Tyonek le petit béluga a grand besoin d’un sanctuaire 

Tyonek le petit béluga – qui joue ici avec son thermomètre flottant – a grand besoin d’un sanctuaire où nager avec ses sembables

Tyonek le petit béluga a grand besoin d’un sanctuaire

If Only There Were a Seaside Sanctuary for Him
by Michael Mountain


Tyonek le petit béluga a été découvert depuis un avion gisant sur une plage déserte en Alaska.
Tous ceux qui se sont impliqués dans son sauvetage et sa réadaptation pendant les cinq derniers mois ont certainement fait un travail remarquable.
Pourtant, l’avenir de ce bébé béluga est bien sombre.

L’histoire commence l’automne dernier, lorsque Noah Meisenheimer, un agent du Service national des pêches maritimes (NMFS), revient de son travail en hélicoptère à Anchorage après avoir enquêté sur la mort d’un béluga.
En remontant la côte ouest de Cook Inlet, Kenneth Reiser aperçoit alors une forme grise étendue sur la plage.
Sur le sable, cette forme semble être celle d’un bébé béluga échoué, âgé d’environ un mois, à peine vivant, la peau brûlée par le soleil.

Tyonek le petit béluga était échoué sur une plage en Alaska

Les bélugas de cette région sont en grave danger de disparition.
Aussi, quand Noah Meisenheimer appelle les autorités compétentes, il obtient aussitôt la permission de déplacer l’animal dans des eaux plus profondes. Malgré de nombreuses tentatives, le bébé épuisé retourne aussitôt s’échouer sur le rivage.
Meisenheimer appelle alors le Dr. Carrie Goertz, responsable de la santé animale à l’Alaska SeaLife Centre, qui se hâte de le rejoindre sur les lieux.
Les enfants bélugas restent normalement collés à leur mère pendant au moins deux ans, mais il n’y avait aucun signe de la présence d’un autre béluga dans les environs. Et le bébé résistait toujours à tout effort pour le ramener à l’océan.

Tyonek est d’une nature très tactile

« Je sentais bien que ce bébé n’avait aucune chance de survivre s’il restait à Cook Inlet » dira plus tard le Dr. Goertz à la presse d’Anchorage.
« Et j’ai senti qu’il ne serait ni cruel ni exceptionnel de tenter au moins un début de sauvetage. Le temps était essentiel pour sauver la vie du bébé ! « 
Alors, on a sorti l’un des sièges passager et, utilisant un sac à dos comme une civière de fortune, ils ont ramené le bébé à l’arrière de l’Helo3, avec le vétérinaire assis à ses côtés.
Au même moment, le personnel de Sealife, la seule installation capable d’accueillir des mammifères marins échoués en Alaska, fonçait vers l’héliport d’Anchorage avec son «wagon de cétacés», une grosse camionnette chargée de tout le matériel d’urgence.

 

Le lendemain, des experts du Georgia Aquarium d’Atlanta, du Mystic Aquarium du Connecticut, de SeaWorld, du Shedd Aquarium de Chicago et de l’Aquarium de Vancouver se sont pressés à SeaLife pour « aider à la santé et au bien-être du bébé ».
Au début, l’enfant ne parvenait même pas à rester en surface dans l’eau. Il fallait quatre personnes pour le nourrir et l’hydrater. En quelques jours, pourtant, il est devenu de plus en plus fort, mais les premières semaines restèrent difficiles et dangereuses, car il luttait alors contre des problèmes intestinaux, des problèmes de peau et d’autres infections.

L’équipe de soins a donné le nom de Tyonek au jeune béluga, ce qui signifie «petit chef» dans la langue inuit. Au cours du mois suivant, il a gagné 39 livres en plus, grâce à une préparation pour nourrissons composée de substitut de lait en poudre complété avec de l’huile de saumon et des filets de hareng en purée dans un mélangeur Vitamix – deux pintes à la fois, six fois par jour !

