Les orangs-outans du Jardin des Plantes

Photo Back To The Sea 2015

Les orangs-outans du Jardin des Plantes

Les orangs-outans au Jardin des Plantes à Paris ne sont plus que quatre.
Trois femelles et un mâle récemment arrivé qui survivent dans des cages étouffantes construites aux normes de 1934, un scandale dont personne ne semble s’émouvoir sur la place de Paris.
Leurs noms : Nénette, Théodora, Tamu et Baggi

La structure souhaitée pour les orangs-outans s’alignent sur les normes minimales actuelles, telles qu’enfin respectées au Zoo d’Anvers, par exemple. Il n’est pas normal de faire appel au public pour cet équipement de première nécessité. IL y a URGENCE !

17 octobre 2018

Une petite fille est née de Theodora et Banggi pour une nouvelle vie de confinement

5 octobre 2018

Le lendemain de la publication de l’article qui suit, le Jardin des Plantes lançait une campagne de levée de fonds pour un nouvel enclos à orang-outans. Louable entreprise, si ce n’est qu’on s’étonne qu’il faille faire appel à la charité publique pour assurer un minimum de confort à ces malheureux pongidés coincés en plein Paris !

Les orangs-outans du Jardin des Plantes

Il y a d’abord la célèbre Nénette, qui fit l’objet d’un documentaire en 2010
Née vers 1969 dans les forêts de Bornéo, Nénette est arrivée à la ménagerie parisienne en 1972, alors que l’importation de ces animaux sauvages n’était pas encore interdite. Elle y a élevé ses quatre fils.

Nénette arrive à la Ménagerie en 1972 avec son compagnon Toto.
Pendant leur période d’acclimatation, Nénette et Toto sont approchés tous les jours et des liens profonds ne tardent pas à se tisser entre eux et l’équipe soignante. Nénette aura deux premiers fils avec Toto : Doudou et Mawa qu’elle élèvera jusqu’à leur départ, dans un centre de primatologie japonais pour le premier, et au parc Zoologique d’Amsterdam pour le deuxième.

A la mort de Toto, c’est Papou, un orang-outan handicapé qui tient compagnie à Nénette.
« En 1987, elle est rejointe par Solok, venu du zoo de Leipzig, dont elle aura deux autres fils, Tubo et Dayu (Daho).
Solok est un grand mâle de 110 kg aux mains énormes et à la face développée de dominant. Il s’avère un excellent père pour ses fils avec qui il joue sans cesse.

Pendant que Solok s’occupe des petits, Nénette s’adonne à sa passion pour le bricolage.
On peut la voir passer des heures entières à démonter les boulons de son enclos avec des outils de fortune qu’elle fabrique à partir des objets laissés par les soigneurs. 
Nénette adore feuilleter les magazines qu’on lui prête pour s’occuper. Elle aime aussi prendre la pause, juchée sur un plot ou installée en haut de sa plate-forme, devant un parterre de spectateurs médusés par ses petits yeux doux et malicieux« .
La Ménagerie n’ira pas plus loin dans la biographie de Solok, et l’on verra plus loin pourquoi.

« Aujourd’hui, la star reste incontestablement Nenette la femelle orang-outan qui est l’attraction du lieu. Elle est la plus vieille pensionnaire du lieu, née en 1969 et arrivée en 1972. Elle lit des journaux, peint des tableaux et a été le personnage principal d’un film documentaire de Nicolas Philibert.
Le bien-être des animaux est pris très au sérieux dans l’aménagement des enclos. Les soigneurs sont attentifs aux besoins fondamentaux et conçoivent des enrichissements comportementaux. L’exemple de Nenette, la femelle orang-outan est exceptionnel.
Présente à la Ménagerie depuis 46 ans, elle a observé longuement le public et a commencé à les imiter.
Tout d’abord en lisant les journaux, puis ses soigneurs ont noté sa fascination pour les personnes qui dessinaient. Ils lui ont donc donné de quoi peindre et elle s’en ait donné à coeur joie. Cette forme d’enrichissement fait parti de la stimulation pour combler l’ennui
« .

