Taiji : les dauphins massacrés, les dauphins capturés

Taiji : les dauphins massacrés, les dauphins capturés
L’identité des victimes

Lorsque résonnent les sinistres coups de tuyaux métalliques dans l’eau de la baie de Taiji, un certain nombre de cétacés paniqués s’y entassent durant toute une longue nuit d’angoisse, avant de périr d’une mort atroce ou d’être expédiés pour dressage intensif au Taiji Whale Museum voisin, puis, vers la Chine, la Corée, le Vietnam, la Tunisie ou la Roumanie.
Mais qui sont ces dauphins dont  le Japon brise ainsi les vies en toute impunité, sous le regard des nations ?

Ceux qui vont mourir ou subir l’esclavage en 2018-2019

Les quotas de prises lors des chasses à Taiji pour la saison 2018/2019 ont été publiés. Ils autorisent la capture et la mise à mort de 2.040 cétacés (soit 138 de moins par rapport à la saison précédente). 134 dauphins à flancs blancs du Pacifique
450 dauphins bleu et blanc
414 dauphins Tursiops
400 dauphins tachetés pantropicaux
251 dauphins de Risso
101 globicéphales à nageoires courtes
070 pseudorques
020 dauphins sténo
200 dauphins d’Electre
Bien que 2 040 prises soient autorisés, en général, moins de 1.000 dauphins sont réellement massacrés ou gardés pour les delphinariums


Nouvelles espèces jugées surabondantes

Pour la saison 2017/2018, le dauphin sténo à bec étroit et le dauphin d’Electre, deux espèces pélagiques et d’eaux profondes, ont été ajoutés au quota de capture établi par l’Agence Japonaise chargée de la Pêche.
L’agence envisagerait l’ajout de 46 dauphins sténo, qui seraient promis à l’industrie des spectacles, et de 704 dauphins d’Electre, destinés aux loisirs et à la consommation alimentaire, mais ces chiffres n’ont pas encore été confirmés.


Le Grand Dauphin
Tursiops truncatus

Haruka, mort en 2014

Aujourd’hui , le Grand dauphin est moins apprécié pour sa chair que pour sa capacité à survivre en captivité dans les plus abominables conditions.
C’est donc lui qui fera l’objet de la plus grande attention, et lorsque par miracle, on trouve un dauphin mutant à quatre nageoires, ou une dauphine albinos, les tueurs se frottent les mains : sa valeur marchande en tant que curiosité dépasse infiniment celle de sa viande sur les étals des bouchers.


Le Dauphin Bleu et Blanc
Stennella coeruleoalba

Filant comme l’éclair dans l’étrave des navires, le dauphin bleu et blanc est un petit bonhomme de quelques 2 mètres 50 hyper-sympa et hautement socialisé.
Parfaitement adapté à la haute mer, ce ravisant dauphin aime à se déplacer par groupes de 100 à 500 personnes.
Ses plongées sont impressionnantes, puisqu’il peut descendre jusqu’à 700 mètres de fond pour capturer des poissons luminescents ou d’étranges calmars…
Il adore fraterniser aussi avec d’autres espèces de dauphins, tel le dauphin à long bec.
Son habitat naturel – toutes mers tempérées du monde – est aujourd’hui gravement menacé par l’augmentation du trafic maritime et les filets dérivants.

Les Japonais ont commencé à le massacrer au début de la guerre 40.
Huit à neuf mille dauphins furent tués chaque année pendant cette période avec une année record de vingt-et-une mille prises. Depuis 1980, les massacres doivent théoriquement se limiter à 1000 individus par an, mais l’on se doute que les contrôles gouvernementaux doivent être d’un laxisme exemplaire.
L’IUCN a tout même le toupet de classer cette espèce menacée dans la catégorie «low concern», comme si tout allait bien.
Vu que ce  dauphin vif et fou de grands espaces ne survit pas plus que quelques semaines en captivité, c’est donc pour sa chair seule que les pêcheurs japonais le tuent, et non pas pour les delphinariums.
Certains pourtant parviennent à y survivre quelques années.


