Zoos : le mythe de la réintroduction en milieu naturel

"Avec le programme d'élevage du zoo d'Anvers, nous voulons constituer une population de réserve. Ainsi, nous pourrons, s'il le faut, réintroduire plus tard des animaux au Congo". Photo Dauphins Libres

« Avec le programme d’élevage du zoo d’Anvers, nous voulons constituer une population de réserve. Ainsi, nous pourrons, s’il le faut, réintroduire plus tard des animaux au Congo ». Photo Dauphins Libres

Zoos : le mythe de la réintroduction en milieu naturel

Pour les zoos, le mythe de la réintroduction des animaux captifs en milieu naturel est un dogme auquel on est prié de croire : la conservation des espèces menacées serait même leur mission principale !  
Pourtant, une part importante, soit 95% ou plus, de l’industrie zoologique mondiale ne participe pas ni ne fait le moindre effort pour participer aux initiatives de réintroduction.

Alors que de nombreux zoos de bonne réputation n’accordent déjà que peu d’attention à la conservation, les autres zoos en font encore moins. Au Canada, aux États-Unis, en Asie  et dans de nombreux autres pays du monde, les petits zoos familiaux, les ménageries privées et autres « zoos de bord de route » à vocation touristique représentent une part importante du pourcentage, parfois 90% ou plus, de « l’industrie des zoos ».

Dans les zoos européens, 70 à 75% des animaux prisonniers ne sont pas menacés dans la nature.
Sur les quelque 850 espèces et sous-espèces de mammifères détenues dans les zoos européens, 500 sont considérées comme « peu préoccupantes » par la liste rouge de l’International Union for the Conservation of Nature, et seules 45 d’entre elles (5%) sont en danger critique d’extinction.

Plus largement, sur les 5.926 espèces de mammifères, oiseaux et reptiles mentionnées dans la liste rouge des espèces gravement menacées ou en voie de disparition par l’IUCN , seules 120 d’entre elles se retrouvaient dans les programmes internationaux de reproduction en captivité initiés par les zoos.
De ces 120 espèces, 16 seulement ont pu être remises en liberté dans leur biotope d’origine avec des taux de réussite hélas très mitigés.
Les coûts de ces programmes, tant au plan financier qu’au niveau de l’éthique (relativement à la souffrance des animaux) sont astronomiquement élevés.

Par exemple, lorsqu’on réintroduit le furet à pattes noires en milieu naturel sous l’égide d’un programme supervisé par le US Fish and Wildlife Service, le coût final de l’opération fut estimé à 400.000 dollars par animal survivant !
Les prairies d’herbes rases couvraient autrefois une énorme étendue de l’Amérique du Nord, du Mexique au Canada, fournissant un
environnement favorable à des millions de chiens de prairie et des centaines des milliers de furets à pieds noirs, l’un de leurs principaux prédateurs. En un peu plus d’un siècle, l’occupation humaine et la campagne d’éradication généralisée des chiens de prairie a abouti à la
élimination des furets à pieds noirs. Le projet du Wyoming a impliqué 49 furets élevés en cage qui ont été relâché sans préparation.
95% d’entre eux sont morts lors de la première année de réintroduction.

Lors d’un programme de réintroduction du tamarin doré à tête de lion (une sorte de ouistiti) mené par un zoo d’Amérique du Sud, le taux de mortalité fut également fort élevé.
Sur les 100 tamarins dorés relâchés dans la nature, 30 ont survécu.

Il y eut d’autres problèmes avec ce type de programme : en 1991, un zoo qui avait élevé des tamarins et s’apprêtait à les relâcher, s’est aperçu qu’ils étaient porteurs d’un «arenavirus» mortel. Ce virus est inconnu dans la localité où devait avoir lieu la réintroduction et aurait pu réduire à néant tous les tamarins et autres primates sauvages, qui n’étaient pas immunisés à cette affection.
On pense que le virus provient des souris courant dans les cages du zoo.
L’infection du tamarin fut découverte trois jours avant le grand retour à la nature : on l’avait échappé belle !

Pendant les années 80, des tortues de Gopher ont été relâchées en Californie.
Le résultat fut la mort de près de 40.000 tortues sauvages du désert, foudroyées par le virus que les nouvelles venues transportaient.

L’oryx arabe fut élevé en captivité et relâché en milieu naturel pour un coût global estimé à 25 millions de dollars.
Des informations récentes révèlent que ces animaux ont aussitôt fait l’objet d’opérations de braconnages, assez paradoxalement pour alimenter… d’autres zoos.
Assurer la tranquillité de ces animaux retournés à l’état sauvage n’est en effet pas simple quand on sait qu’une demande énorme existe pour les avoir en zoo et que les trafics illégaux sont extrêmement rentables. Depuis 1996, plus de 40 oryx ont été capturés à Oman, afin d’être revendus à des zoos ou à des collections privées.

