Tuer pour jouer : les cruelles cultures des orques nomades



Tuer pour jouer : les cruelles cultures des orques nomades

Tuer pour jouer : les cruelles cultures des orques nomades ont de quoi nous heurter.
On aimerait tant que les cétacés soient tous de gentils Flippers paisibles et souriants, et c’est avec malaise que nous regardons des épaulards jouer longuement avec leurs proies avant de les mettre à mort, souvent sans les manger.
Aussitôt survient le commentaire obligé : «Hélas oui ! C’est ainsi ! Les dures lois de la Nature… Le lourd fardeau des instincts… Tuer ou être tué ! »
, etc. 

Il n’en est rien dans le cas des orques.
Certaines d’entre elles ne mangent que du poisson, d’autres préfèrent les oiseaux de mer ou les phoques et d’autres enfin chassent des baleines de grande taille. Et même pas toujours par nécessité ! Il s’agit là de coutumes culturelles transmises de génération en génération, cruelles certes, mais que nous n’avons pas le droit de juger à l’aune de nos valeurs humaines.

La première histoire survenue il y a quelques jours, nous fait voir un petit groupe d’orques aidant l’un de ses membres à jouer avec un dauphin au jeu de ma la mort.

Photo Christopher Swann

La chasse au dauphin pour rire

Alors que le soleil couchant commence à virer au rose, une orque bondit hors de l’océan et s’envole dans les airs, projetant une traînée d’écume dans son sillage. Ce pourrait être une image magnifique, si ce saut n’avait pas pour but de s’emparer d’un dauphin en fuite.
Ces photographies étonnantes montrent le dernier acte d’une chasse qui a duré deux heures et qui s’est terminée par la mort du dauphin dans la gueule de l’orque de huit tonnes.
Le dauphin faisait à l’origine partie d’un petit groupe nageant au large de la côte mexicaine, mais les autres ont réussi à s’éloigner, le laissant seul à la merci de tout un groupe d’épaulards.

Le photographe Christopher Swann, qui a photographié cette scène extraordinaire, raconte :
« Les orques l’ont poursuivi à toute vitesse pendant deux heures. Nous ne savions où regarder, car elles surgissait de l’eau à un endroit, disparaissait dans une gerbe d’écume et réapparaissait à un endroit totalement inattendu.
À un moment, l’épaulard a jailli hors des vagues juste devant nous, à environ six ou sept mètres.
Il a sauté dans les airs jusqu’à quatre mètres de haut en se dirigeant droit vers nous. Je pensais qu’il allait atterrir sur le bateau, mais l’orque a pivoté sur lui-même en plein vol et il a heurté la mer juste à côté de nous ».

Une seule orque semblait être à l’origine de la majeure partie des poursuites.
La terreur du dauphin étaient palpables. On pouvait sentir l’adrénaline dans ses veines et son cœur battre pendant qu’il fuyait pour sauver sa vie.
« Il allait et venait mais se trouvait toujours face face avec une autre orque qui lui bloquait le chemin. Trois ou quatre fois, les baleines ont jeté le dauphin hors de l’eau, une fois avec leur caudale.
« Incroyable quand on sait que c’était un grand dauphin en bonne santé. Il est renversant de voir comment les baleines l’ont traitée comme un jouet. J’avais le sentiment – peut-être à tort bien sûr – que la dernière heure était inutile pour les orques et que ce n’était plus qu’un jeu pour elles. Enfin, à la tombée de la nuit, elles nageaient en surface avec le cors du dauphin au milieu d’elles. Tout était fini »

Se nourrir d’un bébé pseudorque

Bien sûr, les chasses des orques nomades peuvent être rapides et simplement destinées à s’alimenter. En général, comme tous les grands prédateurs, les orques choisissent les individus les plus jeunes.

« Le 25 mars 2010, un groupe de 50 à 60 fausses orques, dont une quinzaine de jeunes, ont été aperçus dans la baie des îles, en Nouvelle-Zélande, accompagnés de trois à cinq grands dauphins. Une demi-heure plus tard, un groupe d’environ huit épaulards les ont approchés. Cinq fausses orques ont été attaquées, dont trois au moins éperonné par en bas et forcé de refaire surface. Après 29 minutes, les orques remontaient hors de l’eau en se nourrissant de la carcasse d’un bébé pseudorque, sans doute le seul individu tué ».