Le Dauphin Tacheté Pantropical
Stenella attenuata

Les dauphins tachetés pantropicaux fréquentent aussi bien les eaux des zones pélagiques que les eaux bordant les îles océaniques. Il existe bon nombre de populations différentes, selon le type de milieux où ils vivent. Les dauphins résidant le long des côtes sont plus grands et portent davantage de taches sur le corps. Leurs cultures sociales sont également  spécifiques.

Le dauphin tacheté pantropical est d’un naturel joueur et joyeux.
Toujours très actif, il se livre souvent à de superbes sauts par-dessus la surface, lesquels s’achèvent par un vigoureux « splash » bien sonore et bouillonnant d’écume. Il apprécie également de chevaucher la vague que créent devant eux les gros navires.
Le dauphin tacheté pantropical accompagne fréquemment aux bancs de thons. Ces grands poissons sont comme lui des prédateurs marins et le dauphin les suit pour partager leurs proies. Cette association lui vaut d’être entraîné puis noyé dans les filets dérivants qui déciment les bancs de thons ainsi que son espèce.
En d’autres circonstances, notre dauphin se nourrit de calmars ou de crustacés qui remontent des fonds durant la nuit.
Il s’agit donc d’un chasseur nocturne. Immédiatement après le coucher du soleil, les plongées peuvent atteindre jusqu’à 213 mètres de profondeur et les chassent se mènent à vive allure.

Il n’est pas rare d’observer des rassemblements de dauphins pantropicaux comptant plusieurs centaines voire un millier d’individus. Ils aiment se déplacer en vastes groupes. Bien que non-migrateurs, ils se rapprochent néanmoins des côtes durant les mois d’automne et d’hiver (d’où les dates des tueries japonaises) et s’en éloignent en été.

Les principales menaces qui pèsent sur ces dauphins sont la pêche au thon et les massacres japonais.
Estimés à quelques trois millions d’individus repartis dans toutes les mers du monde, leurs effectifs ne cessent de se réduire du fait de l’impact humain. Malgré cela, et faute sans doute d’une vigilance suffisante ou de pressions politiques obscures, nos amis figurent parmi les espèces relativement peu menacées de la liste rouge de l’IUCN.
Il faudra donc attendre quelques massacres de plus pour passer à la catégorie «éteinte en milieu naturel», à moins que celle du thon, prévue comme imminente, ne leur laisse un peu de répit…

pantropical-dolphins-hug-sharp-rocks-in-attempts-to-escape

Dauphins tachetés pantropicaux capturés en décembre 2016

 


Le Dauphin à Flancs Blancs du Pacifique
Lagenorhynchus obliquidiens

Ce charmant dauphin se nourrit de petits poissons de haute mer, tels que les anchois, les poissons-lanternes, le maquereau-cheval et autres. Il apprécie également diverses variétés de céphalopodes. Lui aussi aime s’associer à d’autres espèces de cétacés, tels les dauphins de Risso ou même les otaries !

Déjà gaiement décimés par les Japonais lors de leurs pêche à grande échelle au saumon, aux anchois ou aux calmars – en 1989, pas moins de 6.100 de ces dauphins étaient morts dans les filets des pêcheurs de calmars ! – ils sont également très prisés par les delphinariums. Sans doute supportent-ils un peu mieux que les autres dauphins pélagiques les souffrances de la captivité.
L’aquarium de Vancouver en a fait sa spécialité et a longtemps renouvelé ses stocks d’esclaves auprès de ses fournisseurs de Taiji.
Helen est aujourd’hui l’ultime survivante de ces échanges passés avec le Japon.


risso-libre

Le Dauphin de Risso
Grampus griseus

Le dauphin de Risso mesure adulte de 2,60 m à 3,5 mètres de long. Sa peau porte de très nombreuses cicatrices, dont le nombre augmente avec l’âge. Ainsi, même si la peau du dauphin de Risso est initialement gris foncé, ils sont souvent recouverts de marques gris clair, et certains individus en deviennent même totalement blancs comme les bélugas tandis que d’autres peuvent rester aussi foncés que des globicéphales. Le dauphin de Risso porte une rainure au centre du front, unique chez les cétacés, de l’évent à la «lèvre», visible de près. De loin, la nageoire dorsale haute peut laisser penser qu’il s’agit d’une orque femelle ou jeune.