Photo Back To The Sea 2015

Les deux autres femelles de la Ménagerie du Jardin des Plantes à Paris sont Théodora, née au zoo de Jersey en 1988 et sa fille Tamu née en 2004. Elle sont détenues en France depuis 2007.

Banggi enfin est né en Espagne en 2006. C’est encore un adolescent chez qui la fréquentation des femelles n’a pas encore fait grandir le masque facial de l’adulte pleinement mature.

Il prend le relais de Joey et de toute une cohorte de mâles aux destins tragiques ou nébuleux.
« Joey est un mâle de 18 ans. Il est arrivé le 29 novembre 2013 pour se reproduire avec une des trois femelles de la ménagerie, Théodora, âgée de 25 ans », a expliqué mercredi Michel Saint-James, le directeur de la ménagerie.
Ce jeune mâle avait été confié à la France par le zoo de Sosto en Hongrie. « Il a été mis progressivement en contact avec ses congénères, visuellement derrière un grillage, avant d’intégrer physiquement le groupe jeudi dernier », a-t-il dit se félicitant « que tout se soit bien passé ».

Pas tellement, en fait.
Joey mourut un an plus tard, en juillet 2014 car il refusait de s’alimenter. Quant Daho, Papou et tous les autres orangs-outans mâles qui ont du se succéder depuis les années folles dans la Singerie du Jardin des Plantes, il est difficile de savoir ce qui leur est advenu, car la presse relaie rarement leur disparition ou leur déplacement vers un autre zoo.

La mort de Solok

Tubo, le père de Lingga, était un jeune mâle âgé de 11 ans, fils de la célèbre Nénette et de Solok, un mâle mort tragiquement à l’âge de 34 ans.
« Le samedi 16 février 2004, juste avant l’ouverture du Jardin des Plantes, deux soigneurs stagiaires se sont retrouvés nez à nez avec Solok, le vieux mâle orang-outan bien connu des habitués, lequel avait profité d’une porte mal fermée de son enclos pour partir à l’aventure. Paniqués, les deux stagiaires ont appelé un des vétérinaires pour qu’il intervienne.

Pour une raison inexpliquée, celui-ci, au lieu de déposer de la nourriture contenant un sédatif et attendre que Solok l’ingurgite et s’endorme (Il n’y avait aucun danger qu’il s’échappe au dehors puisque ceci se déroulait à l’intérieur de la singerie) a tiré à quatre reprises avec un fusil anesthésiant sur le primate, utilisant un produit interdit du fait de risques de décès pour l’animal.

Le pauvre Solok est mort, on ne lui a laissé aucune chance, victime de l’incompétence de trois personnes et surtout du vétérinaire. Personne n’a eu l’idée de prévenir Marie-Claude BOMSEL, qui travaille depuis des années avec les primates et qui, elle, aurait su comment agir pour que cela ne finisse pas en tragédie.
Depuis ce drame, Nénette, la compagne de Solok, reste prostrée dans son enclos, à peine distraite par la présence de son petit… »

Voici le genre de fusil qui a tué Solok. Le Jardin des Plantes l’expose à l’entrée du pavillon.. Phot Dauphins Libres 2006

Si on meurt beaucoup à la Singerie du Jardin des Plantes, on s’y ennuie encore plus.
Certes, de sympathiques activités y ont été développées pour distraire les grands singes de la prostration,  tels les macramés de Wattana ou les peintures de Nénette.  Mais si l’on se fonde sur les critères de bonne pratiques en zootechnie, les cages des  orangs-outans  à Paris font figure de cachots du Moyen-Age au regard des enclos arborés de Pairi Daiza, Beauval ou Aywaille.

