Une mangouste à Bruxelles



Les délices d'un bon "bain de soleil", une tradition chez les mangoustes libres, reprise ici en plein Bruxelles.
Les délices d’un bon « bain de soleil », une tradition chez les mangoustes libres, reprise ici en plein Bruxelles.

Une mangouste à Bruxelles

L’histoire de Shakti

L’histoire de Shakti nous a appris une chose. Il ne faut jamais acheter un animal exotique, même si dans le cas de cette petite mangouste naine, nous n’avions guère d’autre choix  car à coup sûr, elle allait mourir dans le terrarium d’Animal Express ou entre les mains d’acheteurs incapables de prendre soin d’elle, ce qui n’était guère facile.
Seuls, les chiens et les chats ont fait le choix de vivre avec nous.
Shakti la petite mangouste a vécu heureuse, mais ce fut un difficile combat pour y parvenir et jamais, elle n’a vraiment pu vivre comme vivent les mangoustes.

Shakti la mangouste et son amie Durga, la chatte, en leur jardin

Afrique, 1997

Quelque part dans la forêt humide de l’Afrique de l’Ouest, entre le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Bénin ou la Sierra Leone, une petite tribu d’une vingtaine de mangues brunes parcourt son territoire à vive allure. Le couple dominant mènent la course, comme chez les loups, et l’on se presse entre les lianes et les mousses dégoulinantes d’eau vers le refuge des terriers.

La petite Shakti suit sa mère : elle tète encore à l’occasion, son sevrage vient juste de commencer. Le groupe échange mille petits cris, vocabulaire pointu qui transmet sous forme codée toute une série d’informations précieuses quant à la route à suivre et aux dangers qui menacent.

Tout à coup, des cris, des coups de feu, des chiens qui aboient : les chasseurs arrivent sans crier gare et massacrent tout le clan de mangoustes éperdues.
Seul reste sur le carreau un petit jeune abandonné, qui piaille dans la boue. Les cadavres fumés des adultes deviendront de la « bush meat »,  offerte – dit-on – sous les étals discrets du quartier Matongé à Bruxelles. Quant au dernier bébé survivant, eh bien, il y a de là quoi faire quelques dollars auprès d’un trafiquant d’animaux exotiques, comme il en rôde tant dans la région. On ramasse l’animal et on le jette dans une caisse. Il sera vendu sur un marché d’Abidjan dans une petite cage en osier puis expédié vers l’Europe par quelque grossiste en promenade.

Tout au début, Shakti vivait en appartement. Elle disposait d’un bac plein de terre et de bûches pourries, mais pas de jardin..

Bruxelles, fin 1997

Transportée par avion dans sa caisse étouffante, en passant sans doute par Abidjan, Shakti réussit le tour de force d’arriver vivante en Belgique.
Quels chemins a-t-elle parcouru ? Quelles souffrances a-t-elle endurée ? Nul ne le saura jamais.
On la livre au magasin Animal Express, où d’autres animaux exotiques s’entassent dans des cages, souvent en violation  des règlements de la CITES. Nombreux aussi sont les captifs présents dans les cages qui attrapent  la maladie de Carré ou qui souffrent d’autres affections.
Enfermée dans un terrarium minuscule, sous la lumière d’une ampoule nue, notre mangue brune attend la mort en courant en tous sens, totalement terrifiée…

Et ce soir-là, précisément, revenant de la Mer du Nord, je passe par là un peu par hasard. Les lumières de la grande surface brillent dans la nuit, une activité intense semble se poursuivre malgré l’heure déjà tardive et je me dis qu’il serait intéressant de voir ce qui se passe dans cet endroit et de vérifier un peu si les lois relatives à la protection animale sont bien respectées dans ce pays. C’est un hobby, un réflexe de journaliste, à une époque où la Presse ne se presse pas de parler de ce genre de choses.

