Sur la piste des chasseurs d’orques dans l’Extrême-Orient russe

Une orque passe, encore ignorante des terribles menaces qui pèsent sur son peuple

Sur la piste des chasseurs d’orques dans l’Extrême-Orient russe

Lancés sur la piste des chasseurs d’orques dans l’Extrême-Orient russe, des volontaires venus de Sakhaline ont pu documenter les opérations de captures menées par 4 grandes sociétés commerciales déjà traînées en justice. Il semble qu’en Russie, la vente très lucrative des orques et des bélugas aux delphinariums chinois permet d’agir au-dessus des lois.  
Récit de l’expédition par son instigatrice, Oxana Fedorova 

L’expédition de surveillance des captures d’orques en Russie vient de prendre fin.  
7 personnes courageuses ont participé à cette première expédition unique en son genre pour affronter l’inconnu. Ils ont passé un mois près de Nicholay Bay où les captures avaient lieu.
Tous étaient des étudiants volontaires pendant les vacances d’été et des travailleurs qui avaient pris congé. Leur mission : mettre un terme aux captures d’orques en Russie en informant sur elles. L’expédition avait été organisée par le groupe Ocean friends, dédié à la sauvegarde des mammifères marins et basé à Sakhaline, en Extrême-Orient russe.
« La Russie est le seul pays au monde à capturer encore des orques » a déclaré Vyacheslav Kozlov, chef de l’expédition.
« Des quotas d’autorisation de captures ont été délivrés pour 13 orques. 13 ! Vous pouvez imaginer ça ? Et la plupart de ces orques sinon toutes, seront vendues à des pays étrangers comme la Chine ».

Pour autant qu’on le sache, 9 orques ont déjà été capturées cet été.
Soulignons que ce quota a été établi pour différentes sous-zones dans la mer d’Okhotsk, mais nul ne sait si les captures ont bien eu lieu dans les endroits indiqués.
Nous n’avons pas pu savoir non plus si des vétérinaires ou des experts en mammifères marins étaient embarqués sur le navire lors de la capture et du transport, même si la loi l’impose.

Nos bénévoles n’ont pas non plus rencontré sur place les représentants de l’Agence fédérale des Pêches, ni le Service fédéral de surveillance de l’environnement. Aucun responsable gouvernemental ne surveille l’application des règles durant les captures et le transport. C’est donc tout simplement une opération hors contrôle qui se déroule au milieu de nulle part, ce qui permet aux pêcheurs de faire leur travail loin des regards trop curieux.

Lors de l’expédition, des volontaires de «Ocean Friends» ont rencontré des orques femelles portant des tags. On ne sait pas si ces balises ont été placées avec tous les permis nécessaires, ni si leur usage est scientifique ou au contraire, destiné à capturer les orques plus facilement.

Malgré le fait que les volontaires n’envisageaient nullement d’intervenir, les pêcheurs les ont accueilli de manière très agressive. Le premier jour, les ravisseurs d’orques ont ouvert le feu sur le drone pour l’empêcher de survoler le container à bord du navire et d’y de filmer deux orques prisonnières. Leurs caissons étaient recouverts recouverts de bâches et il était de toutes façon impossible de filmer l’état des grands cétacés. L’équipage du navire a menacé nos volontaires à plusieurs reprises en leur disant qu’ils allaient casser leurs caméras et tout leur l’équipement et qu’ils endommageraient les moteurs de leur bateau.
Les ravisseurs ont même tenté à plusieurs reprises d’entrer en collision avec le bateau chargé de bénévoles.

Notre camp a été saccagé vers la fin de l’expédition et du matériel coûteux a été volé.
Personne d’autre que les chasseurs d’orques et l’équipe d’Ocean Friends n’étaient présents dans cette zone déserte.
Une plainte a été déposée auprès de la police et du Service Fédéral de Sécurité du contrôle des frontières pour le district de Sakhaline.
Une enquête en cours est en cours. qui a déjà conclu à deux infractions administratives du chef des ravisseurs.

Du matériel coûteux a été volé

Les ravisseurs possédaient également un hélicoptère. Nous avons pu localiser deux pistes d’atterrissage, dont l’une a été construite en pleine zone naturelle protégée.

Avant de lancer cette expédition, nos connaissances sur la réalité des captures d’orques en Russie étaient très limitées. Aujourd’hui, nous nous posons plus de questions encore. 
Nos bénévoles ont assisté au début des opérations, mais une fois que les ravisseurs ont été repérés, ceux-ci ont  ont arrêté la capture et ils se sont enfuis. Pourquoi partiraient-ils s’ils capturaient légalement des orques ?
Se rendent-ils compte que ce qu’ils font est mal et préfèrent-ils faire cela sans témoins ?

