Sungai, le bébé orang-outan né à Pairi Daiza



Sinta et son bébé Sungai. Capture d’écran vidéo Rony

Sungai, le bébé orang-outan né à Pairi Daiza

Sungai, le bébé orang-outan né à Pairi Daiza, s’est éteint le 19 juillet 2019 dans une annexe de la Maison de l’Artisan, au coeur du Royaume de Ganesha.
« C’est là que réside, depuis 2016, un couple reproducteur d’orangs-outans de l’espèce originaire du nord de la grande île indonésienne de Sumatra. Sinta, une femelle et Gempa, un mâle, sélectionnés par des coordinateurs de l’EAZA pour participer au programme de reproduction (EEP) de cette espèce.  Sinta et Gempa vivent dans un enclos aménagé sur plus de 1.100 m2 (dont 950m2 sur une île de verdure). Depuis le 30 octobre 2018, Sinta et Gempa sont les parents d’un mâle appelé Sungai ».

Notre petit bonhomme à la bouille trop craquante était né le 30 octobre dernier.
Selon le parc, il aurait succombé il y a quelques jours des suites d’une malformation grave de la mâchoire, qui l’empêchait de se nourrir suffisamment. Cet handicap aurait « entraîné des luxations temporaires empêchant le petit orang-outan de fermer totalement la bouche et de téter correctement le sein de sa maman. Le petit ne pouvait plus se nourrir et s’affaiblissait.
Les vétérinaires ont découvert cette malformation jeudi après-midi seulement lorsque l’orang-outan a été ausculté ».

Trop tard: il était impossible de soigner le mal dont souffrait Sungai et son état d’épuisement était déjà trop avancé.
Seul un nourrissage « par la main de l’homme » aurait pu le sauver. Les soigneurs ont voulu tenter cette solution mais n’en ont pas eu le temps. Sungai s’est éteint dans la soirée ».
« Cette mort est d’une tristesse infinie pour ses parents et cette douleur est particulièrement grande pour tous les soigneurs de nos familles d’orangs-outans. Ces soigneurs sont aujourd’hui effondrés. Ils continuent toutefois de veiller sur les parents, Sinta et Gempa, et plus particulièrement sur la maman ».

Le joli visage de Sinta. Capture d’écran

L’amour d’une mère

C’est en effet pour Sinta qu’il faut désormais se faire du souci.
Sans doute a-t-on du l’endormir pour lui retirer son enfant. Lorsqu’elle s’est réveillée, le poids de son petit Sungai n’était plus dans ses bras. Sa souffrance a du être atroce.

Chez les orangs-outans, la relation mère-enfant est l’une des plus longues et des plus intenses de tout le règle animal. Après ceux des humains, ce sont les enfants orangs-outans qui restent le plus longtemps en contact étroit avec leurs mères. Ils sont complètement dépendants d’elle pendant les deux premières années de leur vie, tant pour la nourriture que pour les déplacements. On voit la maman allaiter son enfant, abritée sous des branches feuillues pour se protéger de la pluie et du soleil, ou parfois même drapée de grandes feuilles comme un poncho.

Un enfant peut rester au sein jusqu’à huit ans ! En général, les adolescents restent auprès de leur mère jusqu’à dix ans puis ils la quittent et se regroupent en compagnie d’autres jeunes immatures. Certains deviendront des patriarches au large disque facial et à la voix profonde. D’autres resteront au stade d’adolescents prolongés en attendant qu’une place de leader soit à prendre. S’ils y parviennent, leur allure changera spectaculairement pour devenir celle d’un plein adulte.
Les filles, quant à elles, reviennent souvent visiter leur mère au-delà de leur seizième année.
Une association aussi étroite et prolongée entre une mère et ses enfants est rare chez les mammifères. On suppose que les orangs-outans ont une enfance très longue car ils doivent apprendre une quantité de choses pour survivre dans la canopée tropicale.

Gempa. Capture d’écran.

Si Sungai avait survécu…

Bien sûr, s’il avait survécu à Pari Daiza, Sungai n’aurait jamais appris toute cette «quantité de choses».
Il n’aurait jamais été initié au mystérieux langage des orangs-outans libres, dont ceux-ci n’usent que dans la forêt profonde d’un sanctuaire préservé.
On sait en effet que ces grands singes roux usent de la pantomime pour se faire comprendre. Ils créent ainsi une série de gestes complexes exprimant des contenus structurés. Certains gestes servent à entamer des interactions, à demander ou à partager des objets, à s’adresser à quelqu’un, à lui demander d’arrêter l’action en cours ou de revenir en arrière. L’articulation des mouvements est rapide. Lorsque le message n’est pas compris, le locuteur répète sa charade gestuelle et la répète encore en l’accentuant, comme s’il parlait plus fort à un sourd.

Chez certains orangs-outans, une framboise est utilisée pour indiquer que le jeu commence. C’est l’un des 60 signaux répertoriés qu’ils utilisent pour communiquer.  Ils utilisent aussi des signes visuels, tels que le pointage du doigt, l’agitation de la main ou le fait de frapper sur des objets pour les désigner.