La promenade commence :  chiens, chats, rats, oiseaux, animaux de toute origine attendent patiemment dans leurs cages minuscules que l’un ou l’autre de ces pères de familles ventripotents, affligées de leur marmaille, se décident si oui ou non, ce genre de bestiole conviendrait pour l’anniversaire de Bobonne…

Les espèces exotiques se succèdent et soudain, au bout d’un long couloir, Shakti surgit sous mes yeux.
Une mangouste dans un terrarium ! Cet animal n’a même pas de cachette, même pas d’abri sombre où se réfugier et c’est pour elle aussi fondamental que pour un oiseau un espace pour voler. « Hide and Run » pourrait être la devise de toutes les mangoustes du monde, courir et se cacher, se cacher et courir…!
En pleine lumière sur du gravier, avec quelques croquettes pour chat jetées dans un bol, elle tourne, éperdument, elle tourne jusqu’à en mourir.
Malheur à moi, je croise son regard. Je reste trop longtemps devant cette vitrine.
Allons ! Pas d’états d’âme !. Il y a d’autres animaux exotiques ici et tous sont certainement aussi à plaindre qu’elle…
Mais ce regard !

Un monde mental si différent…

Que faire ? Impossible de crier au scandale : la mangouste n’est pas protégée de manière particulière et ne figure pas jusqu’à présent sur la Liste Rouge IUCN des animaux gravement menacés.
Animal Express peut donc en vendre en toute quiétude : ils sont dans la légalité !
(Note 2015 : Ce n’est plus le cas depuis la publication de la Liste Positive )

L’acheter ? Le vendeur en commandera aussitôt une nouvelle, puisque ça se vend ! Mon geste équivaut donc à encourager le trafic scandaleux de ces « nouveaux animaux de compagnie » exotiques et à contribuer au dépeuplement des populations d’origine.

Ne pas l’acheter, par contre, équivaut à laisser s’éteindre de façon lamentable cette innocente petite conscience, cet individualité précise, cette « petite personne à fourrure » comme disent les Bochimans, dans toute la singularité de son histoire et dont le comportement indiquait très clairement la plus totale détresse.
Pour elle, ce ne serait sans doute qu’une question de jours avant qu’on ne la jette, boule de poils refroidie, dans une poubelle du grand magasin.
Je l’achète donc, choisissant une fois de plus de sauver l’individu plutôt que toute l’espèce.
Ce qui est, je le concède, est peut-être un choix malheureux mais que je regrette d’autant moins qu’il m’a permis de prendre toute la mesure du problème !

Il doit s’agir ici d’un animal capturé récemment et donc sauvage et même dangereux. J’ignore tout des mangoustes captives, de ce qu’elle va pouvoir manger. Où va-t-elle faire ses besoins ? Où va-t-elle dormir ? Aucune information ne m’a été fournie par le vendeur, aussi ignorant que moi.
Arrivée à demeure, son premier réflexe est de se cacher sous les meubles pendant de longs mois, à renverser tous les pots de fleurs, à mordre férocement tout quiconque l’approcherait et à forer frénétiquement des trous dans mes matelas…

Bruxelles, 2000
Aujourd’hui, Shakti va bien !

« Relativement » apprivoisée – n’espérons jamais d’elle qu’elle obéisse à quiconque ! – Shakti est aujourd’hui devenue très familière.
Son poil est beau, ébouriffé, luisant, son oeil tout noir et très vif.
Elle accueille les visiteurs en pépiant de joie, elle leur saute sur les genoux, visite leurs sacs à mains et leurs poches et adore se trouver en présence de chats ou de petits chiens, qu’elle ne craint pas du tout mais qu’au contraire, elle poursuit par jeu.
Les autres animaux sont souvent interloqués par ce comparse velu et minuscule qui leur file entre les pattes !
Elle dispose désormais d’un beau et grand jardin – selon ses critères de taille ! – de soleil, de vers de terre, de grosses bûches à gratter et de gazon odorant…. Pas toujours facile de la convaincre d’y
aller, cependant : sa maman n’a pas eu le temps de lui apprendre à creuser la terre pour trouver des insectes. Ce sera donc à moi qu’il reviendra de le lui apprendre !