Se mesurer à une baleine bleue !

Dans d’autres cas les attaques relèvent plutôt du défi chevaleresque, sans espoir de vaincre.
C’est le cas pour cette attaque de baleine bleue.

« Filmé par un drone à Monterey, en Californie, un groupe d’orques effectue une attaque coordonnée sur un rorqual bleu.
Les épaulards sont connus pour s’attaquer à d’autres mammifères marins, y compris les dauphins et les phoques. Mais ces redoutables prédateurs, si puissants soient-ils, n’ont aucune chance face une baleine bleue adulte. C’est le plus grand animal qui ai jamais vécu sur cette planète, puisqu’il peut atteindre jusqu’à 30 mètres de long et peser près de 200 tonnes.
Dans le cas présent, la gigantesque baleine s’est simplement renversée sur le flanc, soulevant un véritable mur d’eau puis elle s’est éloignée à une vitesse qui surpassait de loin celle des orques, raconte la biologiste marine Nancy Black, qui a filmé l’événement en guidant son drone depuis son bateau d’observation.
Mais pour quelle raison ces orques attaquaient-elles alors une proie qu’elle savaient inaccessible ? « Elles le faisaient probablement par plaisir », dit Black. « Les orques jouent avec les baleines comme les chats jouent avec leurs souris. Ils sont très joueurs et sociaux ».

Orques et dauphins en toute amitié

« Les épaulards sont les seuls prédateurs qui tuent et dévorent régulièrement des dauphins à flancs blancs du Pacifique au large de la Colombie-Britannique et le long des côtes de Washington. Les chercheurs ont donc été surpris lorsque des images de drones ont montré ces mêmes dauphins en train de jouer à quelques mètres de la mâchoire des épaulards.
« Les dauphins passent juste devant les orques, juste devant leurs gueule », explique Lance Barrett-Lennard, directeur de la Coastal Ocean Research Institute. « Ce type d’association entre une espèce et son prédateur supposé est inhabituel. »

Il s’avère que les dauphins n’ont rien à craindre de ces orques-là.
La communauté des Orques Résidentes du Sud est presque identique physiquement et génétiquement très similaire à celle des épaulards de Bigg, grands mangeurs de dauphins qui errent dans les mêmes eaux. Les Résidentes du Sud, quant à elle, sont des piscivores stricts qui évitent toute viande rouge issue d’un mammifère.
Ce qui est frappant, c’est que d’une manière ou d’une autre, les dauphins parviennent à faire la différence. Mais Barrett-Lennard pense aussi qu’ils sont assez audacieux.
« Il est assez risqué pour eux de s’approcher d’un épaulard en espérant qu’il s’agisse bien d’un mangeur de poisson. Les deux formes d’orques se ressemblent à l’extrême mais ces dauphins semblent avoir une confiance absolue à l’égard des Résidentes du Sud. Ils seraient immédiatement attaqués s’ils avaient affaire avec des orques de Bigg ! »

On se souviendra aussi que Lolita partage son bassin avec des dauphins à flancs blancs et que Shouka, l’orque française, a vécu dix ans en la seule compagnie du dauphin Merlin. Il est vrai que toutes deux étaient issues d’une culture piscivores.   

On peut se demander comment des orques, avec leur intelligence et leur énorme cerveau truffé de neurones en fuseaux, n’éprouvent aucune compassion pour leurs victimes, pourtant si proches d’elles ?
Elles qui prennent soin de leurs aînés et de leurs handicapés, elles qui n’abandonnerait jamais un membre de leur propre clan et qui pleurent sans fin la mort de leurs enfants, comment peuvent-elles se montrer si cruelles ? Les dauphins ne sont-ils pas leurs frères ?
Sans doute, mais les chimpanzés le sont autant pour les hommes, que des chasseurs tuent et que des gourmets mangent au nom de traditions obsolètes et qu’on ose exhiber derrière les barreaux des zoos.
En outre, aucune orque n’en a jamais tué une autre, ce qu’il nous serait difficile d’affirmer en ce qui nous concerne…

Lolita et ses amis dauphins à flancs blancs du Pacifique

L’orque Kalia chasse l’oiseau à l’appât

L’incroyable histoire de l’orque Old Tom

Une orque handicapée devient la cheffe du clan !


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