« La singerie, qui date de 1934, a grand besoin d’être restaurée !  »
S’exclamait dans un discours le directeur général du Muséum, à l’occasion de l’ouverture d’une exposition consacrée aux grands singes en février 2015.  Inspiré, Thomas Grenon annonçait aussi dans la foulée que l’enclos réservé aux trois femelles orang-outans de la Ménagerie serait agrandi. « Les orang-outangs doivent pouvoir grimper car ce sont des animaux entièrement arboricoles » a expliqué le Muséum. Ils ont besoin d’espace en hauteur.
Le Muséum va investir environ 2 millions d’euros pour construire une volière extérieure de plus de 500 mètres carrés et d’une hauteur d’environ 15 mètres. Un concours d’architecture sera lancé pour réaliser cette structure grillagée dans un environnement classé ».

En automne 2018, il semble que Nénette ait du retourner à ses lectures, dans sa toute petite cage, en attendant les résultats du concours d’architectes…

La singerie en 2018

La singerie en 2006. Photo Dauphins Libre


Photo YG

Linga dans sa cage de verre en 2006. Isolée de sa maman et de toute sa famille dans une cage latérale, la petite Lingga est exhibée dans une sorte de boîtier de verre garni de quelques rares jouets. Une autre vitre la sépare du reste de sa famille.  Aucun gardien à l’horizon : les visiteurs indélicats peuvent aussi bien frapper au carreau. Photo Dauphins Libres

L’histoire de Lingga

Mai 2006

En plein coeur de Paris, à deux pas du Quartier Latin, à l’ombre d’arbres centenaires et de magnifiques bâtiments Art Nouveau, une petite famille d’orang-outans originaire de Bornéo est détenue dans une cage à la Ménagerie du Jardin des Plantes.

La cadette du groupe s’appelle Lingga.
Elle est née le 29 août 2005 des oeuvres de Wattana.
Lingga doit être allaitée au biberon, car sa mère Wattana refuse de s’occuper d’elle. Il faut dire que celle-ci traîne elle-même un passé familial plutôt lourd.  Voici comment le Nouvel Observateur  du 13 septembre 2007 racontait son histoire :

« Les deux premiers jours de sa vie, Lingga a pleuré. C’est inhabituel chez les nouveau-nés de son espèce. Je n’avais jamais entendu un bébé orang-outan pleurer », raconte Marie- Claude Bomsel, vétérinaire à la ménagerie du jardin des Plantes de Paris. La cause de ces larmes ? Un drame familial. «Normalement, la mère porte le petit contre elle en permanence, le nourrit, le rassure, le nettoie, poursuit Marie-Claude Bomsel.

Wattana, la mère de Lingga, manifestait un désintérêt total pour son enfant. « Nous avions décidé de laisser le bébé quarante-huit heures près de Wattana sans intervenir. Quand nous avons vu qu’elle ne s’en occupait pas, les soigneurs ont pris Lingga en charge, réchauffée, nourrie au biberon ».

La guenon sans famille est devenue la vedette de la ménagerie. Installée dans une cage vitrée, elle a ému le public qui a assisté à ses repas, donnés par des soigneurs qui se relayaient pour qu’elle ne s’attache pas trop à l’un  d’eux. Les visiteurs ont suivi ses progrès jour après jour, ont vue apprendre à se redresser en tirant sur ses bras, à grimper à la corde, à se suspendre à des agrès. Ils ont assisté à ses premiers échanges avec des congénères.

Cet été, Lingga est partie pour l’Angleterre.
Agée de deux ans, elle poursuit son apprentissage dans une école maternelle pour singes au Monkey World de Wareham, tout en charmant le public britannique. Mais l’enfant abandonné de la ménagerie est bien plus qu’une attraction de zoo. La saga de Lingga révèle la psychologie des orangs-outans, ces grands singes asiatiques qui sont, avec les chimpanzés et les gorilles, les primates les plus proches de nous.