Durga, la petite chatte rayée, est sa nouvelle amie, ainsi que ses copains chats qui viennent lui rendre visite.
Depuis l’incontournable ablation des ovaires que Shakti a du subir récemment pour ne pas mourir de septicémie – les grossesses nerveuses sont fréquentes chez les herpestidés captifs – on sent que la vie de notre mangouste s’équilibre peu à peu, dans un contexte pleinement artificiel, certes, mais auquel elle s’est faite et où elle se sent bien.
Bien sûr, sa vie n’est pas une vraie vie de mangouste et sans doute, ce qui lui manque, ce sont des compagnons de sa propre espèce. Mais les chats font de leur mieux…

Lorsqu’elle est sortie dans un jardin la première fois, des merles sont venus se poser près d’elle, d’autres oiseaux, des pigeons, pour voir de quelle étrange bestiole il pouvait bien s’agir !

Extrêmement affectueuse, Shakti dispose aussi d’une vive intelligence et d’une expressivité tout à fait singulière. Elle « parle » à l’aide de dizaines de petites vocalisations différentes, scande ses déplacements en grognant de manière rythmique et peut parfois pousser des cris rauques d’une grande puissance, tout à fait surprenants.

Son comportement oscille entre celui d’un chien et celui d’un chat, puisqu’elle est l’ancêtre commun, de forme très archaïque, de ces deux espèces. Shakti est à l’image même des tout premiers mammifères, ceux qui couraient entre les pattes des dinosaures.
A l’époque, sa forme était déjà si parfaite pour la forêt pluvieuse, que comme le requin, elle n’en plus jamais changé depuis.

Obèse, Shakti ? Un peu boulotte, disons. Pas assez d'exercice et trop de vers de farine !
Obèse, Shakti ? Un peu boulotte, disons. Pas assez d’exercice et trop de vers de farine !

Lorsqu’elle joue, ce n’est nullement à la manière d’un félin ou d’un canidé : elle gratte, se cache, attrape et tire vers elle des objets qu’on lui glisse et n’aime rien tant que de fouiller boîtes et armoires ou mieux encore, une grosse bûche pourrie.
Les jeux de cache-cache et de poursuite – avec gratouilles et chatouilles finales qui la font rire avec un bruit de crécelle inimitable- sont également très appréciés.
Le soir, elle se tient sous le divan du salon, puis dans sa grande armoire, où elle a son petit nid de tissu en boule qu’elle aménage à
sa guise selon la température. Et chaque matin, ce sont les mêmes
retrouvailles, les grands câlins, le petit déjeuner de vers de farine bien juteux et croquants et les poursuites pour rire avec la chatte Durga.

Durga

Durga fait de son mieux !

 

Shakti court de cachette en cachette. Ici, sa base de départ pour explorer le jardin...
Shakti court de cachette en cachette. Ici, sa base de départ pour explorer le jardin…

Bruxelles, 2002
Shakti va toujours bien et même de mieux en mieux !

Ainsi que l’attestent les photos ci-dessous, notre bonne Shakti prend un peu d’embonpoint. Elle est un peu moins excitée et elle dort plus qu’auparavant.
Shakti n’est sans doute pas aussi pleinement épanouie qu’elle pourrait l’être en compagnie d’autres mangoustes mais franchement, à la voir, on comprend qu’elle n’est pas malheureuse et qu’elle s’est finalement intégrée à son étrange existence en Occident…

Eté 2002
Eté 2002

Parfois, sans crier gare, elle nous révèle encore des compétences cachées étonnantes, dont on ne la savait pas capable.
L’autre jour, c’était en un chaud mois d’août 2002, Shakti repose paisiblement au soleil, comme à son habitude.
Une guêpe survient tout à coup, irritante, qui rôde tout autour d’elle.