Le Dauphin de Risso semble avoir un régime alimentaire axé sur les céphalopodes : plus d’une dizaine d’espèces de calmars forment le gros de l’alimentation de ce dauphin. On pense que le dauphin de Risso peut sonder à des profondeurs suffisamment importantes, 500m ou plus, pour capturer des proies au voisinage du fond dans les zones de talus.

L’effectif moyen d’un groupe est de 8-12 individus, avec des valeurs comprises entre 1 et 35 individus. On s’aperçoit que les petits groupes (0 à 6 individus) sont fréquents et que les groupes d’effectif supérieur à 20 individus sont rares. Les groupes peuvent être très dispersés le matin et le soir, lorsque les dauphins se nourrissent, ou au contraire regroupés en phase de socialisation et de voyage, voire serrés en phase de repos. Les grands adultes, reconnaissables à leur pigmentation grise claire ou blanche composent la moitié environ des groupes d’effectif supérieur à 10 individus.

Le déplacement des dauphins de Risso se caractérise par des vitesses faibles, inférieures à 4 nœuds en moyenne, bien que l’on puisse parfois observer des pointes de vitesse. L’activité de surface comprend assez rarement des sauts, notamment des sauts francs (dauphin entièrement hors de l’eau) ; les demi-sauts ventraux ou latéraux sont les plus fréquents. Durant les activités d’alimentation, on note des sondes dont la durée varie entre 1 et 7 minutes. Le déplacement peut alors être lent et parallèle à la côte, les dauphins étant disposés en ligne perpendiculaire à la côte (traque), ou de direction erratique, les animaux étant alors en sous-groupe de 2 à 4 individus. Durant l’activité de voyage, sur le talus, la direction du déplacement est presque toujours parallèle à la côte, et les dauphins sont en sous-groupes dans le sens du mouvement.

risso-kujukushima-enfant2

Dauphin de Risso à Kujukushima

Les dauphins de Risso sont gardés par des delphinariums japonais, bien que la plupart des individus capturés soient tués.
Plusieurs d’entre eux ont amusé les baigneurs  sur le lieu de leur capture à Taiji Plage.


Le Globicéphale Tropical
Globicephala macrorhynchus

Atteignant parfois une longueur de plus de 8 m, le globicéphale est l’un des plus grands cétacés à dents.
Il est de la taille d’un orque mais n’est pas un prédateur aussi actif.
Son nom qui signifie « tête en boule » vient de l’important développement du melon frontal. C’est en fait un élément important du système d’écholocation qui est très développé chez le globicéphale.

Les globicéphales se déplacent en groupes familiaux unis. Au sein du groupe, on trouve les femelles, plus petites que les mâles, accompagnées de leurs petits.
Les liens entre mère et enfant sont très forts car le développement d’un jeune est très lent, comparable à celui du petit de l’homme. Il n’atteint sa puberté qu’entre 9 et 14 ans.
Chaque membre a un rôle à jouer. Les mâles, moins nombreux, assurent la protection du groupe.
Les adolescents font office de nourrices. Mais, tous les membres, mâles ou femelles, prennent en charge l’éducation des jeunes.
Après certaines observations, on a constaté que les femelles les plus âgées faisaient office de « chef ».
Elles transmettent leur expérience aux autres membres.

Cette structure hiérarchisée a des avantages incontestables mais également un gros inconvénient.
En effet, un groupe suit aveuglément son chef. De ce fait, cette habitude de suivre aveuglément le groupe peut les conduire à la mort.
Par exemple, les globicéphales noirs s’échouent parfois massivement sur les côtes. On ne sait pas s’ils sont victimes d’une défaillance de leur sonar. Toujours est-il que malgré le danger, tous les membres suivent.
Les hommes ont bien sûr tiré parti de cette caractéristique et pas pour le meilleur, comme d’habitude. Les pêcheurs des îles Féroé, au large de la Norvège, blessent un ou deux individus. Les animaux blessés prennent la fuite. Il ne reste plus qu’à rabattre la troupe vers les plages pour tuer tout le clan.
Les clans familiaux se croisent et communiquent ensemble. C’est aussi l’occasion pour les mâles de se reproduire. En effet, les mâles ne se reproduisent jamais avec les femelles de leur clan.
A l’occasion les groupes se réunissent pour former une harde composée de centaines d’individus. Ils effectuent ensemble de longues migrations sous la direction des adultes dominants.