L’histoire débute en 1987 dans la forêt tropicale de Bornéo, avec la capture par des trafiquants de deux petites femelles sauvages. Expédiées en France, les deux guenons s’évadent de leur caisse à Roissy et sont recueillies, en état de choc, à la ménagerie du jardin des Plantes. On les baptise Ralfone et Ralfina.
L’aînée, Ralfone, a environ 3 ans. Elle récupère, repart à Bornéo et réintègre son milieu naturel. Ralfina, trop jeune, traumatisée par sa capture, ne peut plus revenir à la vie sauvage.
L’équipe du jardin des Plantes décide, en concertation avec ses partenaires européens, de la placer au Zoo d’Anvers, où se trouve une crèche pour grands singes. Ralfina grandit. Elle donne naissance à Wattana en 1995, mais l’abandonne.

Wattana est élevée au biberon, comme le sera Lingga plus tard.
En 1998, âgée de 2 ans et demi, Wattana est envoyée au jardin des Plantes, toujours dans le cadre du programme européen.
A la ménagerie parisienne, la patronne des orangs-outans est une nommée Nénette, âgée de 36 ans à l’époque.
Un caractère. Elle est née à Bornéo, a connu la vie sauvage, a eu trois «maris» et quatre fils depuis qu’elle vit à la ménagerie. Et elle ne les a pas abandonnés ! Au contraire, elle les a élevés à la mode orang-outan, sans les lâcher pendant les deux premières années.
Tubo, son troisième, est un peu plus âgé que Wattana et destiné à devenir son conjoint, quand ils seront tous deux assez grands. Mais la rencontre ne se passe pas au mieux.

Il faut savoir qu’à 6 mois Wattana a quitté le zoo d’Anvers pour celui de Stuttgart, où elle a grandi dans un groupe qui mélangeait les espèces. Ses compagnons de jeux ont surtout été des bonobos. Or le style du bonobo diffère fortement de celui de l’orang-outan. C’est un grand singe proche du chimpanzé, mais plus gracile, et caractérisé par une vie sociale exubérante.
Les bonobos pas sent beaucoup de temps à jouer en faisant des grimaces variées, en émettant de gros rires, en se chatouillant et en poussant des cris aigus.
Ils ont adopté le slogan «faites l’amour, pas la guerre» au point de multiplier les contacts erotiques, hétéros ou homosexuels, sans lien avec la reproduction. Tout se passe comme si, pour le bonobo, le sexe remplaçait l’agression : une caresse génitale sert à détourner un conflit ou à calmer un congénère énervé.

Quand Wattana débarque à Paris, accompagnée de son camarade Wandu, tous deux ont adopté les manières bonobo.
Tubo, plutôt placide et peu démonstratif comme il sied à un orang-outan, n’apprécie guère le genre des nouveaux arrivants. Wattana commence à lui faire des grimaces de bonobo. Outré, Tubo bouscule la demoiselle, se bagarre avec Wandu.
Puis les choses se tassent. Wattana s’épanouit dans sa nouvelle résidence, si l’on en croit le témoignage du généticien André Langaney, venu lui rendre visite. «En une heure Wattana s’est offerte trois fois allongée sur le dos et deux fois «en levrette» à deux jeunes mâles orangs qui n’y comprenaient rien !», note-t-il dans une chronique publiée par le quotidien suisse «le Temps» (15 juin 2004). Les deux jeunes sont Tubo et son frère, encore bébé !

Tubo finit par s’attendrir…
Lingga naît le 29 août 2005.
« On s’attendait à des problèmes, précise Marie-Claude Bomsel. On a fait suivre à Wattana un «training» avant la naissance. On lui a donné des poupées. Mais ça n’a pas suffi.» L’abandon n’est pas exceptionnel chez les primates primipares – les femelles qui accouchent pour la première fois. Mais l’explication réside sans doute dans l’histoire de Wattana, elle-même abandonnée par Ralfina.
Ni l’une ni l’autre n’ont eu de modèle maternel, Ralfina ayant été arrachée tout bébé au giron de sa mère.

