Une maison de retraite pour l’orque Corky

Corky et Ike, le petit mâle retiré de justesse des bassins mortels du Marineland Canada

 

Une maison de retraite pour l’orque Corky

Une maison de retraite pour l’orque Corky, voilà ce dont rêve Paul Spong, un cétologue basé en Colombie Britannique qui se bat depuis des années pour la rendre à ses eaux natales de la côte du Pacifique.

Paul Spong a crée sur l’île Hanson une station de recherches sur les cétacés nommée OrcaLab.
Chaque jour, il voit passer sous ses fenêtres la famille de Corky et il rêve que l’enfant autrefois kidnappé par SeaWorld puisse revoir avant sa mort son pays natal et ses proches.
« Ce serait l’accomplissement d’un rêve de longue date, bien sûr. Mais je pense que ce serait aussi une façon de démontrer que le retour des orques captives dans la nature est possible » a déclaré Paul Spong à la presse.

Capturée 11 décembre 1969 à Sunshine Coast, dans un tempête de terreur et de violence, Corky fut envoyée sous le soleil de la Californie à SeaWorld San Diego.
Âgée d’environ 51 ans, Corky est championne toutes catégories de survie en milieu captif : aucune orque n’a jamais atteint ce score en bassin, nulle part dans le monde. Car bien que SeaWorld ose prétendre que l’âge moyen des orques est de 29 ans pour les femelles et 17 ans pour les mâles, on sait que les chiffres exacts sont de 60 ans pour les mâles et jusqu’à cent ans pour les femelles en liberté.

Durant des décennies, Paul Spong s’est battu pour ramener Corky chez elle, en Colombie Britannique. Au départ, son plan était simple.
Il fallait envisager une phase de transition, durant laquelle Corky vivrait dans un vaste enclos au large de la côte du Pacifique, pour se refaire une santé. Ensuite, elle aurait pu peu à peu réintégrer la vie sauvage en retrouvant sa famille et en réapprenant auprès d’elle comment chasser le saumon.
Mais alors que les années de captivité se succédaient l’une après l’autre, Paul Spong dut modifier ses ambitions.
« Nous travaillons plutôt dans l’esprit d’une maison de retraite, désormais, où elle serait, d’une certaine façon, encore captive»
C’est que le temps a passé, hélas, et qu’il n’y a plus grand monde pour l’accueillir.


Des membres de sa famille passent encore dans la région, mais elle ne connaît aucun d’entre eux.
Sa mère Stripe (A3) est morte à l’âge de 53 ans en 2000 et son frère Okisollo( A27) l’a suivie de peu. Tout ce qui reste de son clan est Ripple (A43), une sœur plus jeune, sa nièce Midsummer (A69 ) et un jeune frère du nom de Fife (A60), qui ont peut-être entendu parler d’elle comme la victime d’un rapt affreux et presque légendaire.
Du fond de son bassin, Corky n’a forcément jamais vu naître aucun d’entre eux

Néanmoins Paul Spong ne perd pas espoir, car après tout, Corky se souvient sûrement du dialecte de sa communauté. Le sanctuaire serait donc construit à Double Bay au large de l’île Hanson, où se trouve OrcaLab. Corky pourrait y être visitée par son peuple, sûrement curieux de voir cette vielle dame derrière un filet, mais aussi par les humains qui prendront soin d’elle.
« Si jamais SeaWorld lui permettait de rentrer à la maison, je pense que ce serait un énorme coup de pouce à la réputation de cette entreprise vacillante » explique Paul Spong, confiant.

Des membres du clan A5

Fiévreusement agrippé à son discours obsolète et suicidaire, SeaWorld a répondu que cette idée de maison de retraite était bien trop risquée pour Corky.
« Les animaux de nos parcs ne connaissent que les soins humains. Les sortir de cet environnement serait cruel et irresponsable et jamais, nous ne prendrons jamais un tel risque !« , s’est étranglé David Koontz, le directeur des communications de SeaWorld San Diego.
« Cette option exposerait Corky à des polluants nocifs et à des toxines, à des conditions environnementales sans cesse changeantes, à des virus infectieux, aux effets néfastes du trafic maritime, à la prolifération d’algues, aux agents pathogènes et à d’autres problèmes que subissent les orques sauvages« .

Corky a été réduite en esclavage

Paul Spong admet volontiers que les orques libres peuvent être affectées par des agents pathogènes et font face à d’autres menaces, mais il rappelle que Corky continuerait à recevoir des soins constants.
« Les orques en captivité vivent nettement moins longtemps que les orques sauvages, rappelle-t-il, « et les fameux soins de première catégorie de SeaWorld ne semblent guère les protéger d’une mort précoce»
De fait, avec 13 orques mortes avant l’âge des pathologies les plus diverses, depuis les mycoses mortelles jusqu’aux pneumonies fulgurantes, en passant par le cancer, l’hépatite et les torsions de l’intestin, le SeaWorld de San Diego ferait bien de s’interroger sur la salubrité de ses bassins avant de considérer les cages de mer comme dangereuses !

Corky elle-même a du porter le deuil de ses sept enfants, dont aucun n’a n’a survécu plus de 2 mois, un fait plutôt rare en milieu naturel.
De même, lorsque Kandu, folle de jalousie, chargea Corky de toute ses forces depuis le bout du bassin et s’explosa la mâchoire contre le mur, il s’agissait là d’une agression entre deux femelles jamais documentée en mer.
« Le retour de Corky ne pourra jamais se faire sans la coopération active de SeaWorld », insiste Paul Spong, « Je les invite à venir voir par eux-mêmes et sur place ce que nous proposons pour l’accueillir « .

Corky à SeaWorld

SeaWorld sortira-t-il de la stase mortelle où il se fige ?
Sans doute. Car depuis que Corky a été capturé en 1969, l’attitude du public face à la captivité des cétacés a radicalement changé.
Après un long et inutile combat, l’Aquarium de Vancouver s’est enfin résolu à ne plus exhiber des cétacés dans ses piscines, à l’exception des animaux secourus et de l’ultime dauphin Helen.
Par ailleurs, un projet de loi visant à interdire la captivité et la reproduction des cétacés au moyen d’amendements au Code criminel, assortis d’amendes allant jusqu’à 200 000 $, est actuellement devant le Sénat canadien.
Aux USA, la tendance du public va dans le même sens et conduit peu peu SeaWorld à la ruine.
Un jour ou l’autre, tous les delphinariums seront mis devant la même option : collaborer ou disparaître.

D’après l’article
Researcher wants to build Corky, the aging orca, a retirement home


Nouveaux projets de sanctuaires marins : la vie des orques va changer !

Katina, l’orque esclave et femme d’affaires

L’affaire Kasatka et les orques tueuses d’Antibes

Les orques captives sont des esclaves