littérature scientifique révèle à propos des dauphins.
De même, quand SeaWorld affirme que «son engagement envers la recherche et la conservation a entraîné des progrès significatifs dans le soin donnés aux animaux des zoos et dans la protection des populations sauvages», cela devrait impliquer que la façon dont il traite ses dauphins repose sur les recherches les plus à jour en ce domaine, même si la meilleure science appelle à la fin de la captivité.
C’est en saisissant les implications de la littérature scientifique complète consacrée aux dauphins que des établissements aussi importants que l’Aquarium National de Baltimore se sont engagé à déplacer leurs dauphins dans un sanctuaire marin naturel.

National Aquarium’s proposed rendering of what a potential site could look like, courtesy of Studio Gang. (PRNewsFoto/National Aquarium)

Lorsque SeaWorld évoquait les «facteurs de risque» lors de l’introduction de l’entreprise en bourse et dans ses rapports annuels, il soulignait que le succès de cette aventure financière pouvait être compromis affecté par un certain nombre de facteurs hors de son contrôle, parmi lesquels la « guerre », le « terrorisme », les « pandémies » et les « éruptions volcaniques ».
Une référence spécifique était faite- tout de même ! – aux «activistes animaliers et autres groupes tiers qui]peuvent manifester devant les agences gouvernementales et/ou lancer des poursuites légales contre nous».

Cela ne couvrait pas toute la vérité qu’un investisseur potentiel serait en droit de connaître.
En raison des progrès constants de la science, les chercheurs représentent pour l’entreprise un risque bien plus grand que les «activistes animaliers». Après tout, les «animalistes» ont gagné leur campagne contre SeaWorld uniquement parce que les recherches sérieuses menées par des scientifiques de renom avont remis en cause les pratiques de l’entreprise.

Par conséquent, les investisseurs auraient du recevoir un avertissement plus complet, du genre :
« Au cours des trente dernières années, les recherches sur l’intelligence des cétacés ont démontré qu’il s’agissait d’animaux si sophistiquées au niveau cognitif qu’on devait les considérer comme des «personnes non-humains». Les recherches en milieu naturel confirment l’évidence que les dauphins ne peuvent pas vivre correctement en captivité. Ces découvertes incessantes, combinées à une plus grande sensibilité du public à la souffrance animale, risque bien de conduire l’entreprise à abandonner complètement ses exhibitions de cétacés captifs. En 2011, SeaWorld aurait dû également avertir ses investisseurs du possible impact négatif de la diffusion du documentaire « Blackfish. »


Conclusion

Cet essai a montré que les actions de SeaWorld constituent un modèle de défaillances éthiques graves.
Bien que l’entreprise affirme que la science et la recherche sont des éléments centraux de sa mission, elle ne respecte même pas les critères les plus fondamentaux de la recherche – un engagement envers l’objectivité et la collecte de tous les faits pertinents sur un sujet donné.
En utilisant la science comme simple outil de marketing, tout en prétendant respecter ses normes, elle se rend coupable d’un manque d’intégrité intellectuelle.

Son matériel pédagogique sur les dauphins donne aux enfants une image trompeuse de ces animaux.
L’entreprise ignore et ne s’engage pas dans les recherches scientifiques qui remettent en question ses pratiques.
Enfin, la société n’informe pas suffisamment les investisseurs potentiels des risques encourus s’ils choisissent d’acheter des actions dans l’entreprise.
De nombreuses entreprises affirment que leur engagement envers l’éthique est, en fait, une source de succès financier. Cet article soutient que, au contraire, les actions éthiquement indéfendables de SeaWorld – la façon dont elle traite les dauphins et son comportement discutable envers le grand public et les investisseurs potentiels – sont des facteurs majeurs dans sa faiblesse financière actuelle.

 


Bien-être et dauphins captifs : première étude scientifique

 

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