Nous avons cependant pu obtenir des informations importantes sur l’opération que nous avons suivie.
Les captures sont organisées sur une échelle impressionnante. Une flottille entière est impliquée dans le processus : plusieurs catamarans, vedettes rapides et deux grands navires qui transportent les orques une fois prises.
Il s’agit du Jurii Shvezov (IMO 8726442, port d’immatriculation Okhotsk) et du SPP020 (IMO 8228751, port d’immatriculation Magadan). Les catamarans ont été adaptés spécialement pour les captures. Sur chaque petit bateau se trouvaient des filets .

Le matériel pour la capture

Presque aucun des navires ne portait de numéro de signalisation à l’usage des avions, ce qui constitue une violation de la loi. Au cours de l’expédition, on a même pu constater que le système de positionnement de l’un des navires de charge était désactivé, afin de permettre aux ravisseurs de se cacher non seulement des activistes si agaçants, mais aussi des entités gouvernementales censées contrôler la zone et gérer le trafic.

Quatre entreprises commerciales ont obtenu des permis pour capturer des orques cette année.
Il s’agit des firmes Afalina, Sochinsky dolphinarium, White Whale et Oceanarium DV.
Ce sont les mêmes sociétés qui ont déjà pu obtenir des permis de capture d’orques et de bélugas par le passé.
En principe, la capture d’orques en Russie n’est autorisée qu’à des fins scientifiques et éducatives.
Comment est-il possible qu’après avoir obtenu des autorisations de capture sur cette base légale, ces animaux soient vendus à des pays étrangers comme la Chine ?
A ce jour 15 orques et plus de 200 bélugas ont déjà été capturés en Russie et vendus à des aquariums en Chine au cours des cinq ans écoulés !

Poursuite …

Capture !

Les orques capturées sont dissimulées sous une bâche bleue. L’équipage les inspecte.

Le nombre d’orques piégées reste à ce jour inconnu.
Nous ne savons rien non plus du sort des autres orques. On sait, par les captures perpétrées eaux USA et en Islande, que ces cétacés supérieurement vivent au sein de familles très soudées et qu’ils n’abandonnent jamais un proche en difficulté. Les orques se comportent d’ailleurs de la même manière lorsqu’elles sont pris au piège par accident dans les filets des pêcheurs de saumon, ce qui se produit souvent au large de Sakhaline et du Kamtchatka.

En juillet dernier , le bureau du procureur général a demandé l’ouverture d’une procédure pénale concernant la capture et la vente illégale de sept orques de l’Extrême-Orient russe.
Il a été établi lors de l’enquête que les 4 sociétés commerciales avait fourni de fausses informations sur leur intention d’utiliser des orques à des fins culturelles ou éducatives en 2012-2015.
Et pourtant, une fois encore, ces mêmes sociétés qui font l’objet d’une enquête concernant la vente illégale d’orques en Chine, décrochent haut la main les permis pour capturer encore plus d’orques et de bélugas.

L’un des deux navires pour transporter les orques.

Comment est-ce possible? Il n’y a aucun nouveau delphinarium prévu en Russie, mais des dizaines d’autres sont en cours construction en Chine ou déjà opérationnels. il est donc évident que les 9 orques capturés cette année finiront par s’y retrouver.

Même les quotas ont posé problème cette année, au vu de certaines violations commises.
Théoriquement, les autorités compétentes ne devraient pas approuver le total autorisé de captures moins de 30 jours après les auditions publiques. Or, ce total a été approuvées 6 jours seulement après les auditions , ce qui a soulevé l’indignation des observateurs. La décision d’approuver les quotas actuels est d’ores et déjà mise en cause devant les tribunaux par les associations Sakhalin Environmental Watch, Club Boomerang et Ocean Friends. La première audience aura lieu le 20 septembre 201 devant le tribunal municipal de Yuzhno-Sakhalinsk

Il est important que cette question soit portée à l’attention du public dans le monde entier.
Les militants russes font tout ce qui est possible et même l’impossible pour empêcher de nouvelles captures d’orques et de bélugas. Merci de soutenir ce combat pour nos permettre de couvrir les frais de cette expédition:
Nous continuerons à nous battre jusqu’à ce que cette pratique cruelle se termine !

Les ravisseurs ravis de leurs prises font un doigt d’honneur aux défenseurs des orques.


La capture des orques en Russie

Les premières orques arrivent en Chine

Narnia l’orque russe