Une étude sur le terrain a pu mettre à jour 24 types de comportements culturels, présents dans certaines populations d’orangs-outans mais absentes chez d’autres. Ces coutumes sont apprises auprès des autres membres du groupe et transmis au fil des générations.
Ainsi, en certains lieux de Bornéo, les orangs-outans utilisent des poignées de feuilles comme de serviettes pour essuyer leur menton, tandis qu’à Sumatra, ils se servent des mêmes feuilles comme de gants, pour enlever les fruits des branches épineuses ou pour se faire un coussin dans les creux d’arbres trop inconfortables.
A Bornéo comme à Sumatra, les orangs-outangs envoient un baiser sifflant, en aspirant l’air avec leurs lèvres resserrées, lorsqu’ils sont inquiets. Mais seuls les pongidés de Bornéo amplifient encore le son obtenu en plaçant leurs mains en entonnoir autour de leur bouche. Avant d’aller se coucher, un groupe de singes émet un sifflement en soufflant de l’air entre ses lèvres pressées, comme pour se dire bonsoir.

Un autre groupe utilise des brindilles pour attraper des insectes dans les troncs d’arbres ou pour ôter les graines des fruits. Les branches feuillues deviennent des chasse-mouches entre leurs mains, mais aussi des gobelets pour recueillir de l’eau. Un cornet de feuille placé devant la bouche peut également servir de mégaphone.

Mais là où leur ingéniosité atteint des sommets, c’est lorsqu’ils construisent leurs nids tout en haut des arbres géants. Une fois tissé, celui-ci est muni d’un toit pour le protéger du soleil brûlant. Mais quand il pleut, les orangs-outans bâtissent deux nids l’un au-dessus de l’autre, celui du dessous servant de chambre à coucher.

Sinta et Sungai. Capture d’écran vidéo Rony

La vie au zoo

Sungai n’aurait rien appris de tout cela.
Et le public non plus, d’ailleurs, puisque les zoos les informent rarement des cultures non-humaines.
Non loin de celui qui allait sans doute devenir son ami, le petit Berani, fils de Ujian et de Sari, Sungai aurait vécu dans cette étrange annexe à la Maison des Artisans, un curieux salon thaï tout en hauteur, et par beau temps sur la petite île attenante, en compagnie de son père et de sa mère. Non sans tension, sans doute, car les petites familles et les couples romantiques que l’on peut voir au zoo sont de pures constructions humaines.

Les orangs-outans sont naturellement solitaires, la nourriture étant rare. Il faut la rechercher sur des kilomètres, de branche en branche, d’arbre en arbre, sur l’océan vert de la canopée. Ce qui ne veut pas dire que ces grands singes soient isolés. Ils forment une sorte de village dispersé, où chacun se connaît depuis l’enfance mais se rencontre peu.
Au centre de ces populations diffuses, se tient souvent un patriarche indéboulonnable, doté non pas de la barbe d’Abraham mais d’un formidable disque facial et d’un goitre impressionnant. C’est lui qui donne le « La » à la communauté de sa voix puissante et profonde.       

En forêt, Gempa et Sinta n’auraient jamais vécu ensemble. Les mâles se désintéressent de l’éducation de leurs enfants et ne formentpas de couple stable avec les femelles.
Par contre, dès lors que Sungai aurait pris de l’age, des conflits avec son père auraient pu éclater dans l’enclos. Aussi l’aurait-on envoyé, le cœur brisé, dans un autre parc animalier pour y servir de mâle reproducteur dans le cadre d’un programme EEP.
On raconte que lorsque Wattana, la seule orang-outan née au zoo d’Anvers encore vivante à ce jour, dut quitter le Jardin des plantes, elle sanglotait toutes les larmes de son corps, et sa gardienne aussi.

Berani, fils de Ujian et de Sari, dans son temple bouddhiste en marbre. Photo Dauphins Libres


Nous ressentons de manière très vive la douleur de Sinta, la maman de Sungai.

Avec leur visage lisse, leurs expressions faciales et leurs gestes délicats, les orangs-outans sont tellement humains dans leur apparence qu’ils choquèrent en son la reine Victoria lors d’une visite au zoo de Londres leur temps  est parfois difficile de faire la différence.
Ce sont des hominidés comme nous, des cousins à peine plus lointains que l’australopithèque ou l’homme de Florès. Leurs sens et leurs émotions sont identiques aux nôtres.

C’est pourquoi aussi leur exhibition en public est si dérangeante.
Ces grands singes se tiennent à  la limite extrême entre l’humanité et l’animalité, là où les frontières se brouillent et la dissociation cognitive s’impose. Autrement, à les regarder au travers de la vitre, on se croirait trop dans un zoo humain…

En mai 1842, la reine Victoria et le prince Albert rendirent visite à l’un des premiers orang-outans captifs au Zoo de Londres, nommée Jenny. La reine écrivit ensuite dans son journal: «L’Orang-Outang est trop merveilleux quand il prépare son thé et le boit, faisant tout sur un ordre parlé. Il est affreux et douloureusement et désagréablement humain »…

Pour aider vraiment les orangs-outans de Sumatra

Les orangs-outans du Zoo d’Anvers

Les orangs-outans du Jardin des Plantes

Orang-outans boxeurs en Asie du Sud-Est

Chantek, « personne orang-outan » parmi les chiens orange


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