Dans la vie sauvage, une mère orang-outan met au monde un petit à la fois, qu’elle garde dans les bras pendant deux ans, et laisse évoluer près d’elle pendant les huit années suivantes.
Les jeunes femelles, après avoir été maternées, ont donc l’occasion de voir leur mère s’occuper de leur jeune frère ou soeur. Ainsi Nénette, née sauvage et âgée d’environ 4 ans quand elle a intégré la ménagerie, en a-t-elle appris suffisamment pour élever ses petits.

Wattana semble donc avoir reproduit son propre abandon, conséquence du traumatisme précoce qui a frappé Ralfina.
Il est fascinant d’observer que, chez les grands singes, l’instinct maternel ne correspond pas à la mise en oeuvre automatique d’un programme génétique – comme le prétend l’éthologie classique – mais dépend de l’histoire individuelle.
Tout aussi remarquable est le constat d’André Langaney selon lequel «les comportements sexuels sont appris et culturels». Application pratique : Wattana a été mise sous pilule contraceptive et va bientôt partir aux Pays-Bas où elle intégrera un groupe comportant des femelles avec des petits. Peut-être réussira-t-elle enfin à rompre la chaîne d’abandons et à devenir une bonne mère ?

Lingga, elle, n’en est pas là. Elle doit grandir et développer ses connaissances ludiques, acrobatiques et sociales avec ses semblables. Son compagnon de jeu, au jardin des Plantes, était son oncle Dayu, le dernier fils de Nénette. L’affaire avait bien débuté, mais peu à peu l’oncle a commencé à s’intéresser sexuellement à sa jeune nièce…
Dans sa nouvelle résidence, en Angleterre, Lingga a trouvé un groupe comportant une mère orang-outan ainsi que trois petites femelles avec qui elle peut jouer en toute innocence. Enfin quoi, les orangs-outans ne sont pas des bonobos, tout de même ! »

Lingga en Espagne ? La photo ne précise pas le nom des individus photographiés.

En 2015, Linga reprend la route : elle quitte l’Angleterre pour le Rio Safari en Espagne, avec son amie Joly et le jeune mâle Kai.
« Fondé en 1983, le Río Safari Elche détient une centaine d’espèces
Le safari est spécialisé dans l’élevage et soin des animaux exotiques. Ici vous verrez : des lions de mer, des antilopes, des autruches, des bisons, des boas, des zèbres, des caméléons, des cacatoès, des chimpanzés, des corbeaux, des lamas, des jaguars, des dromadaires, des hippopotames, des girafes et beaucoup d’autres espèces, atteignant près d’une centaine, avec environ 800 exemplaires.
Pour profiter de cette compagnie unique, le safari offre une promenade en train autour des installations. Il y a aussi des spectacles avec des otaries, avec lesquelles on peut nager. Río Safari Elche, à travers de sa fondation, développe d’ailleurs des thérapies assistées avec des otaries, dirigées aux handicapés ».

Ce parc accueille aussi quatre spécimens d’orangs-outans de Bornéo.
Nakal est un mâle adulte de 29 ans qui vit avec une famille de gibbons sur une île avec des troncs et des cordes, en même temps que Lingga, Joly et Kay, venus de Monkey World. Avec l’arrivée du nouveau groupe, composé de deux femelles non apparentées et d’un mâle, le parc devient un centre de reproduction pour cette espèce.

Nénette au Jardin des Plantes. Photo YG avril 2006

Quelle sera l’avenir de cette petite guenon ?
On le sait déjà : Lingga ne retrouvera jamais la forêt de ses ancêtres.
Non seulement elle serait incapable d’y survivre – les « stages de soutien à la parentalité » que reçoit sa mère n’étant conçus que pour la rendre capable d’élever ses enfants au sein d’un zoo – mais en plus, son milieu d’origine est désormais complètement  exploité, débité pour son bois rare, remplacé par des palmiers à huile ou carrément réduit en cendres.