Alors, d’un seul coup de dent, d’un seul, voilà notre Shakti qui fauche l’insecte au vol à la vitesse de l’éclair et le colle au sol devant elle, sur le carrelage de la terrasse. La guêpe vrombit : elle est vivante. Son dard s’agite, mortel dans une gorge de mammifère.

Et pourtant, Shakti la mange. Froidement, en commençant par les ailes et le dos, comme on déguste un serpent chez d’autres mangoustes…
Elle dévore aussi sans frémir des limaces, des cloportes et des perce-oreilles ou mieux encore des lombrics, qu’elle extrait du sol à longs coups de tête redressée. Et c’est un pur bonheur que de la voir « chasser » de cette manière, le nez fourré profond dans la mousse, car elle agit enfin comme une vraie mangouste !

Shakti, été 2002

Avril 2004

Et comment va Shakti ?

Shakti avril 2004 Copyright YG
Shakti part en promenade. Avril 2004

Mais bien !
Très bien même, comme l’atteste cette toute récente photo de notre amie surprise en pleine chasse au lombric féroce et datée d’avril 2004.
La vie est devenue pour elle un tissu de petites habitudes, de rituels joyeux et quotidiens, en compagnie de ses chers amis humains et félidés, sans angoisse, sans tristesse, un chapelet de petits bonheurs et nombre d’entre nous pourraient lui envier son bonheur équanime : chaque jour qui se lève est une fête pour elle, vécue dans la bonne humeur et l’amitié.

Même si aujourd’hui, son rythme vital se ralentit clairement (elle dort énormément, court moins vite qu’autrefois et ne grimpe plus le long des tuyauteries comme au temps de sa folle jeunesse!), sa santé est parfaite, son poil luisant quoique de plus en plus ébouriffé, et son oeil aussi vif que par le passé. Sa gentillesse et son humour n’ont quant à eux cessé de s’accroître de manière  exponentielle.
Comme tous les non-humains familiers qui prennent un peu d’âge, Shakti est devenue une perfection de mangouste amicale. Il n’est pas un visiteur qui ne craque instantanément lorsqu’elle vient se lover sur ses chaussures ou lui donner des bizous du bout de son museau pointu.

Quelques notes rapidement dessinées dans un carnet à propos de Shakti

Par ailleurs et plus que jamais peut-être, l’observation attentive des comportements et des vocalisations complexes de cette petite mangouste kidnappée en Afrique de l’Ouest reste une source  d’étonnements et de découvertes, car son découpage de la Réalité est très différent du nôtre.
Le singe hominidé, qu’il soit Humain ou Chimpanzé, est d’abord un animal fait pour vivre dans les arbres : sa vision binoculaire en couleurs et en relief lui permet de sauter de branche en branche et de choisir les bons fruits selon leur aspect.
De son côté, le cétacé s’est adapté à vivre dans un monde marin entièrement sombre et donc acoustique, tandis que le félin et le canidé ont développé l’agression et la violence comme moyen de survie.
La mangouste, petit omnivore tapi dans les broussailles, a choisi pour sa part l’odorat, la course, la vigilance et la fuite vers la bonne cachette comme les principaux éléments fondateurs du monde.

Mais au-delà de ces différences, que nous soyons singes, éléphants, dauphins, mangoustes, félins ou canidés, nous  obéissons tous aux mêmes contraintes  biologiques, aux mêmes mécanismes cognitifs et émotionnels fondamentaux.
Nous aimons nos enfants et nous leur transmettons nos cultures, nous sommes tristes, joyeux, jaloux, dépités ou fâchés tous de la même manière.
En tant que mammifères, en tant qu’êtres vivants, nous partageons tous des valeurs communes et c’est là que le monde prodigieux des relations inter-espèces se déploie devant nous comme une extension supplémentaire de notre intelligence et de nos valeurs morales.