Tyonek était encore un bébé lorsqu’on l’a trouvé


La population de bélugas du Cook Inlet est passée d’environ 1 300 en 1979 à environ 328 aujourd’hui, et la NOAA a voulu se donner une chance de ramener cet enfant aux siens.
Donc, tout en soignant Tyonek, Dr. Goertz et son équipe se sont attachés à le traiter autant que possible comme il l’aurait été en mer à l’état sauvage, et ne pas l’imprégner de la présence humaine.
Ainsi, on lui diffusait des vocalisations de bélugas issus de Cook Inlet, deux fois par jour à des intervalles de cinq minutes. Tyonek écoutait attentivement et apprenait peu à peu à imiter les appels qu’il entendait.

Tyonek a pris 60 livres depuis qu’il a été sauvé à la fin du mois de septembre 2017.
Tout le monde savait bien sûr que sa réhabilitation serait une affaire difficile. S’il avait pu grandir dans l’océan, Tyonek aurait beaucoup appris de sa mère et de sa famille élargie : il aurait acquis des compétences en matière de survie, de communication et d’aptitudes sociales. Pourtant, le plan était de garder toutes les options ouvertes. Le bébé béluga quant à lui semblait nouer des liens avec ses soigneurs, bavardant avec eux avec des gazouillements et des clics.
« Il est d’une nature très tactile », expliquait Goertz au Washington Post dans une interview. « Habituellement, un enfant béluga touche sa mère la plupart du temps. . . Il cherche toujours ce type d’interaction. « 

En fin de compte, le 8 février 2018, la NOAA a conclu que Tyonek ne pouvait être remis à Cook Inlet, parce qu’il était trop jeune quand on l’a trouvé et qu’il ne dispose pas des compétences dont il aurait eu besoin pour survivre seul.
La question de savoir où il passera le reste de ses jours a fait l’objet d’un débat, mais il s’agissait toujours de l’envoyer dans l’un des delphinariums d’Amérique du Nord détenant des bélugas

Ironie de l’histoire, les deux derniers bélugas clowns de Shanghaï appartiennent à SeaLife, qui vient de sauver Tyonek !

 

Il devrait bien sûr y avoir une autre option. Et c’est le sanctuaire marin.
Même s’il existe de nombreux sanctuaires aux États-Unis pour toutes sortes d’animaux terrestres, depuis les éléphants aux grands félins en passant par les grands singes, les oiseaux et les papillons, il n’en existe toujours pas pour les baleines et les dauphins.

La NOAA a donc estimé que le meilleur endroit pour Tyonek serait le SeaWorld de San Antonio, en plein coeur du Texas. Ce parc possède au moins des femelles adultes et d’autres jeunes mâles avec lesquels Tyonek pourra socialiser. La date de son transfert n’a pas encore été annoncée.
La NOAA espère en apprendre plus sur l’évolution de Tyonek pendant qu’il grandira à SeaWorld :
« En surveillant Tyonek lorsqu’il passera de l’état d’enfant à celui d’un animal adulte, nous obtiendrons des informations importantes sur son développement physique et comportemental, y compris son ouïe, ses vocalisations, ses interactions sociales et sa condition corporelle globale.  Ces connaissances contribueront à la protection et au rétablissement des populations sauvages de bélugas, en particulier les bélugas de Cook Inlet, qui sont l’une des huit espèces menacées que la NOAA Fisheries a identifiées comme étant les plus menacées d’extinction ».

L’inconvénient, bien sûr, est que Tyonek va passer toute sa vie dans un bassin en béton, à gagner sa pitance en se produisant devant des gradins.

 

Bien sûr, il reste encore une chance pour le jeune béluga, puisqu’il serait un excellent candidat pour un futur sanctuaire marin.
Les gens des aquariums et des parcs à thème marins qui sont venus le soigner ont déjà rendu sa vie à Tyonek.
Ce dont il a besoin maintenant, c’est une vie où il peut grandir et prospérer – avec d’autres personnes de son espèce également retirées de l’industrie du divertissement – dans un environnement aussi proche que possible de la vie qu’il aurait connue dans l’océan.
En travaillant ensemble, nous pourrions y arriver ! 

 

 

 


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