Les globicéphales ont été gardés en captivité dans divers parcs marins, à partir de la fin des années 1940.
Depuis 1973, des globicéphales des îles de la Nouvelle-Angleterre ont été capturés et gardés temporairement en bassin.
Des globicéphales au large des côtes du sud de la Californie, d’Hawaï et du Japon ont été conservés dans des aquariums.
Plusieurs globicéphales du sud de la Californie et d’Hawaï ont été capturés au cours des années 1960 et au début des années 1970, dont deux ont été placés à SeaWorld à San Diego. Au cours des années 1970 et au début des années 1980, six globicéphales ont été capturés vivants par des chasses au rabattage au Japon.

Les globicéphales ont un faible taux de survie en captivité, la survie annuelle moyenne étant de 0,51 au milieu des années 1960 et au début des années 1970. Il y a eu quelques exceptions à la règle.
Bubbles, une globicéphale femelle à nageoires courtes, qui a été exhibée au Marineland du Pacifique et finalement à Sea World California, a vécu jusqu’à la cinquantaine lorsqu’elle est finalement décédée le 12 juin 2016.

En août 1967, le parc marin Marineland a finalement libéré Bimbo le globicéphale, au terme de près de huit années de captivité. Bimbo avait agressé d’autres animaux et ses propres gardiens, il avait brisé une fenêtre d’observation et placé sous sédatifs.
Le Dr. M.E. Webber, un médecin spécialisé dans les soins aux cétacés, a décrit Bimbo comme un « psychotique ».


 

L’Orque
Orcinus orca

5 orques ont été capturées à Taiji.
Toutes sont mortes aujourd’hui.  L’une d’elle a partagé sa cellule avec Tanouk.

 



Le Pseudorque
Pseudorca crassidens

Fin et allongé, le corps de la fausse orque est entièrement noir ou gris très foncé.
Certaines formes sont plus claires sur la partie ventrale. Le cétacé ne possède pas de rostre et arbore un melon bombé. Sa tête et ses mâchoires sont plutôt petites. L’aileron dorsal est petit et incurvé en forme de faucille. La queue est large et puissante et la nageoire caudale marquée par un sillon médian, en forme de demi-lune. Les pectorales sont petites.
La fausse orque est un animal hautement social qui se déplace en groupes importants composés parfois de plusieurs centaines d’individus. Prédateur redoutable, le cétacé possède une gamme très étendue de vocalisations. Il peut plonger jusqu’à 2.000 mètres de profondeur.La pseudorque se nourrit surtout de thons et de bonites, mais également de céphalopodes lorsqu’elle n’attaque pas occasionnellement les marsouins, les dauphins et même les requins.

Bien que l’espèce ne soit pas considérée comme menacée, la fausse orque ou pseudorque, est chassée pour sa chair.
Sa capture passe par des échouages massifs et des dépeçages sanglants. Elle est régulièrement capturée pour approvisionner les delphinariums. Le cétacé est également sensible aux polluants, principalement le mercure dont les poissons qui composent son alimentation principale sont saturés.

En 2010,  une fausse orque captive du nom de Kuru a sauté hors de son bassin à Churaumi, Japon.
Capturée il y a de cela six ans au large d’Okinawa, la malheureuse ne supportait plus la promiscuité atroce qui régnait dans cette geôle ni le tintamarre insoutenable de la « musique de fond ».
Kuru s’est jetée par-dessus bord sur le sol, de façon délibérée et volontaire, comme le prouve la vidéo, de la même manière qu’un humain le ferait s’il sautait de la fenêtre d’un immeuble pour se suicider.  On la voit en effet non pas « sauter à côté de son point de chute » par accident mais bien  s’extraire volontairement et non sans peine de la prison où elle croupit depuis sa capture, confinée en compagnie d’autres cétacés qui ne partagent n i les mêmes cultures ni le même langage qu’elle.
La malheureuse a survécu à cette tentative de suicide ratée. On ignore si elle vit encore aujourd’hui.


Kina la pseudorque d’Iki

Taiji : dauphins d’Electre au tableau de chasse

Les dauphins fous de Kujukushima

Stan, le dauphin Sténo sourd, restera prisonnier