Pour moi, Grand Singe Tueur des Savanes, ultime surgeon de l’Homo Erectus, la petite mangouste Shakti, au lieu d’être une proie, est devenue au contraire une véritable amie, une personne proche que j’aime comme je peux aimer les humains.
Je ne suis d’ailleurs pas peu fier de l’avoir conduite, année après année, vers cet état de bien-être et de stabilité heureuse qui est le sien aujourd’hui. La chose n’était pas gagnée d’avance, comme a pu le lire plus haut, car une mangouste n’est pas un animal de compagnie convenable ni certainement facile.
Sa place n’est pas dans les salons mais dans la forêt pluvieuse pour laquelle son corps et son âme ont été balisés. Et pourtant, Shakti n’est pas morte dans son aquarium d’Animal Express et aujourd’hui encore, elle prend du bon temps. Que pourrait-on espérer de mieux en de telles circonstances ?
Si ce n’est qu’elle vive longtemps encore, au-delà des neuf ou dix ans
fatidiques que lui assigne la Science ?

Ci-dessous, quelques images rares de Shakti…

 

Shiva Shakti

 

Shakti avait une chambre rien qu’à elle  !

 

Ici, à Schaerbeek, avec son principal jouet : un petit poisson en peluche au bout d’un ficelle qu’elle attrape et tente de déchiqueter avec un bel enthousiasme

 

Par un étrange retournement de valeurs, Shakti en est venue à considérer les Humains comme des « mangoustes géantes » dont elle recherche activement le contact…

Faut-il encore songer à la libérer ?

Même si, à l’origine, cette page Web était avant tout destinée à lancer un appel en vue de la réhabilitation de Shakti, mieux vaut sans doute oublier une telle option aujourd’hui.
Après tant d’années de vie commune en compagnie des humains – et des chats ! – le psychisme de Shakti s’est radicalement altéré. A la manière des dauphins captifs, elle a mélangé son esprit aux nôtres et ne fonctionne plus vraiment comme une mangouste authentique.

Relâchée en pleine nature, elle serait bien  incapable de chasser ou de trouver les vers qu’il faut, elle s’approcherait immédiatement de tout humain, même si c’est un chasseur et il n’est pas certain que les autres mangoustes pourraient encore l’accepter parmi elles, tant son comportement s’est transformé dès l’enfance. Il est clair qu’en dépit de sa situation positive actuelle, cette mangue brune n’aurait du quitter sa forêt ni les siens.

Jamais elle n’aurait du être forcée de s’adapter à la vie citadine. Car si les mangoustes ne sont pas encore une espèce gravement menacée (elles ne figurent qu’en Annexe II de la Cites), il n’empêche que leur usage commercial n’a aucune raison d’être et qu’il déstabilise gravement les populations naturelles, ainsi que nous le rappelait en son temps un reportage du Jardin Extraordinaire (RTBF) sur les mangoustes indiennes importées à Hawaï. Remercions au passage Claudine Brasseur d’avoir bien voulu interviewer notre amie Shakti et son balbutiant « maître » dans le contexte de cette émission remarquable, que trop d’éminences politiques voudraient voir disparaître. Ses accusations dérangent, même lorsqu’elle parle des purins d’orties !

Une amitié qui naît...

La belle captive revenue de loin

RTBF « Le jardin extraordinaire » se penche sur ces drôles de petites bestioles que sont les mangoustes
Du terrarium d’un magasin d’animaux exotiques à une vraie vie de pacha, les aventures d’une petite mangouste miraculée.