Jamais donc, elle ne pourra se lancer joyeusement de branches en branches tout en haut de la canopée ou choisir sur les conseils d’une mère aimante les fruits les plus savoureux qui poussent en certains lieux et à certains moments de l’année, qu’il faut connaître.
Jamais elle ne pourra jouir du parfum des fleurs ou du spectacle d’étonnants insectes courant entre les feuilles. Jamais elle ne frémira aux appels des mâles géants, dont la voix caverneuse fait s’envoler les oiseaux sur des kilomètres de distance….

Jardin des Plantes. Photo Dauphins Libres 2006

C’est que le terme de culture n’est pas un vain mot chez les orangs-outans….
On le sait depuis peu, l’orang-outang a la capacité d’adopter de nouveaux comportements et de les transmettre aux générations suivantes.  Neuf spécialistes des primates ont comparé leurs données qui résultent de plusieurs années d’observation de l’orang-outan du sud-est asiatique. Les recherches portaient sur six groupes d’orangs-outans de Bornéo et de Sumatra, en Indonésie. Les chercheurs ont répertorié 24 types de comportements distincts ou d’utilisation d’outils, qui sont transmis de génération en génération. C’est ce qu’ils expliquent dans le magazine Science du 3 janvier 2003.

Birute Galdikas, fondatrice de l’Orangutan Foundation International , explique que l’existence de traditions transgénérationnelles chez les orangs-outans montre que l’origine de la culture est plus ancienne qu’on ne le pensait.
Elle daterait de 14 millions d’années, date à laquelle les ancêtres des grands singes asiatiques et la lignée des hominoïdes africains, qui a donné naissance aux chimpanzés, bonobos, gorilles et humains, se sont séparés.

Le nid tissé de l’orang-outan

A Bornéo comme à Sumatra, les orangs-outangs envoient un baiser sifflant, en aspirant l’air avec leurs lèvres resserrées. Mais seul les primates qui vivent à Bornéo ont découvert qu’ils pouvaient amplifier le son obtenu en plaçant leurs mains autour de leur bouche.
Avant d’aller se coucher, un groupe de grands singes émet un sifflement en soufflant de l’air entre ses lèvres pressées, comme pour se dire bonsoir. Un autre groupe utilise des brindilles pour attraper des insectes dans les troncs d’arbres ou pour ôter les graines des fruits.
Les orangs-outans se servent aussi des feuilles : à Sumatra, pour prendre des fruits piquants et à Bornéo, pour s’essuyer la figure.
Ces habitudes, qui ne se retrouvent que chez certains groupes, ne dépendent pas uniquement de l’environnement des animaux et les similitudes sont plus fortes chez les groupes qui vivent à proximité. Elles constituent la preuve d’une transmission sociale de comportements, qui a déjà été mise en évidence chez d’autres espèces comme le chimpanzé.

Birute Galdikas estime que le développement de cette culture est le signe d’un niveau cognitif élevé. Elle affirme que les orangs-outangs sont aussi intelligents que les chimpanzés ou les gorilles mais qu’ils ont une personnalité et une mentalité différentes.

Lingga ne saura rien de tout cela
Pas plus qu’un dauphin né en bassin ne peut savoir ce que signifient le son de la marée, la force des vagues de tempêtes ou les cris des poissons sauvages, la petite Lingga ne fera jamais l’expérience d’une vie dans la canopée.
Elle deviendra, comme tous ses semblables captifs, un objet d’exposition juste bon à être regardé et qui, toute sa vie, se contentera de dormir, de bouffer, d’être déplacée d’un zoo vers un autre, afin de s’y faire mettre enceinte et d’assurer la survie du précieux génome de son espèce.

Juste le ciel de Paris au travers des grillages. Photo YG Avril 2006

Juste le ciel de Paris au travers des grillages. Photo Dauphins Libres Avril 2006

Wattana, la petite orang-outan qui faisait du macramé

Nénette au Jardin des Plantes (2010)

La Ménagerie du Jardin des Plantes


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