En 1990, l’un des oryx du zoo de Londres a développé la maladie de la vache folle (ESB).
Il semble qu’elle lui ait été transmise au moment de sa naissance, ce qui soulève l’inquiétante question : les oryx réintroduites dans la nature portaient-elles également cette maladie à prions ?

En 2008, une étude révélait que la plupart des carnivores nés en captivité meurent s’ils retournent dans leur habitat naturel. Selon une équipe de chercheurs de l’université d’Exeter au Royaume-Uni, les chances que des animaux tels que des tigres ou les loups survivent en liberté ne sont que de 33%.

L’étude, qui a examiné 45 réintroductions de carnivores dans le monde, a mis en doute le rôle des zoos et des programmes d’élevage en captivité dans les efforts de conservation.
« Les animaux en captivité ne disposent généralement pas des comportements naturels nécessaires pour s’en sortir dans la nature », a déclaré Kristen Jule, auteure principale et chercheuse en comportement animal. « Leur manque de compétences en matière de chasse et leur manque de peur des humains sont des inconvénients majeurs. Nous soupçonnons depuis un certain temps que les animaux nés en captivité réussissent moins bien que les animaux sauvages. Mais ici, nous avons des chiffres et l’ampleur du problème est critique ».

L’équipe chargée de l’étude a examiné les taux de survie de 17 espèces de mammifères réintroduits, notamment des tigres, des loups, des lynx, des guépards, des ours bruns et des loutres.
Plus de la moitié des décès ont été attribués à des causes humaines, telles que des collisions de véhicules et des tirs délibérés.
Les carnivores nés en captivité étaient également davantage susceptibles de mourir de faim que leurs homologues sauvages et se montraient plus vulnérables aux virus et aux maladies.

Le lycaon ou chien sauvage africain fait partie des espèces réintroduites qui se sont révélées particulièrement vulnérables. Beaucoup d’entre eux sont abattus, empoisonnés, délibérément piégés et tués.
Les chiens sauvages fricains libérés dans le sud et l’est de l’Afrique sont également régulièrement attaqués par des lions, car les animaux nés en captivité ont perdu la peur naturelle des autres grands carnivores.

Les prédateurs élevés dans les zoos font également preuve de performances sociales médiocres à l’état sauvage.
Les loutres mâles et les renards d’Amérique du Nord, par exemple, étaient moins susceptibles de s’accoupler et de se reproduire, probablement parce qu’ils n’avaient pas appris les comportements d’accouplement social nécessaires pour rivaliser avec leurs rivaux sauvages.

Sarah Christie, responsable du programme de conservation des carnivores à la Zoological Society of London, reconnaît que les protocoles de libération des carnivores élevés en captivité doivent être soigneusement conçus.
« Les stratégies de réintroduction recommandées dans la nouvelle étude n’ont peut-être pas été mises en œuvre dans le passé, mais les personnes qui planifient et envisagent l’avenir ont déjà ces idées en tête ».
Christie est actuellement impliquée dans les premières étapes d’un projet à long terme visant à réintroduire des léopards de l’Amour en danger critique d’extinction en Russie, en utilisant des animaux élevés en captivité dans des zoos européens.
« Nous n’envisageons pas de prendre un animal qui a grandi dans un zoo entouré d’humains et de le lâcher dans la nature », a-t-elle ajouté. Au lieu de cela, Christie a déclaré qu’elle prévoyait de mettre en place de grands enclos ressemblant à leur habitat naturel aux léopards reproducteurs d’Amur.
« Nous les laisserons se reproduire là-bas sans que personne ne s’approche, tout en leur fournissant de la nourriture vivante », a-t-elle déclaré. « Les jeunes grandiront isolés des humains et auront accès à des proies toute leur vie. Nous relâcherions ensuite ces animaux, pas les adultes ».

 

Pour un bonobo, naître dans un tel environnement est un emêchement majeur pour toute réhabilitation. Ici à Planckendael

Questions d’argent

Si vous envisagez de visiter un zoo ce week-end, posez-vous cette question.
Quelle part de vos frais de vente est utilisée pour la conservation? Disons que vous payez 15 £ pour votre billet. Vous serez peut-être surpris d’apprendre que la réponse est d’à peine 45 pence pour 1 livre sterling.

Les dépenses des zoos sont très différentes des dépenses des organisations de conservation actives sur le terrain.
Par exemple, le zoo de Chester a dépensé 40 millions de livres sterling pour la construction de «The Islands», une extension de plusieurs enclos sur le site du zoo. Sur une période de dix ans, d’autres zoos occidentaux ont consacré 400 millions de livres sterling à la mise à jour des enclos pour seulement 200 éléphants.

Le Kenya Wildlife Service (KWS) et les parcs nationaux sud-africains sont des organisations de conservation qui protègent les animaux dans leurs habitats naturels. Le KWS dispose d’un budget annuel de 13 à 14 millions de livres sterling avec lequel il protège 2,6 millions d’hectares de parcs nationaux.
33.000 éléphants, 2 200 lions vivent dans ces habitats d’importance vitale qui abritent des milliers d’espèces végétales et animales.