C’est comme ça, c’est la mode. On en a marre des chats, des chiens et des canaris. On veut du serpent fidèle, de la mygale d’appartement et des mangoustes apprivoisées à qui répéter d’une petite voix : « Gentille, voilà, coucouche au panier ». Tout le drame des NAC (nouveaux animaux de compagnie) qui poussent des individus sans scrupule à échanger quelques dollars à un trafiquant d’animaux exotiques contre un bébé mangouste volé à la forêt humide d’Afrique centrale. L’animal sera vendu sur un marché d’Abidjan dans une petite cage en osier, puis expédié vers l’Europe, jusqu’à Bruxelles…

Voilà ce qui a dû arriver à Shakti, l’héroïne du « Jardin extraordinaire » de ce soir. Livrée au magasin Animal Express, elle a la chance de croiser un soir le regard d’Yvon Godfroid, féroce défenseur de la nature. Enfermée dans un terrarium minuscule, sous la lumière d’une ampoule nue, la petite bête à fourrure attend la mort en courant en tous sens…

Yvon est entré dans ce magasin histoire de vérifier si les lois relatives à la protection animale y sont respectées. Comme un réflexe. Il croise des chiens, des chats, des rats, des oiseaux… Jusqu’à cette petite mangouste derrière sa vitre. Elle n’a pas d’abri sombre où se réfugier. Elle s’agite follement sur les graviers, près de quelques croquettes pour chat jetées dans un bol.

Le militant hésite. Faire un scandale ? Impossible. La mangouste n’est pas protégée de manière particulière et ne figure pas encore sur la liste des animaux gravement menacés de disparition. L’acheter ? Le vendeur en commandera aussitôt une nouvelle, ce qui relancera le trafic. Mais il est trop tard : l’homme a été conquis par la petite prisonnière. Il l’emporte et la ramène chez lui.

Là, elle reste cachée sous les meubles pendant de longs mois, renverse les pots de fleurs, mord, fait des trous dans les matelas… Jusqu’à aujourd’hui, cinq ans après. Shakti saute sur les genoux des visiteurs, fouille leurs sacs à main, joue avec le chat qui lui ressemble de loin puisqu’elle est en l’ancêtre, et du chien aussi. Shakti semble heureuse, mais, comme l’explique son maître et ami, à la manière des dauphins captifs, elle a mélangé son esprit aux nôtres et ne fonctionnera plus jamais comme une mangouste authentique.·

« Le jardin extraordinaire », RTBF, 20 h 15.


Vendredi 9 septembre 2005

C’est ainsi que meurent les mangoustes…

Ce vendredi 9 septembre 2005, à 13 heures 30, Shakti s’en est allé au Paradis des Mangoustes Heureuses. 
Elle est morte paisiblement dans mes bras, d’une injection massive de barbiturique…

Depuis plusieurs semaines, une insuffisance rénale grave, fréquente chez les vieux carnivores, la privait d’appétit et la rendait de plus en plus maigre. Elle ne se nourrissait plus du tout, buvait à peine quelques gouttes d’eau et ne parvenait même plus à se mouvoir sans tomber sur le flanc au bout de quelques pas.

Si jusqu’au bout sans doute, malgré son extrême état de faiblesse, Shakti a aimé vivre et se trouver près de moi, avec sa copine chatte et ses amis humains, si elle a pu gratter le gazon, humer les fleurs et jouir du soleil sur sa fourrure jusqu’à mardi dernier, sa santé s’est dramatiquement détériorée au cours des derniers jours.
Son agonie promettait d’être atroce.

L’euthanasie était donc la seule solution pour que ce minuscule animal, qui a partagé les meilleurs moments de ma vie pendant presque dix ans, puisse s’éteindre dans la dignité et sans ressentir de douleur.
Quelques minutes avant sa mort, je l’ai encore promenée dans mes bras dans le jardin.
Elle a levé son petit museau mouillé vers le ciel, les arbres, les abeilles, vers ce monde de lumière qu’elle allait quitter, mais elle était heureuse et calme, câlinée jusqu’à son dernier souffle.

Merci d’avoir une pensée pour elle qui a franchi ce Grand passage que tous, un jour, nous devrons franchir aussi.
Shakti était toute petite, mais c’était un personnage immense.

Shakti avec mon fils Mika, sa toute grande passion !
Shakti et mon fils Michaël en 1999

Des chiots toujours en vente chez Animal Express


Une mangouste à Bruxelles

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