Le budget annuel des parcs nationaux sud-africains est de 58 millions de livres sterling.
Il comprend 19 parcs nationaux, soit 6% du territoire total de l’Afrique du Sud. Un seul de ces parcs abrite 600 éléphants.
L’argent utilisé par les zoos occidentaux pour la modernisation des enclos pour 200 éléphants aurait pu maintenir le Kenya Wildlife Service à flot pendant 14 à 15 ans…

Elephant à Pairi Daiza, devant le Temple d’Ani

Cela vous choque?
Il y a de quoi ! C’est pourquoi le consultant en chef du projet des Nations Unies pour la survie des grands singes s’est dit inquiet du déséquilibre entre les énormes dépenses consacrées aux zoos et la rareté des ressources disponibles pour la conservation des espèces menacées dans la nature.

Depuis le XIXe siècle, le zoo n’a pas fondamentalement changé. Les animaux bien connus et divertissants tels que les éléphants, les chimpanzés et les girafes sont à l’avant-plan et les bébés animaux donnent un coup de pouce aux zoos pour attirer les visiteurs.
Le principal moteur des zoos est de stimuler les visites du public, un objectif qui a de profondes implications pour toutes les décisions de gestion des zoos. La conservation, la recherche et l’éducation ne sont pas leurs objectifs principaux. En fait, les zoos sont des lieux de divertissement où le bien-être des animaux est régi par la faisabilité financière et la valeur de divertissement.

80 % des espèces capturées par les zoos européens ne sont pas menacées d’extinction. Plus de 90% des animaux de zoo sont nés en captivité. Ces animaux sont ensuite appariés entre zoos pour assurer la diversité génétique. On ne peut prédire le sexe et les gènes sont parfois surreprésentés, ce qui conduit à ce que les zoos appellent un «surplus d’animaux».
3000 à 5000 de ces animaux sont tués chaque année dans les zoos européens. En 2014, le zoo de Copenhague a tué quatre lions et une girafe. Les quatre lions, dont deux jeunes, ont été tués pour laisser la place à un nouveau mâle. La girafe a été tuée parce qu’elle ne pouvait pas produire de jeune.

Marius au Zoo de Copenhague

Avec seulement 3% des budgets consacrés à des projets de conservation, nous pouvons voir pourquoi la faune continue de disparaître. Les zoos montrent peu d’intérêt pour s’attaquer aux causes profondes de cette destruction de la faune. Les habitats riches en faune et en flore rares sont en train de devenir des pâturages, des cultures fourragères ou des mines à ciel ouverts. La plupart des endroits où les terres de la forêt sont livrées au bétail se trouvent dans 15 «points chauds» du monde, qui abritent le plus grand nombre d’espèces.
Mais les zoos ignorent le problème. Pire : plus un animal devient menacé, plus sa valeur marchande est susceptible d’augmenter.

Le Jardin des Plantes à Paris

Conservation : cela mène à quoi ?

Tenter de ré-alimenter les populations d’animaux sauvages à l’aide d’animaux captifs est coûteux, aléatoire et peu utile.
Les animaux doivent être préservés dans leur milieu d’origine (« in situ »), ce qui veut dire que leur milieu d’origine doit être prioritairement protégé. L’animal forme un tout avec son écosystème et ne peut donc en être retiré sans dommage.

Le budget global des zoos, estimé à 500 millions de dollars par an, est utilisé pour enfermer et élever des animaux en captivité.
Ces mêmes sommes seraient infiniment mieux utilisées si elles servaient à protéger des régions entières, leur faune et leur habitat, c’est à dire :
– En mettant en place des réserves vraiment protégées, où les animaux se trouvent aussi près que possible de leur habitat naturel d’origine.

– En finançant des patrouilles « anti-braconnage ». Cet argent serait bien nécessaire à l’achat de matériel roulant, de clôtures, de bateaux, et même d’armes.


– En investissant dans l’éducation des populations locales et du vaste public – notamment via les programmes scolaires- à propos de la conservation des espèces en danger.


– En formulant des solutions concrètes qui régleraient une fois pour toutes le problème du trafic de l’ivoire, de l’exploitation de la « bush meat » et développeraient des moyens d’éducation sensibilisant l’ensemble des populations à la protection des biotopes naturels.

La panthère du Jardin des Plantes

La panthère du Jardin des Plantes


Les zoos sont obsolètes et cruels, ils ne jouent aucun rôle dans la conservation de la faune et leur rôle éducatif est…

Posted by Dauphins libres et dauphins captifs on Saturday, August 24, 2019


Warren ou le mythe de l’éléphant sauvé par les zoos

Le vrai visage de l’Industrie de la Captivité